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Week-end à Munich : trois jours entre histoire bavaroise et architecture (Allemagne)

  • 1 mai 2023
  • 10 min de lecture

Dernière mise à jour : 28 mai

Je ne suis pas une grande admiratrice de l'Allemagne. Ce n'est pas une position construite sur des expériences négatives; c'est plutôt une absence de désir spontané, cette indifférence tranquille qu'on a pour les destinations qu'on ne s'est jamais appropriées. Ce week-end à Munich n'était pas le mien au départ. Il était celui de mes enfants et de mon mari, dont la famille paternelle est originaire de Bavière. Il voulait leur montrer cette ville, cette culture et quelque chose d'une appartenance dont ils portent le nom sans en connaître encore le visage.


Nous avons pris la route un matin de printemps, depuis la Vallée de la Bruche. Munich est à quatre heures de route, une distance qui laisse encore le temps d'arriver dans l'après-midi avec l'énergie nécessaire pour une première visite. J'en suis revenue avec quelque chose d'inattendu : la conviction que cette ville mérite qu'on lui accorde davantage que les clichés qu'on lui colle — la bière, les saucisses et le folklore en culotte de cuir. Munich est une ville qui ne cherche pas à séduire. Elle se contente de dévoiler sa richesse, ses contrastes et son histoire.


Château de Nymphenburg
Château de Nymphenburg| 2023 | La voyageuse bruchoise ©

Jour 1 — Le temps des rois de Bavière


Le château de Nymphenburg, résidence d'été des Wittelsbach


La première visite de l'après-midi nous mène directement au château de Nymphenburg, à l'ouest de la ville. C'est par là que Munich commence pour nous, par les grilles dorées, le plan d'eau qui précède la façade et l'impression d'un lieu qui a été soigneusement entretenu sans jamais être figé en décor de carte postale.


C'est quelque chose que j'observe chaque fois que je traverse un lieu géré par les Allemands : une rigueur dans l'entretien du patrimoine qui force le respect. En Alsace, nous leur devons bon nombre de monuments constuits ou restaurés pendant la période d'annexion. Cette exigence envers les traces du passé — l'idée que les générations suivantes ont le droit de voir ce que les précédentes ont construit — se lit dans chaque pierre de Nymphenburg.


Le château a été fondé en 1664 comme villa d'été, puis agrandi progressivement par les Wittelsbach jusqu'à atteindre sa forme actuelle. C'est dans cette résidence qu'est né Louis II en 1845, le roi bâtisseur de Neuschwanstein et que Maximilien Ier y mourut en 1825. En 1747, Maximilien III Joseph y fonda la manufacture de porcelaine de Nymphenburg, active encore aujourd'hui. Le bâtiment central adopte les codes de la villa italienne, mais c'est l'intérieur qui arrête le visiteur : la Steinerne Saal, la salle des marbres, avec ses fresques au plafond des frères Zimmermann et les ornements de François de Cuvilliés, pose une définition sur ce que les hommes du XVIIIe siècle entendaient par magnificence.


Le parc vaut autant que les appartements. On y trouve le pavillon de chasse d'Amalienburg, l'un des édifices rococo les plus anciens d'Europe, et le Badenburg — l'une des premières piscines couvertes chauffées des temps modernes, construite sous l'Électeur Max Emanuel. Détail qui dit beaucoup sur une époque : se baigner au chaud, en hiver, dans un palais. L'actuel chef de la maison de Bavière, le duc François de Bavière, habite toujours une aile du château. La continuité d'occupation donne au lieu une présence différente de celle des musées ordinaires.


Je te conseille de prévoir au moins trois heures pour le château et le parc, et si le temps le permet, d'emporter de quoi déjeuner sur place. L'entrée est payante pour les adultes ; les moins de 18 ans entrent gratuitement.




La Residenz, sept siècles de puissance Wittelsbach


De Nymphenburg au centre-ville, le tramway fait le lien sans difficulté. La Residenz se trouve à quelques minutes à pied de la sortie Odeonsplatz. C'est le plus grand palais urbain d'Allemagne, et contrairement à Nymphenburg qui s'étale dans la campagne résidentielle, la Residenz s'est construite à l'intérieur de la ville, absorbant ses contradictions — résidence officielle des Wittelsbach de 1385 à 1918, plus de 130 salles ouvertes au public, une architecture qui mêle Renaissance, baroque et rococo selon les humeurs et les époques des souverains successifs.


Le joyau de l'ensemble, c'est la Cuvilliés-Theater, construite entre 1753 et 1755 par François de Cuvilliés l'Ancien. Une salle de spectacle baroque, dorée jusqu'à l'excès et magnifiquement préservée, qui a accueilli des représentations de la cour bavaroise pendant plus d'un siècle et demi. En 1781, Mozart y fait jouer Idoménée, à la demande de l'Électeur. La Residenz a été gravement endommagée pendant la Seconde Guerre mondiale, puis restaurée dans les décennies qui ont suivi, avec la même méthode allemande : patient, documenté, irréprochable.


La visite demande une bonne heure et demie. Les billets ne se réservent pas en ligne à ce jour ; il faut se présenter directement à l'entrée.



Intérieur de Residenz
Residenz | Pixabay ©

La Frauenkirche et la Marienplatz, le cœur gothique de Munich


La cathédrale de Munich, la Frauenkirche, s'atteint à pied depuis la Residenz en une dizaine de minutes. Construite entre 1468 et 1488 dans un style gothique tardif, elle est reconnaissable entre toutes par ses deux tours jumelles de 99 mètres — conçues, dit-on, pour ne pas dominer les montagnes environnantes. Elle est le siège de l'archevêque de Munich et de Freising et la visite est gratuite.


La Marienplatz, à cinq minutes à pied, est le centre nerveux de la vieille ville. La colonne mariale qui lui donne son nom a été érigée en 1638 pour célébrer la fin de la guerre de Trente Ans. L'hôtel de ville néo-gothique, construit entre 1867 et 1909, abrite le Glockenspiel qui s'anime chaque jour à 11 heures — les touristes s'assemblent devant, les Munichois passent sans lever les yeux. C'est ce genre de décalage que j'aime observer dans les villes : ce qui émerveillle les visiteurs et ce qui appartient aux habitants sans qu'ils le voient plus.


Marienplatz et le Glockenspiel
Marienplatz | 2023 | La voyageuse bruchoise ©

Jour 2 — Rigueur industrielle et sportive à Munich


Le musée BMW, l’histoire de la marque


Je n'ai aucune passion particulière pour la mécanique, ni pour les voitures en général. Pourtant, le musée BMW explique la manière dont une culture industrielle se fabrique, se transmet et se raconte.


BMW — Bayerische Motoren Werke — a été fondée en 1916 comme constructeur de moteurs d'avions. La diversification vers la moto puis la voiture, est venue dans les années 1920 et 1930. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la société a produit des moteurs pour l'aviation militaire, avant d'être scindée en deux entités distinctes à la Libération. Ce que le musée restitue avec justesse, c'est une évolution de la pensée technique sur un siècle, de la BMW 328 des années 1930 aux prototypes électriques actuels. La capacité allemande à innover tout en restant rigoureux sur les fondamentaux, on la retrouve ici, dans les lignes des carrosseries comme dans la manière dont les ingénieurs documentent chaque génération.


Le musée est situé dans un bâtiment circulaire conçu par l'architecte autrichien Karl Schwanzer, inauguré en 1973 lors des Jeux Olympiques. La visite dure environ deux heures. Il faut réserver à l'avance, notamment en période estivale.


L'entrée est payante pour les adultes ; gratuite pour les moins de 18 ans.




BMW Welt, la vitrine de la marque


Juste en face du musée, BMW Welt est un bâtiment spectaculaire conçu par l'architecte Wolf D. Prix, ouvert en 2007. C'est un espace de marque, une vitrine permanente où l'on peut voir les derniers modèles, en essayer certains sur une piste intérieure et assister à des remises de véhicules — les propriétaires qui choisissent de récupérer leur voiture directement à l'usine est une pratique qui dit quelque chose sur ce que signifie posséder une BMW en Allemagne. L'entrée est gratuite.



Le parc olympique de 1972, un stade et une mémoire


Le parc olympique de Munich a été construit pour les Jeux d'été de 1972, dont le nom reste indissociable de ce qui s'y est passé le 5 septembre : la prise d'otages de onze membres de l'équipe olympique israélienne par un groupe terroriste palestinien et leur mort lors de la tentative de sauvetage. Des plaques commémoratives ont été installées sur le site. Un monument de la paix, inauguré en 1995, se trouve à l'entrée du parc.


Le stade, conçu par Frei Otto, reste un objet architectural remarquable : la toiture en tissu tendu, suspendue par des câbles, était une innovation structurelle sans précédent à l'époque,et elle a servi de référence pendant plusieurs décennies. Ce même stade a accueilli la finale de la Coupe du monde de football en 1974, remportée par l'Allemagne de l'Ouest et la finale de la Ligue des champions en 1993, gagnée par l'Olympique de Marseille — encore aujourd'hui la seule victoire française dans cette compétition.


Le parc est accessible librement. Pour monter au sommet de la tour olympique, l'entrée est payante pour les adultes. La visite du stade est également payante.


La Hofbräuhaus, brasserie d'État depuis 1589


Pour terminer la journée, la Hofbräuhaus s'impose moins comme un choix de touriste que comme un fait géographique et historique. Fondée en 1589 par Guillaume V, duc de Bavière, pour produire la bière consommée à la cour, elle a été ouverte au public au XIXe siècle et n'a plus cessé depuis d'être un lieu où l'on boit de la bière brassée selon la loi de pureté de 1516, dans des verres d'un litre, au milieu d'une foule internationale que la musique en costume bavarois n'effarouche pas. Je te conseille de réserver une table à l'avance, notamment le soir.



Jour 3 — Munich, la mémoire d’un pays entier


L'Allianz Arena, le stade du FC Bayern Munich


L'Allianz Arena se trouve au nord de la ville, accessible en métro ligne U6 jusqu'à Fröttmaning. Inaugurée en 2005, conçue par les architectes suisses Herzog et de Meuron, elle est reconnaissable à sa façade en coussins gonflables qui s'illumine dans les couleurs de l'équipe qui reçoit. Sa capacité dépasse les 75 000 places.


La visite guidée dure environ une heure, en allemand ou en anglais. Elle donne accès aux zones normalement fermées au public : vestiaires, tunnel menant au terrain, salles de presse, espaces VIP. C'est moins le stade en lui-même que la mécanique invisible d'un club de ce niveau qui retient l'attention — la manière dont un espace conçu pour 75 000 personnes fonctionne avec une précision d'horlogerie.


La visite combinée du stade et du musée est payante. Je te conseille de réserver en ligne.




Le camp de concentration de Dachau, une visite immaquable


Dachau n'était pas prévu sur notre programme. Nous passions à proximité et il n'était pas concevable de continuer la route sans s'arrêter.


Dachau a été ouvert en mars 1933, quelques semaines après l'arrivée au pouvoir d'Hitler. C'est le premier camp de concentration du régime nazi, conçu initialement pour les prisonniers politiques, puis rapidement élargi à toutes les catégories de « indésirables » : Juifs, Roms, homosexuels, témoins de Jéhovah ou prisonniers de guerre. Entre 1933 et 1945, plus de 200 000 personnes y ont été détenues. Environ 41 500 n'en sont pas revenues.


Ce jour-là, une commémoration se tenait pour les 80 ans de la libération du camp — le 29 avril 1945, des soldats américains avaient découvert ce qui s'y trouvait. Des anciens déportés étaient présents. Des hommes très âgés, certains en uniforme rayé reconstitué, d'autres en costume sobre. Cette présence a changé la nature de la visite : on n'était plus dans un musée mais dans un acte de mémoire vivante, avec des gens qui avaient réellement été là, qui avaient survécu à ce que les bâtiments conservés racontent.


En Alsace, nous avons le Struthof — le seul camp de concentration sur le sol français — qui est déjà une visite éprouvante. Dachau est un échelon supplémentaire dans l'échelle de ce que les hommes ont été capables de faire à d'autres hommes. Ce n'est pas une visite qu'on recommande pour son intérêt touristique. C'est une visite qu'on fait parce qu'on ne peut pas prétendre comprendre l'Europe du XXe siècle sans se tenir une fois dans ces lieux.


L'entrée est gratuite. La visite dure au moins deux heures. Des audioguides et des visites guidées sont disponibles en allemand et en anglais.



Quelques points pratiques pour un week-end à Munich


Depuis la Vallée de la Bruche, Munich est à quatre heures de route. Nous avons choisi la voiture pour la liberté de mouvement, notamment pour Dachau qui se trouve hors du centre-ville.


En ville, les transports en commun (U-Bahn, S-Bahn, tramways) couvrent l'ensemble des sites cités. Le pass München City Pass donne accès aux transports et à un grand nombre d'attractions touristiques sur 24, 48 ou 72 heures.


Pour l'hébergement, nous avions choisi le quartier de Berg am Laim, à l'est de la ville. Il est bien desservi et il y a de nombreuses places de parking gratuites aux alentours. Nous avons logé dans l'appartement de Bettina, réservé via Airbnb. Fonctionnel, bien placé, avec un système d'arrivée autonome qui évite les complications d'horaires.



Ce que Munich donne à voir


Je ne suis pas revenue de Munich convertie à l'Allemagne. Mais, j'en suis revenue avec une nouvelle lecture. Munich est une ville qui fonctionne sur plusieurs registres en même temps — la puissance dynastique des Wittelsbach, la rigueur industrielle de BMW, la mémoire impossible de Dachau et l'ambiance de stade du Bayern — et qui ne cherche pas à en faire une histoire cohérente à destination des visiteurs. Elle les pose là, côte à côte, et laisse chacun assembler ce qu'il peut.


Ce que j'ai assemblé, pour ma part, c'est ceci : les Allemands entretiennent ce qu'ils ont construit, y compris ce qui les dérange. Nymphenburg et Dachau n'ont pas la même nature mais ils relèvent du même geste — préserver, documenter et transmettre sans enjoliver. C'est une manière d'habiter l'histoire que je reconnais, depuis l'Alsace.


Mes enfants, eux, ont passé un week-end dans la ville dont leur père porte une part d'héritage. Ils ont vu ce qu'il y avait à voir. Le reste viendra avec le temps.



FAQ — Visiter Munich en famille


Faut-il la München Card pour visiter Munich ?

Ce n'est pas indispensable si tu prévois peu de visites payantes. En revanche, si tu combines Nymphenburg, la Residenz, le musée BMW et la tour olympique, le pass de 48 ou 72 heures devient rapidement avantageux. Les tarifs varient selon la durée et l'âge.


Munich est-elle adaptée à une visite en famille avec des adolescents ?

Oui et de manière équilibrée. La diversité des visites — patrimoine royal, musée technique, stade de football, mémoire de guerre — offre quelque chose à chaque profil. Dachau est adapté à partir de douze ou treize ans, à condition que la visite soit préparée et accompagnée.


Comment accéder à l'Allianz Arena ?

En métro, ligne U6, arrêt Fröttmaning. Pour Dachau, la voiture est plus pratique, ou le S-Bahn ligne S2 jusqu'à la gare de Dachau, puis le bus 726.


Le château de Nymphenburg est-il adapté aux enfants ?

Oui. Le parc est vaste et les enfants peuvent y circuler librement. Les pavillons (Amalienburg, Badenburg, Pagodenburg) offrent des points d'intérêt répartis sur l'ensemble du domaine, ce qui rend la visite moins statique qu'un château ordinaire.


Est-ce difficile de visiter Dachau avec des adolescents ?

C'est une visite exigeante, pas une visite difficile au sens où elle serait déconseillée. Elle demande d'être attentif et de laisser du temps pour les réactions de chacun. Je crois que certains lieux doivent entrer dans une vie avant l'âge adulte et Dachau est de ceux-là.


[Mise à jour : mai 2025]

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Photo de la voyageuse bruchoise

Qui est la Voyageuse Bruchoise ?

Je m'appelle Priscilia. Je suis née dans la Vallée de la Bruche et la généalogie m'a appris à ne plus regarder les lieux comme de simples décors. J'y cherche ce qu'ils ont traversé, ce qu'ils ont gardé et ce qu'ils révèlent encore de ceux qui y ont vécu.

L'Escale est ma lettre mensuelle, un rendez-vous privilégié pour partager avec toi les coulisses de mes découvertes, mes coups de cœur, mes projets en cours et des histoires inédites que tu ne trouveras pas sur le blog.


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