Week-end en Provence, entre ocres de Roussillon et mémoire romaine de Vaison
- 23 févr. 2023
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Dernière mise à jour : 3 juil.
Il y a des régions qu'on connaît avant de les avoir vraiment regardées. Enfant, je passais mes étés au Cap d'Agde avec mes parents, et de là, je rayonnais déjà vers l'arrière-pays en direction de Roussillon, des Baux-de-Provence ou du village des Bories. La Provence n'était donc pas une découverte quand j'y suis retournée cet été avec mon mari et les enfants; c'était un territoire que mon corps reconnaissait avant que ma tête ne s'en souvienne précisément. L'odeur de la lavande et le chant des cigales qui semblent s'y délecter autant que moi : ce sont des repères plus anciens que mes souvenirs les plus précis.
Ce qui a changé, c'est le regard. Ce que je cherchais cette fois n'était plus l'insouciance des vacances d'enfant mais ce que ce territoire fait à un système nerveux mis à rude épreuve par une année chargée. La réponse a été honnête : peu de régions m'apaisent avec cette évidence-là.
Pour ces trois jours, nous avions posé nos valises à Saumane-sur-Vaucluse, dans un appartement avec vue sur le golf, une location que je recommande sans réserve. La piscine a occupé les enfants plus longtemps que nous ne l'espérions et la position centrale a permis de rayonner vers le Luberon comme vers le Comtat Venaissin sans jamais dépasser l'heure de route.

Jour 1 — Roussillon, Gordes et le village des Bories, la matière du Luberon
Roussillon, la couleur avant la pierre
On entre à Roussillon par la couleur avant d'entrer par la rue. L'ocre rouge et jaune qui recouvre les façades du village n'est pas un choix esthétique tardif : c'est la roche locale elle-même, exploitée depuis des siècles, qui a fini par habiller les maisons. Le village a vu passer plusieurs peuples avant de devenir, comme le reste de la Provence, une terre disputée puis française. La Provence, colonisée dès 600 avant J.-C. par les Phocéens qui fondèrent Marseille, n'a été rattachée à la couronne de France qu'en 1481, à la mort du comte Charles III du Maine, qui légua ses terres à Louis XI.
Le détail le plus intéressant c'est le Sentier des Ocres : ce n'est pas une curiosité géologique isolée, mais la trace directe d'une activité industrielle qui a façonné le paysage pendant des générations, avant que les colorants de synthèse ne rendent l'extraction obsolète. On marche donc, sans s'en apercevoir tout de suite, sur une ancienne carrière à ciel ouvert.
Je te conseille d'y aller tôt avant que les groupes n'arrivent parce que le sentier est étroit par endroits et que la lumière rasante du matin change complètement les teintes de la roche. Pour comprendre ce que tu observes, l'écomusée Okhra, installé dans une ancienne usine d'ocre du village, complète utilement la promenade avec un atelier sur les pigments.
📍 Horaires et informations : Sentier des Ocres et écomusée Okhra

Gordes, deux époques dans une même façade
Depuis Roussillon, la route grimpe vers Gordes en une dizaine de kilomètres et le village apparaît d'un coup, accroché à son éperon rocheux avant même qu'on ait fini le dernier virage. Le château qui domine le village est mentionné dès 1031 mais sa forme actuelle résulte d'une reconstruction menée en 1525, qui a superposé le style Renaissance à l'architecture défensive médiévale : on lit littéralement deux époques dans une même façade.
Ce que Gordes m'apprend à chaque passage, c'est que la pierre sèche n'est pas un décor mais une logique : rien n'est collé, tout est ajusté, et cette économie de moyens a produit une architecture qui a traversé les siècles sans ciment. C'est ce même principe qui se retrouve, poussé à l'extrême, quatre kilomètres plus loin, au village des Bories.

Le village des Bories, un système agricole complet
Le village des Bories rassemble une trentaine de cabanes en pierre sèche, sans mortier, qui servaient à stocker des outils agricoles ou à abriter des bergers et leurs bêtes. L'ensemble a été classé monument historique en 1977, reconnaissance tardive pour une architecture longtemps tenue pour anecdotique. Le détail qui change le regard, c'est justement cela : ces constructions ne sont pas une curiosité folklorique mais un système agricole complet qui a organisé la vie rurale du Luberon pendant des générations.
Nos enfants ont couru d'une cabane à l'autre plus vite que nous ne pouvions les suivre et je crois que c'est le lieu qui a le mieux tenu leur attention de toute la journée : pas de vitrine, pas de mise en scène, juste des pierres qu'on peut toucher et dans lesquelles on peut entrer. Je te conseille de t'y arrêter en fin d'après-midi quand la chaleur retombe et que la pierre garde encore un peu de la lumière du jour.
📍 Modalités pratiques : site de l'office de tourisme de Gordes.
Jour 2 — Vaison-la-Romaine, deux villes dans une seule
Vaison-la-Romaine ne se donne pas en une seule lecture. La ville antique, la ville médiévale et la ville moderne se superposent, séparées par la rivière et par des siècles et il faut traverser plusieurs fois l'Ouvèze pour comprendre comment elles tiennent ensemble.
Puymin et La Villasse, le plus grand site archéologique à ciel ouvert de France
Les Voconces, peuple gaulois installé sur le site, ont vu leur capitale se romaniser au fil de l'expansion de Rome en Gaule narbonnaise, faisant de Vaison l'une des cités les plus prospères de la région. Elle reste aujourd'hui le plus grand site archéologique à ciel ouvert de France. La visite se répartit entre deux ensembles : Puymin, avec ses jardins en terrasse, les vestiges de maisons de familles patriciennes et un théâtre antique qui pouvait accueillir plusieurs milliers de spectateurs ; et La Villasse, l'ancien quartier marchand, où l'on marche directement sur le forum, la rue des boutiques et les vestiges d'un ensemble thermal. Le musée archéologique Théo-Desplans, sur le site de Puymin, réunit les objets de la vie quotidienne retrouvés lors des fouilles.
Un fait intéressant sur Puymin, ce sont les maisons de familles patriciennes : leur plan, leurs bassins, leurs pièces en enfilade racontent une vie domestique romaine plus concrètement que le théâtre lui-même, pourtant plus spectaculaire. Je te conseille de prévoir deux bonnes heures sur chacun des deux sites : un rythme qui laisse le temps de lire les panneaux sans les survoler, ce que nous avons fait à notre premier passage et que nous n’avons pas regretté.
📍 Billet donnant accès aux deux sites et au cloître de la cathédrale : site des Sites antiques de Vaison-la-Romaine.

La haute-ville et le pont romain, un conflit de pouvoir devenu paysage
Entre les deux sites antiques et la ville haute médiévale, il y a un pont — littéralement. Le pont romain qui enjambe l'Ouvèze, construit au Ier siècle après J.-C., a été classé monument historique dès 1840, dès la toute première liste de protection du patrimoine en France. Il a traversé les crues, dont celle, dévastatrice, de 1992, sans céder.
De l'autre côté, la ville haute s'organise au pied d'un château qui domine tout le paysage. Ce château comtal a été construit en 1195 par Raymond V, comte de Toulouse, pour asseoir son pouvoir face à l'évêque de Vaison, avec lequel les comtes de Toulouse se disputaient la ville depuis des décennies. Ce n'est pas un fait anecdotique : le château est né d'un conflit entre le pouvoir temporel et le pouvoir religieux et ses ruines aujourd'hui silencieuses portent encore cette tension.
Ce que je retiens surtout de la ville haute, ce sont les livres. Posés sur les murets, avec une inscription invitant à les emporter, ils forment une bibliothèque à ciel ouvert que personne n'a annoncée ni mise en scène. C'est une initiative simple et je ne l'ai vue nulle part ailleurs avec cette évidence. Je te conseille de déambuler dans la haute-ville en fin d'après-midi, quand la chaleur retombe et que les ruelles se vident des groupes de visiteurs.

Jour 3 — Fontaine-de-Vaucluse et l'Isle-sur-la-Sorgue, l'eau comme fil conducteur
Fontaine-de-Vaucluse, le bruit avant la vue
On entre à Fontaine-de-Vaucluse par le bruit de l'eau avant d'en voir la source. La Sorgue jaillit au pied d'une falaise abrupte et c'est l'une des sources les plus puissantes de France, un débit qui a longtemps intrigué les scientifiques avant que la plongée moderne ne permette d'en explorer les profondeurs.
Le musée des Santons du village complète la visite avec une pièce de collection singulière : une crèche sculptée à l'intérieur d'une coquille de noix. C'est le genre de découverte qui donne au village une identité au-delà de la source et qui vaut le détour même pour ceux que les santons n'intéressent pas spontanément.
Je te conseille de t'y promener en fin de matinée, avant le pic de fréquentation et de garder du temps pour les boutiques d'artisanat du village, sans en faire pour autant l'objectif de la visite.
📍 Informations pratiques sur la source et le musée des Santons : site de l'office de tourisme de Fontaine-de-Vaucluse.

L'Isle-sur-la-Sorgue, le village où l'on revient chaque soir
C'est là, à l'Isle-sur-la-Sorgue, que nous avions posé nos valises pour la semaine et c'est là que je suis retournée avec le plus de plaisir chaque soir. Le village est traversé par plusieurs bras de la Sorgue, et cette organisation en îlots explique son nom : on y croise sans cesse l'eau, sous forme de canaux, de roues à aubes ou de lavoirs.
Le site du partage des eaux, à quelques pas du centre, est le détail qui change le regard sur tout le village : c'est l'endroit précis où la Sorgue se divise en deux bras, l'un appelé la Sorgue « morte » et l'autre la Sorgue « vive », division qui alimentait autrefois les nombreux moulins et l'activité drapière et papetière de la ville. Une roue à aubes, encore visible, rappelle cette économie de l'eau qui a fait la richesse du village avant que le tourisme et les antiquaires ne prennent le relais.
Nous avons fait cette promenade presque tous les soirs, depuis notre logement, une location que je recommande sans réserve pour sa position centrale et sa piscine, qui a occupé nos enfants bien plus longtemps que nous ne l'espérions. Je te conseille de réserver un hébergement à distance de marche du centre : l'Isle-sur-la-Sorgue se vit le soir quand les groupes de la journée sont repartis et que les antiquaires baissent le rideau.
📍 Dates du marché flottant et informations sur les antiquaires : site de l'office de tourisme de l'Isle-sur-la-Sorgue.

Ce que ce territoire provençal fait, encore
La Provence que j'ai retrouvée cet été n'est pas celle des façades ocre alignées pour la photo ni celle des champs de lavande vus depuis la route. C'est un territoire qui porte, sans les montrer toutes en même temps, les traces de plusieurs mondes superposés — grec, romain, médiéval — et qui continue, en dessous de cette histoire, à faire ce qu'il a toujours fait pour moi : ralentir quelque chose que rien d'autre ne ralentit aussi bien. Le chant des cigales n'explique rien de tout cela. Il ne fait que le confirmer.
FAQ - Un week-end en Provence
Faut-il réserver l'accès au Sentier des Ocres à Roussillon ?
Non, mais mieux vaut y arriver tôt le matin, avant les groupes, car le sentier est étroit par endroits et l'affluence peut ralentir la marche.
Le château de Gordes se visite-t-il librement ?
Il est accessible en visite payante et accueille des expositions temporaires ; consulte le site officiel pour connaître les horaires en cours.
Combien de temps prévoir pour visiter les sites antiques de Vaison-la-Romaine ? Compte environ quatre heures pour les deux sites, Puymin et La Villasse, si tu prends le temps de lire les panneaux et de visiter le musée archéologique Théo-Desplans.
Le pont romain de Vaison-la-Romaine se visite-t-il librement ?
Oui. Il est accessible gratuitement à toute heure et relie la ville basse à la haute-ville médiévale.
Le village des Bories, près de Gordes, convient-il aux enfants ?
Oui, tout particulièrement : les enfants peuvent entrer dans les cabanes et toucher la pierre, ce qui en fait souvent le site préféré des plus jeunes sur cet itinéraire.
Qu'est-ce que le partage des eaux à l'Isle-sur-la-Sorgue ?
C'est l'endroit où la Sorgue se divise en deux bras, la Sorgue « morte » et la Sorgue « vive », qui alimentaient autrefois les moulins de la ville ; le site est accessible gratuitement à quelques pas du centre.
[Mise à jour : juillet 2026]



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