Le sentier des Merveilles au Mont Sainte-Odile, une randonnée pour les enfants (Alsace)
- 4 janv.
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Le Mont Sainte-Odile n'est pas, pour moi, un promontoire à cocher sur la liste des points de vue alsaciens. C'est le lieu où j'ai choisi d'emmener mes enfants pour leur transmettre quelque chose d'antérieur à la balade elle-même : l'histoire d'une jeune femme rejetée par son père, devenue malgré cela la patronne spirituelle de toute une région, et qui ouvre, par elle-même, une première porte vers le monde chrétien. Je ne cherchais pas un décor. Je cherchais un récit assez dense pour tenir l'attention d'un enfant sur un sentier et assez vrai pour rester une fois la descente terminée. C'est ce que le Mont Sainte-Odile donne, à condition de le raconter aux plus petits avant de le traverser.
Sainte Odile racontée aux enfants, avant de prendre le sentier
Avant de marcher, je m'arrête toujours pour raconter le lieu. Un enfant a besoin de savoir où il pose les pieds pour vraiment y entrer.
Odile naît aveugle, vers 662, dans la famille du duc d'Alsace Etichon-Adalric. Pour son père, cette infirmité est une faute : il refuse l'enfant et ordonne sa mise à l'écart. Sa mère la confie en secret à une nourrice, puis à un monastère éloigné, où elle grandit sans baptême. C'est lors de ce baptême, retardé et presque manqué, qu'un miracle se produit : Odile retrouve la vue au moment où l'huile sainte touche ses yeux. Pour un enfant, l'image se comprend sans effort : ouvrir les yeux et découvrir, pour la première fois, le monde qui l'entoure.
Odile ne cherche pas à se venger d'un père qui l'a rejetée. Elle revient vers lui, se consacre aux pauvres et aux malades et finit par obtenir de lui le don du château de Hohenbourg, sur cette même montagne. Elle y fonde un monastère de femmes — l'existence de ce monastère est attestée par une charte dès 738, dix-huit ans après sa mort, survenue selon la tradition le 13 décembre 720. Raconter cela aux enfants, c'est donner une histoire aux murs qu'ils vont traverser : ces pierres ne sont pas décoratives, elles ont été habitées puis transmises.
Autour du plateau du monastère, un autre fait retient l'attention : le mur païen, une enceinte de pierres sèches longue d'environ onze kilomètres, formée de près de 300 000 blocs empilés sans mortier, épaisse d'1,60 à 1,80 mètre et haute par endroits de 3 mètres. Sa date de construction et sa fonction exacte restent incertaines, malgré des fouilles archéologiques récentes. Je trouve que c'est précisément ce que les enfants retiennent le mieux : que tout n'ait pas d'explication et que l'imagination ait le droit de compléter ce que l'histoire n'a pas tranché.
Le sentier des Merveilles, une chasse aux trésors sculptée à la tronçonneuse
Le sentier des Merveilles part du parking P3 du Mont Sainte-Odile, quelques centaines de mètres en contrebas du monastère. Je pars sur la croix jaune, en longeant le mur païen, jusqu'au carrefour du Stollhafen ; de là, le chevalet bleu conduit sur les quelque 400 mètres du sentier proprement dit, qui longe le Rocher des Géants avant de rejoindre, par le balisage rouge-blanc-rouge, le point de départ.
Dès les premiers mètres, les enfants s'arrêtent devant les sculptures disséminées entre les souches et les rochers : biches, hiboux, ours, renards, sangliers, veillant silencieusement sur les promeneurs. Elles sont l'œuvre d'Alfred Baumgart, bûcheron de métier, qui les réalise à partir de 1975, uniquement à la tronçonneuse, et qui obtient en 1993 le titre de vice-champion du monde de sculpture à la tronçonneuse. Ce n'est pas une anecdote décorative : c'est un artisanat réel, transformé en jeu pour les familles.
Le sentier devient alors une petite chasse aux trésors, sans qu'on ait besoin de le décréter : qui repérera le prochain animal caché dans une souche ou entre deux rochers ? Je te conseille de laisser les enfants ouvrir la marche sur ce tronçon : ils repèrent les sculptures bien avant les adultes et le rythme du sentier s'en trouve naturellement ralenti — c'est aussi l'occasion de rappeler que la forêt vosgienne abrite bien plus que ce que l'on voit et qu'elle mérite d'être traversée avec attention.
Depuis les Rochers des Géants jusqu'au tombeau, une montée en mémoire
Une fois revenus vers le monastère, la marche se poursuit naturellement par la terrasse panoramique, qui domine la plaine d'Alsace. C'est souvent là que les enfants comprennent, pour la première fois, qu'un paysage est habité : ils reconnaissent un village, suivent une route du regard ou cherchent leur propre maison au loin.
En contrebas du couvent, la source de Sainte Odile prolonge le récit d'une autre manière. Selon la légende, Odile aurait fait jaillir cette source d'un rocher, en se rendant à Niedermunster pour désaltérer et guérir un mendiant aveugle croisé sur le chemin. On peut expliquer aux enfants que l'eau a longtemps été associée à la guérison, sans qu'il soit nécessaire d'y croire soi-même pour comprendre pourquoi le lieu a compté.
Dans une chapelle attenante au cloître repose le sarcophage attribué à Odile ; à proximité, celui attribué à son père Etichon, bien qu'il soit probablement plus tardif, du IXe ou XIe siècle. C'est souvent le moment le plus marquant pour un enfant : se recueillir quelques instants devant une vie réelle et comprendre que certaines personnes laissent une trace qui dure bien après elles.
Je te recommande de terminer par la salle des pèlerins, juste avant de reprendre la voiture : c'est une pause simple, utile pour reparler à table de ce qui a intrigué, de la sculpture préférée ou du détail qui a posé une question sans réponse claire.
Ce que le Mont Sainte-Odile transmet aux plus jeunes
Le Mont Sainte-Odile n'a pas besoin d'un jugement sur sa beauté pour justifier qu'on y monte avec des enfants. Il porte, depuis le VIIIe siècle, le récit d'une fille rejetée devenue référence spirituelle d'une région entière et ce récit se raconte encore, aujourd'hui, à hauteur d'enfant, entre un mur dont personne ne connaît vraiment l'origine et des animaux de bois qui montent la garde.
Ce que j'ai voulu donner à mes enfants ici n'est pas un paysage. C'est une histoire qui commence avant eux et qui continue après.
FAQ — Le sentier des Merveilles au Mont Sainte-Odile
Le sentier des Merveilles est-il accessible à de jeunes enfants ?
Oui. Le sentier proprement dit fait environ 400 mètres, sans difficulté technique majeure, même s'il comporte quelques marches et légers dénivelés. Il est praticable dès que l'enfant marche seul de façon assurée.
Combien de temps prévoir pour la boucle mur païen + sentier des Merveilles ?
Compte une heure à une heure trente en famille, en incluant les arrêts devant chaque sculpture et le passage par le carrefour du Stollhafen.
Qui a sculpté les animaux du sentier des Merveilles ?
Alfred Baumgart, bûcheron de métier, à partir de 1975. Il obtient en 1993 le titre de vice-champion du monde de sculpture à la tronçonneuse.
Peut-on visiter le monastère du Mont Sainte-Odile avec des enfants ?
Oui, l'accès aux extérieurs, à la terrasse panoramique et à la chapelle du tombeau est libre. 📍 Consulte les horaires d'ouverture sur le site officiel du Mont Sainte-Odile avant de partir.
D'où vient le mur païen qui entoure le plateau ?
Son origine reste incertaine. Il s'étend sur environ onze kilomètres et compte près de 300 000 blocs de pierre empilés sans mortier ; les hypothèses sur sa datation et sa fonction restent débattues, y compris dans les études archéologiques récentes.
Où se garer pour faire le sentier des Merveilles ?
Au parking P3 du Mont Sainte-Odile. Le départ du sentier se trouve en bas du parking, sur la gauche, en suivant le balisage croix jaune.
[Mise à jour : juillet 2026]



























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