Le Mont Saint Odile avec des enfants
- Lavoyageusebruchoise
- 4 janv.
- 5 min de lecture
L’Alsace est une terre de montagnes habitées par les histoires, et il suffit parfois de prendre un sentier forestier pour en mesurer toute la profondeur. Depuis plusieurs années, je prends le temps d’explorer ces lieux chargés de mémoire, perchés sur les hauteurs vosgiennes, là où la pierre dialogue encore avec la forêt.
Aujourd’hui, je t’emmène au Mont Sainte-Odile, un lieu emblématique, profondément ancré dans l’identité régionale. Ce haut lieu spirituel est dédié à Sainte Odile, patronne de l’Alsace. Depuis plus de treize siècles, pèlerins et randonneurs gravissent la montagne, attirés par son histoire, ses légendes ou sa sérénité particulière qui se dégage de ce promontoire dominant la plaine.
Au fil de cet article, je te propose de redécouvrir ce lieu mythique autrement à hauteur d’enfant, en transformant la visite en une micro-aventure familiale, faite de chemins mystérieux, de récits anciens et de pauses choisies pour s’émerveiller ensemble. Une façon simple d’ancrer les enfants dans l’histoire locale, en leur donnant le goût des lieux qui racontent.
Le Mont Sainte-Odile racontés aux enfants
Avant même de commencer à marcher, il est précieux de s’arrêter un instant pour raconter le lieu. Les enfants ont besoin de savoir où ils sont pour vraiment entrer dans l’aventure. Ici, au Mont Sainte-Odile, tout commence avec l’histoire d’une jeune fille prénommée Odile.
On peut leur expliquer qu’il y a très longtemps, Odile y a vécu. Elle est née aveugle, ce qui a profondément bouleversé son père, le duc d’Alsace. Longtemps rejetée, elle a grandi loin de sa famille, protégée dans un monastère. Puis un jour, lors de son baptême, un miracle se serait produit : Odile aurait retrouvé la vue. Pour un enfant, cette image est aussi symbolique : ouvrir les yeux pour la première fois et découvrir le monde qui l’entoure.
Peu à peu, Odile choisit de consacrer sa vie aux autres. Malgré une histoire familiale difficile, elle pardonne et accueille les plus faibles. Son père, touché par sa bonté, finit par lui offrir son château perché sur la montagne. C’est ici, à Hohenbourg, qu’elle fonde un monastère, à l’endroit même où nous nous trouvons aujourd’hui. Raconter cela aux enfants permet de donner une âme aux bâtiments qu’ils voient : ces murs ne sont pas figés, ils ont été habités.
Le sommet sur lequel nous marchons est un lieu habité depuis plus de treize siècles, un endroit où l’on venait chercher du calme, de la protection et parfois une guérison. En le regardant avec des yeux d’enfant, le monastère devient un lieu où l’on se sent en sécurité.
Autour du sanctuaire, la montagne conserve aussi sa part de mystère. Le mur païen, avec ses blocs de pierre empilés, intrigue toujours. Qui l’a construit ? À quoi servait-il ? Était-ce une protection, une frontière, un lieu sacré ? L’histoire n’apporte pas toujours de réponse claire et c’est justement ce qui plaît aux enfants. Ici, on peut leur dire que tout n’est pas expliqué et que l’imagination a le droit de compléter ce que le passé a laissé en suspens.
Enfin, il suffit de s’approcher du bord du plateau pour comprendre pourquoi ce lieu marque autant les esprits. La vue s’ouvre sur la plaine d’Alsace, immense. Les enfants aiment reconnaître les villages, suivre les routes du regard, chercher leur maison quelque part là-bas. À cet instant, le mont Sainte-Odile n’est plus seulement un site à visiter. Il devient un point haut d’où l’on apprend à regarder le monde autrement, avant de partir explorer les sentiers qui l’entourent.
Le sentier des Merveilles
En début de matinée ou d’après-midi, prends la direction du Sentier des Merveilles. Pour t’orienter facilement, le départ se fait depuis le parking P3 du Mont Sainte-Odile. En bas du parking, sur la gauche, tu trouveras le début de la balade. Commence par longer le mur païen en suivant la croix jaune jusqu’au carrefour du Stollhafen. De là, prends le chevalet bleu pour parcourir le sentier des merveilles. Après la grotte de l’Etichon, remonte en suivant le balisage rouge-blanc-rouge jusqu’au Stollhafen, puis retrouve le parking en longeant à nouveau le mur païen et la croix jaune.
Dès les premiers pas, le chemin serpente tranquillement à proximité du mystérieux mur païen. Très vite, les enfants s’amusent à repérer les sculptures en bois disséminées le long du parcours. Un animal apparaît entre deux troncs, un autre se cache dans une souche. Hiboux, cerfs, renards ou chouettes semblent veiller silencieusement sur les promeneurs. Tous ont été sculptés à la tronçonneuse dans des souches d’arbres par Alfred Baumgart, bûcheron de métier, vice-champion du monde de sculpture à la tronçonneuse en 1993.
Très naturellement, la balade devient un jeu. Qui repérera le prochain animal ? Les enfants ralentissent d’eux-mêmes et apprennent, sans même s’en rendre compte, à observer la forêt. Le sentier se transforme en une véritable petite chasse aux trésors.
Ce qui fait aussi la richesse du sentier des merveilles, c’est ce qu’il laisse deviner. Entre deux sculptures, il y a le bruissement des feuilles et la lumière qui filtre entre les branches. C’est le moment idéal pour rappeler que la forêt est vivante, qu’elle abrite bien plus que ce que l’on voit, et qu’elle mérite d’être respectée. Pour les enfants, ce sentier est souvent l’un des temps forts de la visite. Il invite à inventer des histoires autour des animaux rencontrés et à garder en mémoire cette impression d’avoir exploré un lieu un peu magique, caché au cœur du Mont Sainte-Odile.
Trois lieux à découvrir au Mont St-Odile avec des enfants
Une fois revenus du sentier des merveilles, la magie du Mont Sainte-Odile ne s’arrête pas là. Autour du monastère, plusieurs arrêts sont intéressants pour prolonger l’aventure.
La terrasse panoramique du Mont Sainte-Odile apprend aux enfants à se situer dans un territoire. En prenant de la hauteur, ils comprennent que les paysages sont habités. Reconnaître les villages, suivre les routes, deviner où l’on vit soi-même permet de relier le lieu visité à son quotidien. C’est aussi une première approche de la notion de perspective : on ne voit pas les choses de la même façon selon l’endroit où l’on se place. Cette terrasse invite à observer et à comprendre que le monde est plus vaste que ce que l’on perçoit habituellement.
La source de Sainte Odile transmet une autre forme d’apprentissage, plus symbolique. Elle permet d’aborder l’importance de l’eau, autrefois comme aujourd’hui et de comprendre pourquoi certains lieux étaient considérés comme précieux. Pour un enfant, toucher l’eau, entendre son écoulement, c’est entrer dans une relation sensible avec le lieu. On peut aussi expliquer que les hommes ont longtemps associé l’eau à la guérison et à la vie. Cette halte apprend à respecter ce qui est fragile.
Le tombeau de Sainte Odile est souvent le lieu le plus marquant. Il permet d’aborder avec les enfants la notion de mémoire et de transmission. Ici repose une figure qui a marqué l’histoire de la région, non pas par la force, mais par son engagement envers les autres. Sans entrer dans des explications complexes, ce lieu peut apprendre à un enfant que certaines personnes laissent une trace durable, que l’histoire est faite de vies réelles et que se recueillir, même quelques instants, est une manière de reconnaître ce qui nous a été transmis.
Avant de quitter ce joli lieu, rends-toi à la salle des pèlerins du Mont Sainte-Odile. C’est un endroit parfait pour déjeuner ou goûter en famille. Installés autour d’une table, vous pouvez échanger sur ce qui a été vu, sur ce qui a plu ou sur ce qui a intrigué. Du traditionnel repas alsacien à une simple part de gâteau accompagné d’un chocolat chaud, cette halte nourrit à la fois le ventre et les souvenirs.
Découvrir le Mont Sainte-Odile avec des enfants, c’est transformer une simple balade en un moment de transmission et de partage. À travers la légende de Sainte Odile, les sentiers ludiques et les lieux emblématiques du monastère, les enfants apprennent à regarder autrement leur territoire et à comprendre que les lieux ont une histoire. Et surtout, elle crée des souvenirs partagés, ceux dont on reparle plus tard, longtemps après être redescendus de la montagne.
[Mise à jour : 04.01.2026]




























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