Randonnée au Col de la Chapelotte, sur les traces de la guerre de montagne (Vosges)
- 1 nov. 2024
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Il y a des routes qu'on emprunte pendant des années sans jamais s'y arrêter parce qu'elles ne sont pour nous qu'un passage entre deux vallées et non un lieu en soi. La route qui traverse le Col de la Chapelotte, entre Raon-l'Étape et Celles-sur-Plaine, faisait partie de ces trajets de week-end que mon mari et moi empruntions de temps en temps, sans savoir ce que la forêt gardait de part et d'autre du bitume. C'est en garant la voiture un matin de fin d'hiver, sous une brume qui effaçait presque les cimes, que ce col est devenu autre chose qu'un simple axe de circulation : un lieu où la Première Guerre mondiale a laissé, à quelques mètres du bas-côté, des tranchées, des galeries et un hôpital que l'on ne soupçonne jamais en roulant.
Le Col de la Chapelotte, un verrou stratégique dès 1914
La guerre éclate en août 1914, et les Vosges, avec leurs cols et leurs points de vue naturels sur la vallée de la Plaine, deviennent presque aussitôt un enjeu pour les états-majors français et allemand, qui cherchent chacun à contrôler les hauteurs dominant Raon-l'Étape et Badonviller. Le Col de la Chapelotte, situé entre le Donon et Raon-l'Étape, illustre cette logique dès le 23 août 1914 : ce jour-là, le Zeppelin n°8, parti de Strasbourg, est abattu par l'artillerie française sur la route reliant Celles-sur-Plaine à Badonviller, si bien que cet épisode inaugure une occupation méthodique du site par les deux armées.
Dans les mois qui suivent, les tranchées se creusent à flanc de montagne, parfois à quelques mètres à peine des lignes ennemies, ce qui rend chaque assaut périlleux et transforme cette portion des Vosges en un front de position aussi rude que discret. Le 27 février 1915, en plein hiver, les Allemands lancent une attaque destinée à consolider leurs positions sur la ligne Domèvre – Bréménil – la Chapelotte – Allarmont ; les contre-attaques françaises ne parviennent pas à reprendre le terrain, si bien que le front se fige durablement et que les Allemands entreprennent des travaux de fortification de grande ampleur.
C'est là que commence la guerre des mines, qui dure près de trente mois et qui atteint, sur la cote 542 — désignation militaire du col —, un degré de violence souterraine peu commun : les soldats creusent des galeries jusqu'à 80 mètres de profondeur en direction des lignes adverses, y posent des explosifs puis les font sauter pour créer un effet de surprise. 55 explosions ravagent ainsi la crête, au point que toute végétation y disparaît pendant plusieurs années et que le paysage que tu traverses aujourd'hui reste, par endroits, aussi nu que la guerre l'a laissé.
L'hôpital allemand, ce que la forêt cache encore
Le détail qui a le plus surpris mon regard sur ce col ne se trouve pourtant pas dans les tranchées, mais un peu plus loin, sur le versant nord du Haut de Faîte : un hôpital allemand construit en pleine forêt, avec un fronton classique au-dessus de son entrée et, dans certaines salles, une frise de couleur qui a tenu plus d'un siècle d'humidité. Comment imaginer une bâtisse aussi grande, aussi soignée, dressée à cet endroit précis, loin de toute route carrossable de l'époque ? Cette seule question dit ce que la logistique allemande avait de méthodique sur ce front : là où les positions françaises, comme la grotte des Poilus aménagée sommairement en poste de secours, gardaient un confort minimal, les Allemands bétonnaient, aménageaient et organisaient jusqu'aux soins des blessés, avec un souci de durée qui tranche avec l'urgence du côté français.
Je te conseille de contacter l'association Guerre en Vosges avant ta venue car ce sont ses guides qui racontent, sur place, ce que les pierres ne disent pas seules.
📍 Association Guerre en Vosges — visites guidées de l'hôpital allemand et du secteur
Marcher dans les tranchées, un ressenti qui ne trompe pas
Le sentier commence à gauche de la chapelle du col, et dès les premiers mètres, tu entres dans une zone de tranchées qui n'ont rien de reconstitué. Je m'y suis avancée avec l'impression précise de marcher sur quelque chose de réel, non pas une mise en scène pour randonneurs mais le tracé exact laissé par des hommes qui ont vécu là pendant des mois entiers. Le froid de la fin de l'hiver, qui mordait encore sous la brume ce matin-là, aide à comprendre une partie des conditions de vie sur ce front, sans jamais permettre de les saisir totalement parce qu'aucune marche de quelques heures ne peut restituer ce que représentent des semaines passées dans ces galeries, sous la neige, à quelques mètres de l'ennemi.
L'itinéraire, entre chapelle, Haut des Planches et Roches Ganaux
À 200 mètres du départ, un embranchement balisé d'un anneau jaune t'invite à suivre le chemin de gauche, qui traverse une partie de l'ancien champ de bataille. Au carrefour suivant, le balisage change pour un rectangle vert et te conduit vers une crête qui surplombe la vallée, avec une vue dégagée qui, ce jour-là, se perdait encore un peu dans la brume. Plus loin, au niveau d'une ligne à haute tension, tu aperçois les rochers du Haut des Planches, ancien observatoire allemand d'où les sentinelles surveillaient les mouvements ennemis dans la vallée en contrebas. Le sentier se poursuit ensuite, balisé d'une croix bleue, jusqu'aux Roches Ganaux, terminus du circuit, où deux rochers jumeaux dominent encore le dernier tronçon.
Le retour s'effectue par le même balisage, croix bleue puis rectangle vert, jusqu'au parking du col. Je te conseille de télécharger la carte GPX avant de partir car le dédale de tranchées peut facilement désorienter et de prévoir des chaussures adaptées, le sol restant détrempé en cette saison. Les visites guidées de l'association Guerre en Vosges se concentrent surtout sur le printemps et l'automne mais le sentier balisé, lui, reste praticable toute l'année pour qui souhaite simplement longer les tranchées visibles depuis le chemin. Le circuit, d'une difficulté moyenne, s'étend sur dix kilomètres pour un dénivelé de 310 mètres et se parcourt en environ quatre heures — largement de quoi remplir une matinée de week-end, comme celles que nous improvisons souvent, mon mari et moi, entre deux vallées vosgiennes.
📍 Centre d'Interprétation et de Documentation 1914-1918 (CID), La Menelle, Pierre-Percée
Je te recommande d'ailleurs de prolonger la sortie par ce centre, installé à quelques kilomètres du col : il rassemble objets et archives sur ce front souvent oublié et permet de replacer ce que tu viens de marcher dans une histoire plus large que celle d'un seul sentier.
Ce que le Col de la Chapelotte laisse derrière soi
Je suis repartie du Col de la Chapelotte avec une image simple : cette route que nous longions depuis des années portait, à quelques mètres du bitume, tout le poids d'une guerre de position qui a duré ici près de trente mois sans que le front ne bouge vraiment. Sous la brume de fin d'hiver, les tranchées et l'hôpital allemand n'ont plus rien d'un décor ; ils sont l'empreinte exacte de ce que des hommes ont construit et enduré pour tenir une crête.
Le Col de la Chapelotte n'est pas un site de mémoire parmi d'autres : c'est une forêt qui a refermé lentement ses galeries sur une guerre entière, et qui continue, à chaque pas sur ce sentier, de rendre cette absence presque palpable.
FAQ — Le Col de la Chapelotte
La randonnée du Col de la Chapelotte est-elle accessible à tous niveaux ?
Oui, avec une réserve. Le circuit fait dix kilomètres pour 310 mètres de dénivelé, sans difficulté technique particulière, mais sa durée de près de quatre heures suppose une bonne habitude de la marche.
Peut-on visiter librement l'hôpital allemand du Col de la Chapelotte ?
Non. Le site est en terrain privé et ne se visite qu'accompagné d'un guide de l'association Guerre en Vosges.
Quelle est la meilleure saison pour randonner au Col de la Chapelotte ?
Le sentier se parcourt toute l'année. Le printemps et l'automne offrent la meilleure lumière pour distinguer le relief des tranchées ; la fin de l'hiver, elle, ajoute au silence du lieu une dimension presque tangible.
Faut-il un guide pour comprendre le site du Col de la Chapelotte ?
Pas pour marcher le sentier balisé, mais oui pour entrer dans les parties les plus riches du site, comme l'hôpital allemand ou les galeries de mines, fermées et dangereuses sans accompagnement.
Où se garer pour démarrer la randonnée du Col de la Chapelotte ?
Un parking se trouve directement au col, à gauche de la chapelle, point de départ du sentier balisé.
Peut-on combiner cette randonnée avec une autre visite dans le secteur ?
Facilement. Le Centre d'Interprétation et de Documentation 1914-1918, à La Menelle sur la commune de Pierre-Percée, complète utilement la visite avec des objets et des archives sur ce front.
[Mise à jour : juillet 2026]

































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