Une journée dans le Vieux-Lyon : traboules et patrimoine UNESCO (Rhône)
- 9 juin 2024
- 8 min de lecture
Dernière mise à jour : 28 mai
Nous n'étions pas venus pour la ville. Nous étions venus pour le match Lyon contre Strasbourg au Groupama Stadium, une soirée de football en famille que mon mari avait organisée depuis des semaines. Les enfants avaient compris le deal sans qu'on ait besoin de le formuler : quelques heures dans le Vieux Lyon l'après-midi en contrepartie de la tribune le soir.
Ce genre de visite a ses vertus. On n'arrive pas chargé d'attentes, on ne consulte pas de liste et on ne cherche pas à être à la hauteur de la réputation d'un lieu. On déambule simplement dans la ville parce qu'on est là et qu'on a du temps devant soi.
Le Vieux Lyon est beau, préservé avec soin. On sent que la ville a su tenir ce périmètre précis mais qu'elle a grandi vite autour, absorbant les vagues d’arrivée successives sans toujours trouver le fil qui relie les époques. C'est le destin des grandes villes qui ont dû s'agrandir plus vite qu'elles ne pouvaient choisir. Ce n'est pas un reproche. C'est un constat.
Ce que je n'avais pas anticipé, c'est Lugdunum. Ce nom que j'avais copié dans des cahiers de latin au collège, sans jamais lui accorder beaucoup de réalité. Debout devant les gradins des théâtres romains, au-dessus de la ville, j'ai eu cette sensation étrange que les cours venaient de trouver un sol sous mes pieds.
La Cathédrale Saint-Jean-Baptiste, douze siècles dans la même nef
La station de métro la plus proche est "Vieux Lyon — Cathédrale Saint-Jean" (ligne D). De là, la cathédrale est à deux minutes à pied, dans la rue piétonne du Vieux Lyon.
La construction a débuté en 1175 dans le style roman et s'est achevée au XVe siècle en intégrant progressivement les caractéristiques du gothique, ce qui en fait un document architectural autant qu'un édifice religieux. Ce mélange de styles, qui aurait pu être un défaut de cohérence, devient ici une lisibilité : on peut lire dans les pierres les siècles qui se sont succédé, chacun ajoutant son style sans effacer tout à fait ce qui précédait.
Le détail qui retient l'attention, c'est l'horloge astronomique du XIVe siècle. Elle indique l'heure, la date, la position de la lune, du soleil et de la terre, ainsi que le calendrier des fêtes mobiles et elle le fait avec des figures animées qui se déclenchent à intervalles réguliers. Elle a été endommagée au XVIe siècle puis soigneusement restaurée et elle fonctionne toujours. Les horlogers qui l'ont conçue voulaient que le temps soit lisible, pas seulement ressenti. Je te conseille d'arriver à l'heure juste pour voir les automates en mouvement — c'est à midi, 14h, 15h et 16h.
La cathédrale est ouverte du mardi au samedi de 9h à 12h et de 14h à 18h30, le dimanche de 14h à 18h30. Elle est fermée le lundi. L'entrée est gratuite.
La Basilique Notre-Dame de Fourvière a la ville à ses pieds
Depuis la cathédrale, la station de funiculaire "Vieux Lyon — Cathédrale Saint-Jean" est à deux minutes à pied. Le funiculaire de Lyon, inauguré en 1862, est l'un des plus anciens systèmes de transport urbain de ce type en France. Initialement hydraulique, électrifié depuis, il relie le Vieux Lyon à la colline de Fourvière et il reste un moyen de transport utilisé quotidiennement par les habitants. Il fonctionne de 5h à minuit.
La Basilique Notre-Dame de Fourvière a été construite entre 1872 et 1896 par l'architecte Pierre Bossan, dans un style néo-byzantin qui tranche avec le reste de la ville. Elle est dédiée à la Vierge Marie, à qui Lyon attribue deux protections historiques contre la peste en 1643 et contre l'invasion prussienne en 1870. Ces deux épisodes ont laissé des traces dans l'architecture même du bâtiment avec les quatre tours, les mosaïques murales, les vitraux et la crypte dédiée à Saint-Joseph en dessous, plus sobre mais d'une cohérence que je préfère à la somptuosité de l'étage supérieur.
Ce qui justifie vraiment la montée, c'est l'esplanade. De là, Lyon s'étale dans sa totalité avec le confluent du Rhône et de la Saône, les quartiers qui s'étirent vers l'est et les collines qui ferment l'horizon. Je te conseille de prendre le temps de rester là quelques minutes, avant d'entrer dans la basilique. La vue dit mieux que beaucoup de textes pourquoi les Romains avaient choisi cet endroit pour implanter leur capitale des Gaules.
La basilique est ouverte tous les jours de 7h à 19h. L'entrée est gratuite.
Le site de Lugdunum, quand les cours de latin deviennent réels
Depuis la basilique, descendre la colline en suivant la rue Roger Radisson. Les théâtres romains et le musée se trouvent à environ dix minutes de marche — c'est le chemin que je recommande plutôt que de reprendre le funiculaire parce qu'il longe la colline et laisse apparaître la ville progressivement.
Lugdunum a été fondée en 43 avant J.-C. Elle était la capitale administrative et économique de la Gaule romaine non pas parce qu'elle était la plus ancienne mais parce que sa position au confluent du Rhône et de la Saône en faisait un nœud stratégique que les Romains surent reconnaître immédiatement. Le nom a traversé les siècles pour devenir Lyon et on finit par oublier que ce sont les mêmes pierres.
Ce que j'ai trouvé ici, je ne l'attendais pas à cet endroit. Les théâtres antiques du Ier siècle avant J.-C. sont posés dans la colline, à l'air libre, accessibles sans billet d'entrée. Ils pouvaient accueillir des milliers de spectateurs. Ils accueillent aujourd'hui les Nuits de Fourvière — le festival d'été lyonnais — ce qui n'est pas anodin, il y a quelque chose de juste dans le fait d'utiliser ces gradins pour ce à quoi ils ont toujours servi.
Debout là, j'ai pensé à mes cahiers de collège où j'avais recopié ce nom sans y attacher de réalité. Lugdunum. Les cours de latin venaient de trouver un sol. C'est exactement ce que font les bons vestiges : ils rendent concret ce qu'on croyait seulement savoir.
Le Musée de Lugdunum, ouvert en 1975 et rénové depuis, abrite une collection d'artefacts qui illustrent la vie quotidienne de l'époque romaine — monnaies, bijoux, sculptures et objets du foyer. Je te recommande d'y consacrer au moins une heure en commençant par le niveau supérieur qui donne sur les théâtres : la mise en relation du musée et du site archéologique est ce qui fait la cohérence du lieu.
Le musée est ouvert du mardi au vendredi de 11h à 18h, du samedi au dimanche de 10h à 18h. Les théâtres sont accessibles tous les jours, gratuitement. L'entrée au musée coûte 7 €, gratuite pour les moins de 18 ans et le premier dimanche du mois. Tu peux acheter ton billet en ligne pour éviter la file.
Les traboules, l'autre façon de traverser la ville
Pour rejoindre les traboules depuis le site de Lugdunum, redescendre vers le nord en direction du quartier Saint-Jean. Les plus connues se concentrent autour de la rue Saint-Jean et de la rue du Bœuf, à une quinzaine de minutes à pied.
Les traboules sont des passages couverts qui permettent de traverser les immeubles pour rejoindre la rue parallèle, une logique de circulation intérieure née à la Renaissance et prolongée jusqu'au XIXe siècle. Elles servaient principalement aux canuts, les tisserands de soierie lyonnais, pour transporter leurs pièces à l'abri des intempéries. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elles ont servi aux résistants comme voies de fuite et de communication discrète.
Aujourd'hui, certaines appartiennent à des propriétaires privés et peuvent être fermées en soirée, mais elles sont généralement accessibles dans la journée. L'accès est gratuit. Les adresses les plus intéressantes :
54 rue Saint-Jean, débouchant au 27 rue du Bœuf
52 rue Saint-Jean, débouchant au 23 rue du Bœuf
9 place Colbert, débouchant au 14 bis montée Saint-Sébastien
Ce qui retient le regard à l'intérieur, ce ne sont pas les passages eux-mêmes mais les cours intérieures qu'ils traversent avec des galeries à colonnades, des puits centraux ou des escaliers à vis. Des espaces qui n'étaient pas destinés à être vus de l'extérieur et qui ont la qualité rare des architectures fonctionnelles qui ont fini par devenir belles sans le chercher.
Le bouchon lyonnais, une institution qui mérite sa réputation
Pour terminer la journée avant de rejoindre le stade, rien ne vaut un dîner dans un bouchon lyonnais. Ces petits restaurants traditionnels, apparus au XIXe siècle, servent une cuisine populaire et généreuse — saucisson chaud, tablier de sapeur ou quenelle de brochet — dans un cadre sans prétention qui est précisément leur force.
Le Café des Fédérations, au 8 rue Major Martin dans le 1er arrondissement, est l'une des adresses les plus connues. Il est ouvert de 12h à 14h et de 19h30 à 22h. Les menus varient entre 20 € et 35 €. La réservation en ligne est possible — et conseillée.
Depuis les traboules, il se rejoint à pied en une quinzaine de minutes, ou en métro depuis l'arrêt "Hôtel de Ville — Louis Pradel" (ligne A).
Le Groupama Stadium, l’arêne lyonnaise
Si tu es à Lyon pour un match de l'Olympique Lyonnais, le Groupama Stadium mérite la mention.
Inauguré en 2016, il peut accueillir jusqu'à 59 186 spectateurs et fait partie des stades européens les plus modernes dans sa conception. Les horaires et les billets sont disponibles sur le site de l'OL — les prix varient selon l'importance de la rencontre et la catégorie des places.
Pour s'y rendre depuis le centre-ville, prendre le métro à "Hôtel de Ville — Louis Pradel" (ligne A) jusqu'à "Vaulx-en-Velin La Soie", puis la navette "Stade" gratuite les jours de match.
Ce soir-là, en entrant dans le stade avec les enfants, j'ai pensé aux gradins de Lugdunum. Des milliers de personnes rassemblées dans une enceinte pour un rituel collectif, avec ses règles, ses tensions et ses moments de suspension. Les Romains auraient reconnu quelque chose dans ce stade.
Strasbourg s’est incliné 1 à 2 face aux locaux mais la soirée fut à la hauteur de mes espérances.

Ce que j’ai appris de mon escapade lyonnaise
Lyon ne se donne pas d'un coup. Elle demande qu'on accepte de ne pas tout voir, de laisser des quartiers entiers de côté, de renoncer à l'exhaustivité que les grandes villes semblent exiger de leurs visiteurs.
Ce que j'en retiens, c'est une ville à deux vitesses : un cœur historique tenu avec soin et un pourtour qui a grandi sans toujours choisir comment. Ce n'est ni une critique ni une surprise, c'est simplement ce qu'elle est et il vaut mieux le savoir avant d'arriver avec des attentes trop uniformes.
Ce que je n'avais pas prévu, c'est de repartir avec une question sur mes propres lacunes. Un nom de ville romaine entrevu dans des cahiers de collège et que deux heures sur une colline lyonnaise ont rendu soudainement réel. Ce sont ces petits déplacements-là qui justifient les détours.
Questions fréquentes sur une demi-journée à Lyon
Faut-il réserver pour le Café des Fédérations ?
Oui, particulièrement le soir et le week-end. Le restaurant est connu et les couverts sont limités. La réservation en ligne est ouverte sur le site.
Le funiculaire est-il payant ?
Il fait partie du réseau TCL. Un ticket de transport ordinaire suffit. Il fonctionne de 5h à minuit.
Les théâtres romains sont-ils accessibles librement ?
Oui, l'accès aux gradins est gratuit et libre tous les jours. Le musée de Lugdunum, adjacent, est payant — 7 € pour les adultes, gratuit pour les moins de 18 ans.
Les traboules sont-elles ouvertes à tous ?
La plupart sont accessibles en journée et gratuitement. Certaines appartiennent à des copropriétés privées et peuvent être fermées. Il n'existe pas de liste exhaustive des horaires — mieux vaut y aller en matinée ou en début d'après-midi.
Peut-on visiter Lyon sans voiture ?
Tout à fait car le réseau de transports en commun est efficace et le Vieux Lyon se parcourt entièrement à pied. La voiture n'est utile que si tu combines la visite avec un événement au Groupama Stadium, excentré du centre-ville.
Quel est le meilleur moment pour visiter le Vieux Lyon ?
En semaine, hors saison scolaire, le quartier est nettement moins fréquenté. En été, certaines traboules et la cathédrale sont bondées dès 11h. Arriver tôt le matin permet de voir les rues avant qu'elles ne soient saturées.
[Mise à jour : mai 2026]

































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