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Week-end à Beaune et sur la Côte d'Or, la région des grands crus (Bourgogne)

24 sept. 2023
8 min de lecture

Beaune est la Bourgogne que l'on croit connaître avant même d'y être allé parce que son nom voyage avec celui de ses Hospices au toit vernissé, avec ces enchères de vin que la presse du monde entier reprend chaque automne et avec ce circuit des grands crus que l'on avale parfois en une seule journée, en car climatisé, entre deux dégustations. C'est cette ville-là, la ville-vitrine, que je n'ai pas rencontrée.


Je l'ai découverte un printemps, pendant les couvre-feux, avec mon mari et mes enfants, et elle était vidée de tout ce qui la définit d'ordinaire, parce qu'il n'y avait aucun groupe massé devant l'Hôtel-Dieu, aucune file aux caveaux et presque personne dans les ruelles passé une certaine heure. J'ai pris l'habitude, quand j'entre quelque part, d'imaginer le lieu sans sa foule ou à une autre époque car c'est souvent dans ce silence-là qu'une ville consent à dire ce qu'elle est. Débarrassée de sa machinerie, Beaune a cessé d'être une carte postale pour redevenir ce qu'elle n'a jamais cessé d'être en réalité : une ville qui a beaucoup à raconter, à condition d'accepter de l'écouter autrement que par le vin.


Un mot pratique avant de commencer. Nous avions logé à l'hôtel Mercure, confortable mais sans âme, et je referais ce séjour autrement : si tu le peux, choisis un appartement dans la vieille ville ou à deux pas, parce que Beaune se vit surtout le soir quand les cars sont repartis et que les remparts se vident et qu'il serait dommage de dormir loin de ce moment-là.



Jour 1 — Beaune, où le vin a d'abord servi à soigner


La vieille ville et la fresque de La Grande Vadrouille


La vieille ville se tient encore dans ses remparts, ceux que Beaune s'est offerts au Moyen Âge quand elle était une place forte des ducs de Bourgogne et il en subsiste assez pour que l'on devine la ville fermée qu'elle a été avant d'être la capitale du vin. Je te conseille d'y entrer à pied et sans itinéraire, parce que c'est en tournant au hasard des ruelles que l'on tombe sur ce qui, ici, m'a le plus amusée : une grande fresque, place du Docteur-Jorrot, qui reproduit une photographie de tournage. En 1966, Gérard Oury filme à Beaune plusieurs scènes de La Grande Vadrouille, avec Bourvil et Louis de Funès, et la fresque a été peinte trente ans plus tard pour en garder la trace. Plusieurs séquences ont été tournées jusque dans la cuverie de l'Hôtel-Dieu, et la Kommandantur du film n'est autre que la mairie de Meursault, à quelques kilomètres au sud, un détail qui relie discrètement les deux journées de ce week-end. Ce n'est pas une anecdote de guide ; c'est la preuve que cette ville sert de décor depuis longtemps.


L'Hôtel-Dieu, un hôpital payé par le vin


L'Hôtel-Dieu est le monument que tout le monde vient voir et c'est aussi celui que l'on regarde le plus mal parce qu'on s'arrête à son toit. Fondé en 1443 par Nicolas Rolin, chancelier du duc de Bourgogne, et son épouse Guigone de Salins, l'Hôtel-Dieu n'a pas été bâti pour le prestige mais pour soigner les pauvres, au sortir d'une guerre de Cent Ans qui avait laissé la région exsangue. Le toit de tuiles vernissées, l'architecture gothique flamboyante, la grande salle des « pôvres » avec ses lits de bois et son plafond en carène, tout cela, on le photographie. Mais le détail qui change le regard est ailleurs et il tient en une phrase. Pour financer l'hôpital, ses fondateurs lui ont donné des vignes, et ces vignes existent toujours, vendues chaque troisième dimanche de novembre lors d'une vente aux enchères de charité parmi les plus célèbres au monde, dont le produit sert encore les œuvres hospitalières. Autrement dit, à Beaune, le vin n'a jamais été un luxe ; il a d'abord été un moyen de soigner et il l'est resté. L'Hôtel-Dieu a d'ailleurs fonctionné comme hôpital jusqu'en 1971, ce qui n'est pas un Moyen Âge lointain mais une mémoire d'hier. Quand on a compris cela, le polyptyque du Jugement dernier de Rogier van der Weyden, conservé sur place, cesse d'être un chef-d'œuvre de plus : c'est l'image que des mourants avaient sous les yeux, dans une salle payée par la vigne. Je te recommande d'y prévoir deux bonnes heures et d'y entrer en sachant cela car tu ne verras plus le toit de la même façon.




Les caves Patriarche, cinq kilomètres sous la ville


À dix minutes à pied de l'Hôtel-Dieu, les caves Patriarche Père et Fils occupent depuis 1780 les souterrains d'un ancien couvent et c'est encore une fondation religieuse que le vin a fini par habiter. On y descend dans près de cinq kilomètres de galeries voûtées, les plus vastes de Beaune, où dorment des bouteilles de toutes les appellations de la Côte. La visite se fait seul, un plan et un parcours fléché à la main, ce qui te laisse libre de t'attarder. Je te conseille de réserver en ligne avant de venir parce que les créneaux partent vite le week-end.



Vedrenne et le cassis, l'autre vigne de Bourgogne


Le vin n'est pas la seule vigne de Bourgogne. À Nuits-Saint-Georges, l'ingénieur corrézien Joseph Vedrenne fonde en 1923 sa distillerie, tout près des champs de cassissiers qui couvraient alors les coteaux, et la maison s'est faite un nom avec sa crème de cassis, élaborée à partir de la variété Noir de Bourgogne, la plus aromatique. C'est ce cassis-là qui, versé au fond d'un verre de blanc, donne le kir popularisé par le chanoine Kir, maire de Dijon. Vedrenne tient une boutique à Beaune, rue Carnot, et j'avoue y revenir surtout pour leurs sirops, dont j'ai testé plusieurs parfums sans en regretter un seul. Le cassis, c'est la vigne modeste à côté de la vigne prestigieuse, et c'est peut-être pour cela que je l'aime.



La moutarderie Fallot, la dernière de ce type en France


Reste la troisième tradition bourguignonne, celle qui ne fait pas la une des ventes aux enchères mais qui résiste au temps. La moutarderie Fallot, fondée en 1840, est l'une des dernières maisons indépendantes de Bourgogne, et elle broie encore ses graines à la meule de pierre, lentement, pour ne pas chauffer la pâte et en garder le piquant. On peut y suivre une visite qui va du grain au pot, et goûter, au bar à moutardes, des parfums qui vont du classique de Dijon au pain d'épices ou au cassis. J'ai un faible pour la moutarde aux noix. Et puisque j'aime la moutarde au point d'en faire des réserves, j'ai fait ce jour-là une razzia dans leur boutique, sous les moqueries de mes proches, qui sont venus se servir dans mon stock six mois plus tard, quand la pénurie de moutarde a frappé la France. J'avais eu le nez creux, c'est le cas de le dire.




Jour 2 — La Côte d'Or, la ligne de coteaux qui sépare le rouge du blanc


La deuxième journée quitte la ville pour la vigne, le long d'une boucle d'une soixantaine de kilomètres. Il faut savoir une chose pour comprendre ce que l'on traverse : cette bande de coteaux, large par endroits de quelques centaines de mètres à peine, produit au nord, sur la Côte de Nuits, les rouges les plus convoités du monde, et au sud, sur la Côte de Beaune, certains de ses plus grands blancs, la frontière passant à peu près par Beaune. Le sol, fait de marnes et de calcaire, suffit à faire basculer un cépage dans l'autre. Le plus simple est de remonter d'abord vers le rouge puis de redescendre vers le blanc.


Le château de Savigny-lès-Beaune, une forteresse devenue musée de moteurs


À une poignée de kilomètres au nord-ouest de Beaune, le château de Savigny-lès-Beaune surprend par ce qu'il est devenu. Bâti vers 1340 par Jean de Frolois, maréchal du duché de Bourgogne, pour le duc Eudes IV, c'était une forteresse fermée de pont-levis et de douves, démantelée en 1478 sur ordre de Louis XI parce que son seigneur avait pris le parti de Marie de Bourgogne contre le roi, si bien qu'il n'en reste de cette époque que les corbeaux des mâchicoulis, sur deux tours. Passé à la famille Bouhier au début du XVIIe siècle puis restauré, le château est aujourd'hui un domaine viticole et un endroit franchement déroutant, parce que ses salles et son parc abritent une collection d'avions de chasse, de voitures de course Abarth et de motos anciennes. Voir des avions de combat alignés au pied d'une demeure médiévale, au milieu des vignes, produit un décalage que je n'attendais pas et qui, seul, vaut l'arrêt. Le site ferme certains jours en hiver, vérifie avant de venir.



Nuits-Saint-Georges, le rouge et le cassis


Plus au nord, Nuits-Saint-Georges donne son nom à la Côte de Nuits et ne produit, ou presque, que des rouges, issus du seul pinot noir, sur des sols argilo-calcaires qui leur donnent cette structure capable de tenir des décennies en cave. La vigne y est d'origine romaine, et la ville a fondé au XVe siècle ses propres hospices, sur le modèle de ceux de Beaune, preuve que l'idée d'un vin au service des malades n'était pas propre à Rolin. C'est aussi ici que se visite le Cassissium, le musée du cassis ouvert par Vedrenne, qui prolonge ce que la veille avait ouvert à Beaune autour de la petite baie noire. Si tu voyages avec des enfants, c'est l'étape la plus vivante de la journée.



Pommard puis Meursault, le rouge et le blanc à quelques kilomètres


Le retour vers le sud fait basculer le paysage du rouge au blanc en quelques kilomètres. Pommard tient sa réputation de ses rouges de pinot noir, profonds, à la robe rubis, que l'on dit dotés d'une « force tranquille », et son château du XVIIIe siècle a fait le choix d'une viticulture respectueuse du sol et du vivant. Quelques kilomètres plus loin, Meursault passe au chardonnay et aux blancs, dorés, longs, faits pour les fromages et les poissons autant que pour l'apéritif, et son château du XVIIIe siècle abrite des caves où l'on descend déguster. Tu reconnaîtras peut-être la flèche gothique de l'église et la place de la mairie, car c'est là, je te l'avais annoncé, que la mairie est devenue la Kommandantur de La Grande Vadrouille, ce qui clôt la boucle ouverte la veille devant la fresque de Beaune. Que la même région ait nourri un hôpital pour les pauvres, une comédie devenue culte et quelques-uns des plus grands vins du monde en dit long sur ce qu'elle est.




Ce que Beaune transmet au visiteur


Mon souvenir le plus agréable de Beaune n'est pas une dégustation. C'est une fin de journée, sous le couvre-feu, à marcher dans la vieille ville presque déserte, à lever les yeux sur le toit de l'Hôtel-Dieu pendant que les volets se fermaient un à un, et à sentir que la ville, enfin tranquille, respirait à son rythme.


Beaune n'est pas une vitrine du vin. C'est une ville qui a fait de sa vigne un moyen de soigner ses pauvres, et qui, près de six siècles plus tard, vend encore sa vendange pour cela.


FAQ - Week-end à Beaune et en Côte d'Or


Combien de temps faut-il pour visiter Beaune ? 

Un week-end suffit pour la ville et ses environs : une journée pour le centre historique et ses caves, une seconde pour la boucle des villages viticoles de la Côte d'Or.


Peut-on visiter l'Hôtel-Dieu de Beaune toute l'année ? 

Oui, l'Hôtel-Dieu se visite tous les jours, à ton rythme, avec un parcours dédié. Prévois deux heures pour la salle des pôvres, la pharmacie et le polyptyque de Van der Weyden.


Faut-il réserver pour visiter une cave à Beaune ? 

Oui, je te le conseille, surtout le week-end. Les caves Patriarche, les plus vastes de la ville avec près de cinq kilomètres de galeries, se réservent en ligne et les créneaux partent vite.


Quelle est la différence entre la Côte de Nuits et la Côte de Beaune ? 

La Côte de Nuits, au nord, produit presque uniquement des rouges de pinot noir ; la Côte de Beaune, au sud, donne aussi de grands blancs de chardonnay, comme à Meursault. La frontière passe à peu près par Beaune.


Que faire autour de Beaune en une journée ? 

Une boucle d'une soixantaine de kilomètres relie le château de Savigny-lès-Beaune et ses collections, Nuits-Saint-Georges et son Cassissium, puis Pommard et Meursault pour passer du rouge au blanc.


Beaune se visite-t-elle à pied ? 

Oui, le centre historique tient dans ses anciens remparts et tout s'y fait à pied. Garde la voiture pour la deuxième journée, sur la route des villages viticoles.


[Mise à jour : juin 2026]

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Photo de la voyageuse bruchoise

Qui est la Voyageuse Bruchoise ?

Je m'appelle Priscilia. Je suis née dans la Vallée de la Bruche et la généalogie m'a appris à ne plus regarder les lieux comme de simples décors. J'y cherche ce qu'ils ont traversé, ce qu'ils ont gardé et ce qu'ils révèlent encore de ceux qui y ont vécu.

L'Escale est ma lettre mensuelle, un rendez-vous où je partage avec toi les coulisses de mes découvertes, les lieux qui m'arrêtent en chemin, mes projets en cours et des histoires inédites que tu ne trouveras pas sur le blog.


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