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Une journée à Autun, la capitale romaine que la Bourgogne a oubliée

  • 2 août 2024
  • 8 min de lecture

Dernière mise à jour : 29 juin

Autun ne fait pas partie de la Bourgogne que l'on vient visiter d’emblée. Quand on évoque la région, on pense à Beaune, à ses Hospices et à la file des grands crus que l'on parcourt en une après-midi et c'est précisément de là que je suis partie, un week-end de printemps, avec mon mari et mes enfants, pour rejoindre une ville dont je ne savais que deux choses : qu'elle avait formé le jeune Bonaparte et qu'elle gardait sous ses rues une cité romaine que presque plus personne ne vient voir. J'étais venue pour la première raison. C'est la seconde qui m'a retenue.


Autun n'a pas grandi lentement, comme la plupart des villes ; elle a été décidée. Fondée vers 15 avant notre ère par la volonté d'Auguste, dont elle porte le nom — Augustodunum, la forteresse d'Auguste —, elle devait incarner Rome en Gaule et détourner les Éduens de Bibracte, leur capitale perchée sur le mont Beuvray, pour les attirer dans une vitrine de théâtres, de temples et de remparts. Le pari a réussi puisque le peuple est descendu de sa montagne pour s'installer dans la ville neuve. Puis les siècles ont fait leur travail, si bien que cette capitale conçue pour éblouir s'est retrouvée, peu à peu, du côté des villes que l'on contourne. J'aime ces anciennes capitales qui ont frôlé l'oubli parce qu'elles disent ce que les villes intactes taisent : que la grandeur est un moment, et non un état.


Théâtre romain à Autun
Théâtre romain, Autun | Priscilia K. | 2021

La ceinture romaine d'Augustodunum


Le théâtre romain, conçu pour compter parmi les plus grands du monde


On entre dans Autun par ses côtés parce que c'est là, à l'écart du centre, que la ville romaine a laissé ses traces les plus lisibles. Le théâtre en est le meilleur exemple : ses gradins descendent la pente d'une colline qui domine l'Arroux et il faut un moment pour mesurer ce que l'on regarde. Construit dans la seconde moitié du Ier siècle, sans doute sous Vespasien, il déployait environ 148 mètres de diamètre et ses 41 gradins répartis sur trois rangées pouvaient accueillir, selon les calculs, entre 12 000 et 20 000 spectateurs. Les Romains l'avaient voulu parmi les plus vastes de tout l'Empire, à la mesure de la ville qu'ils inventaient.


Ce qui m'arrête, ici, ce n'est pas la dimension ; c'est la survie. Le théâtre a servi de carrière de pierre pendant tout le Moyen Âge, on l'a démonté, oublié, recouvert et il a pourtant fallu attendre 1909 pour qu'on lui rende sa fonction et qu'on y redonne des spectacles. Je me suis assise sur un gradin, face à la scène disparue, et je suis restée longtemps à regarder le vide qu'elle laisse. C'est toujours la même chose qui me saisit devant ces vestiges : non pas qu'ils soient anciens mais qu'ils soient encore là, alors que tant de choses plus solides ont disparu.


Le théâtre se visite librement, toute l'année, et je te conseille d'y venir tôt le matin, avant le centre, parce que la lumière y est plus basse et que tu auras les gradins pour toi.



Le temple dit « de Janus », un sanctuaire plus vieux que la ville


À quelques minutes de là, de l'autre côté de l'Arroux, deux pans de murs se dressent seuls au milieu des prés, au lieu-dit la Genetoye. C'est tout ce qui reste d'un temple gallo-romain, et c'est considérable, parce que la cella carrée, d'environ 16 mètres de côté, s'élève encore à 24 mètres de hauteur, un record pour la Gaule. L'édifice nous est parvenu parce qu'on l'a réemployé comme donjon au Moyen Âge : encore une fois, c'est un usage détourné qui a sauvé la pierre.


On l'appelle temple de Janus mais ce nom est faux. Il vient d'une déformation de Genetoye, le lieu où poussaient les genêts, qu'un érudit du XVIe siècle a lue comme « Jani tecto », le toit de Janus, si bien que la divinité réellement vénérée ici reste, à ce jour, inconnue. Et il y a plus troublant encore : les fouilles menées depuis 2013 ont révélé qu'un lieu de culte gaulois occupait déjà ce terrain avant l'essor même de Bibracte, ce qui laisse penser que ce sanctuaire sans nom est peut-être ce qui a décidé de l'emplacement de la future capitale. Le plus ancien, à Autun, est ce dont on ignore le nom.


Je suis restée un moment devant ce dieu anonyme qui tient encore son champ et c'est sans doute ce vestige-là, plus que tout autre, que j'étais venue chercher sans le savoir. Le site est en accès libre ; il se rejoint par la porte d'Arroux, en suivant la rive de la rivière.


Le temple de Janus à Autun
Le temple de Janus, Autun | Priscilia K. | 2021

La porte d'Arroux, le seuil nord de la cité


La porte d'Arroux referme ce parcours du matin et elle dit autre chose que les deux vestiges précédents. Élevée à la fondation de la ville, à la fin du Ier siècle avant notre ère, elle marquait l'entrée nord d'Augustodunum, avec ses deux grandes arches centrales pour les chars et ses deux passages latéraux pour les piétons, ornés de pilastres corinthiens et elle s'ouvrait sur la voie qui quittait la ville vers le reste de la Gaule.


Ce détail-là change la lecture du lieu : la porte appartenait à une enceinte de près de 6 kilomètres, et un rempart, dans le monde romain, n'était pas seulement une défense mais c'était un privilège, accordé aux cités en lesquelles Rome avait confiance. Or les Éduens étaient des alliés anciens, un peuple que les Romains nommaient frère, si bien que la ceinture de pierre disait cette confiance autant qu'elle protégeait. Autun n'a pas été fortifiée contre Rome ; elle l'a été par elle.

Le matin appartient aux bords, là où la ville romaine a tracé son cercle ; l'après-midi appartient à la ville qui a grandi dedans et qui a continué sans elle. Pour déjeuner, je te conseille de redescendre vers le centre et de te garer place du Champ de Mars, qui reste le cœur où l'on revient.



Porte d'Arroux à Autun
Porte Arroux, Autun | Priscilia K. | 2021

L'après-midi, la ville haute et ses survivances


La cathédrale Saint-Lazare et le tympan qui a survécu en se cachant


La cathédrale domine la ville haute et l'on comprend en s'approchant qu'elle n'a pas été bâtie pour la seule beauté. Commencée vers 1120 par l'évêque Étienne de Bâgé et achevée en 1146, elle devait abriter des reliques que l'on croyait être celles de saint Lazare — en réalité celles d'un autre Lazare, celui d'Aix —, et c'est pour les pèlerins qu'on l'a voulue si vaste.


Au-dessus du portail, le tympan du Jugement dernier déroule une vision dense, peuplée, presque insoutenable, et il porte une signature rare pour le Moyen Âge : « Gislebertus hoc fecit », Gislebertus l'a fait. Un sculpteur qui signe son œuvre, au XIIe siècle, c'est presque un aveu d'orgueil. Et voici ce qui m'a arrêtée : en 1766, les chanoines ont trouvé ce chef-d'œuvre grossier et l'ont recouvert de plâtre, ce qui l'a sauvé, parce que les marteaux de la Révolution sont passés sans le voir, et on ne l'a redécouvert qu'en 1837. Le tympan a traversé les siècles parce qu'on l'avait caché, exactement comme le temple a tenu parce qu'on l'avait transformé en donjon et le théâtre parce qu'on l'avait réduit en carrière.


La visite de la cathédrale est libre. Les autres trésors de la ville — l'Ève couchée de Gislebertus, la coupe de verre du IVe siècle, la mosaïque de Bellérophon — sont conservés au musée Rolin, mais je préfère te le dire avant que tu ne fasses le déplacement : le musée est fermé depuis 2022 pour devenir le Panoptique, un grand ensemble muséal qui réunira l'hôtel Rolin, l'ancien palais de justice et une prison circulaire, et il ne rouvrira pas avant 2029. La ville qui garde le plus de trésors romains de France les tient, en ce moment, hors de notre vue, ce qui, pour Autun, est presque une habitude.



Le lycée Bonaparte, la raison du détour


C'est ici que je dois avouer pourquoi je suis venue. Le collège jésuite d'Autun, fondé en 1601 et devenu lycée, a accueilli en 1779 trois frères corses débarqués du continent : Joseph, Napoléon et Lucien Bonaparte. Napoléon n'y est resté que quelques mois, le temps d'apprendre le français avant de partir pour l'école militaire de Brienne mais l'épisode a suffi à attacher son nom à la ville.


J'étais venue pour ce détail, et c'est lui, finalement, qui m'a paru le plus mince. Quelques mois d'un enfant qui deviendrait empereur, dans une ville qui avait déjà près de 1 800 ans lorsqu'il y est passé : la proportion remet les choses à leur place. Autun n'est pas la ville de Bonaparte. Elle est une capitale romaine où Bonaparte a, brièvement, appris à parler français.


Les remparts et le Champ de Mars, la ville qui a continué


Avant de repartir, je te conseille de marcher le long des remparts et de te perdre dans les rues de la ville haute parce que c'est là, et non devant les monuments, que l'on saisit ce qu'est devenue Augustodunum : non pas un site mais une ville moyenne qui vit, avec son marché, sa place du Champ de Mars où l'on se croise et ses maisons appuyées les unes aux autres. La grandeur romaine n'a pas laissé un musée à ciel ouvert ; elle a laissé un endroit où l'on habite encore, ce qui est une autre manière, plus discrète, de durer.


Lycée d'Autun où Napoléon Bonaparte a étudié
Le lycée Bonaparte, Autun | Priscilia K. | 2021

Autun ne se visite pas comme on admire une ruine. Elle se lit comme une démonstration. Une capitale décidée par un empereur pour éclipser une montagne, devenue l'une des grandes villes de la Gaule, puis une ville que l'on traverse sans s'arrêter et dont les plus belles choses ont survécu précisément parce qu'on les avait, un jour, oubliées, recouvertes ou détournées de leur usage. Ce que garde Autun ne tient pas à sa grandeur passée mais à l'oubli qui l'a recouverte car c'est sous le plâtre, sous le donjon et sous la carrière que ses chefs-d'œuvre ont traversé les siècles.


FAQ - Une journée à Autun


Peut-on visiter Autun en une journée ?

Oui. Une journée suffit à condition de consacrer la matinée aux vestiges romains, qui se trouvent en périphérie — le théâtre, le temple dit de Janus et la porte d'Arroux —, et l'après-midi à la ville haute, autour de la cathédrale Saint-Lazare et du Champ de Mars.


Le théâtre romain d'Autun se visite-t-il librement ?

Oui, l'accès est libre toute l'année. Le site, qui compte parmi les plus vastes théâtres du monde romain avec ses cent quarante-huit mètres de diamètre, se découvre mieux tôt le matin, quand la lumière est basse et les gradins déserts.


Pourquoi le temple de Janus porte-t-il ce nom s'il n'a aucun lien avec Janus ?

Parce que le nom est une erreur. Il vient du lieu-dit la Genetoye, l'endroit où poussaient les genêts, qu'un érudit du XVIe siècle a interprété comme « le toit de Janus ». La divinité réellement vénérée dans ce temple reste, à ce jour, inconnue.


Le musée Rolin est-il ouvert ?

Non. Il est fermé depuis 2022 pour devenir le Panoptique d'Autun, un nouveau site muséal réunissant plusieurs bâtiments, et sa réouverture n'est pas attendue avant 2029. La cathédrale Saint-Lazare, elle, reste ouverte et gratuite.


Qui a sculpté le tympan de la cathédrale Saint-Lazare ?

Un sculpteur du XIIe siècle nommé Gislebertus, qui a signé son œuvre — « Gislebertus hoc fecit » —, ce qui est rare pour l'époque. Le tympan fut recouvert de plâtre en 1766, ce qui le protégea des destructions révolutionnaires, avant d'être redécouvert en 1837.


Autun est-elle loin de Beaune et de la route des vins ?

Non. Une cinquantaine de kilomètres séparent Autun de Beaune, soit moins d'une heure de route, ce qui en fait un détour facile depuis la Bourgogne viticole pour qui veut en découvrir une autre, plus ancienne.


[Mise à jour : juin 2026]






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Photo de la voyageuse bruchoise

Qui est la Voyageuse Bruchoise ?

Je m'appelle Priscilia. Je suis née dans la Vallée de la Bruche et la généalogie m'a appris à ne plus regarder les lieux comme de simples décors. J'y cherche ce qu'ils ont traversé, ce qu'ils ont gardé et ce qu'ils révèlent encore de ceux qui y ont vécu.

L'Escale est ma lettre mensuelle, un rendez-vous où je partage avec toi les coulisses de mes découvertes, les lieux qui m'arrêtent en chemin, mes projets en cours et des histoires inédites que tu ne trouveras pas sur le blog.


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