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Randonnée au Château de Landsberg

  • 9 mai 2025
  • 7 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 5 heures

Le Landsberg n'est pas un château que l'on voit depuis la route. Il faut le mériter. Perché à 580 mètres d'altitude, à flanc de montagne entre Barr et le mont Sainte-Odile, il ne se livre qu'à ceux qui prennent le sentier depuis l'auberge du Moenkalb et acceptent de monter en forêt pendant une vingtaine de minutes. Ce n'est pas une difficulté. C'est une logique : ce site a été construit pour surveiller, pas pour être vu.


Je suis venue ici comme on revient à rebours. Mes recherches généalogiques m'ont conduites à une femme dont je ne sais presque rien : Anne von Landsberg, décédée vers 1360, dont je suis la descendante à la vingt-et-unième génération. Vingt-et-une générations, c'est un abîme. Je ne me raconte pas d'histoires : au château, rien ne m'attend et rien ne me reconnaît. Mais il y a quelque chose dans le fait de poser les pieds sur un sol que quelqu'un de ta lignée a peut-être foulé — même si entre elle et toi le temps a tout rendu méconnaissable. Ce lieu porte un nom qui est aussi le sien. C'est suffisant pour s'y rendre avec attention.


C'est aussi ces recherches généalogiques qui m'ont rapprochées de l'histoire de la région et des familles qui l'ont marquée. Le Landsberg n'est pas qu'une ruine. C'est une lignée, une architecture défensive savamment pensée et depuis quelques années, un chantier tenu par des bénévoles passionnés. Autant de raisons de ne pas juste passer !



Le Landsberg, une forteresse au service des abbayes


Ce qu'on comprend en arrivant au Landsberg, c'est que la ruine ne dit pas immédiatement son rôle. Il faut savoir pourquoi elle est là pour commencer à la lire.


Vers 1197, Conrad de Viennehege obtient de l'abbesse de Niedermunster un terrain stratégique en lisière de forêt. Il y fait construire une première forteresse — appelée depuis « château vieux » — organisée autour d'un donjon quadrangulaire, d'un logis et d'une chapelle castrale. Le chœur de cette chapelle est orné d'un oriel encore visible et une peinture murale représentant un Christ bénissant entouré d'anges devait en garder symboliquement l'entrée. En prenant le nom du lieu, Conrad inscrit sa famille dans une logique féodale précise : protéger pour régner, construire pour durer.


Le site ne fonctionne pas seul. Il s'inscrit dans une ceinture défensive destinée à protéger quatre abbayes majeures : Hohenbourg sur le mont Sainte-Odile, Niedermunster, Truttenhausen et Andlau. Ces fondations spirituellement et foncièrement puissantes s'appuient sur la noblesse locale pour assurer leur sécurité. Le Landsberg est une réponse matérielle à cette alliance.


Vers 1235, le château est étendu vers l'ouest. On parle désormais de « château neuf » : une vaste basse-cour, trois courtines épaisses, deux tours circulaires et deux logis supplémentaires. Cette double structure — château vieux et château neuf, séparés par un fossé, unifiés au XVe siècle quand les armes à feu imposent de repenser la défense — est un cas rare dans l'architecture castrale alsacienne.


Une chronique du XVIIe siècle, sans source claire mais révélatrice, cite le Landsberg parmi les lieux de sabbat évoqués lors de procès de sorcellerie à Meistratzheim. Ce genre de détail dit quelque chose d'essentiel : même à l'abandon, une ruine génère des récits. Elle devient un théâtre pour les peurs et les projections d'une époque.


En 1808, la famille de Turckheim acquiert le site. Dès la seconde moitié du XIXe siècle, les premières campagnes de consolidation débutent, portées par la Société pour la Conservation des Monuments Historiques. Durant la Seconde Guerre mondiale, le donjon est réutilisé comme poste d'observation, avant que son accès ne s'effondre dans les années 1960.


Depuis 2020, l'association Les Amis du Landsberg mène des travaux de sauvegarde en lien avec la Collectivité européenne d'Alsace. En 2022, ils restaurent une cheminée du XIIIe siècle, témoin de la vie ordinaire dans le château neuf. Ce n'est pas un chantier spectaculaire. C'est un engagement patient, exactement à la mesure de ce que le lieu demande.


Vue aérienne du Château du Landsberg | 2025

Une boucle courte autour du château du Landsberg


La randonnée débute au parking de l'auberge du Moenkalb, accessible depuis Barr par une route étroite mais carrossable. Le circuit totalise 4,2 kilomètres pour environ 1h30 de marche et 220 mètres de dénivelé cumulé. Il est sans difficulté technique, bien balisé dans les deux sens.


À l'aller, tu suis la Via Mala, marquée d'un losange rouge. Le sentier monte en lacets à travers une hêtraie ombragée. Après une vingtaine de minutes, le château apparaît entre les arbres. La structure principale est bien dégagée : tu distingues nettement le vieux donjon quadrangulaire tourné vers la plaine et les restes du château neuf à l'ouest — deux tours rondes d'angle, des logis en ruine et une cour intérieure que l'on peut traverser.


L'accès est libre et non clôturé. Je te conseille d'y aller avec attention si tu es accompagné d'enfants car les sols sont irréguliers et certaines maçonneries fragiles. La circulation entre les différentes parties du site est facile et l'on peut s'attarder longtemps à deviner l'ancienne cheminée restaurée, observer les archères ou mesurer l'épaisseur des murs.


La descente s'effectue par un large chemin forestier balisé en rectangle rouge-blanc-rouge (GR5). Ce retour est moins raide. Il traverse des clairières, longe des rochers sculptés par l'érosion et croise quelques arbres au port tortueux.


La Schlosselblum, une fleur à observer avec soin


Si tu effectues la balade entre mi-janvier et mars, tu découvriras quelque chose d'inattendu. Les abords du sentier sont alors couverts d'une nappe jaune dense : l'éranthe d'hiver, Eranthis hyemalis, appelée en alsacien Schlosselblum — la fleur du château.


Cette plante pousse à l'état naturel ici, au pied du Landsberg. Elle est originaire du nord de l'Italie et aurait été introduite sur ce site pour ses usages médicinaux. Une légende locale veut qu'un chevalier croisé l'ait rapportée de ses campagnes pour l'offrir à la femme qu'il aimait — bien que la plante ne pousse pas au Proche-Orient. Ce type d'anachronisme affectif dit quelque chose sur les lieux : ils continuent de produire des récits longtemps après que les faits les ont quittés.


La Schlosselblum est classée comme toxique. Elle affecte le système cardiaque et digestif. Elle est aussi, en janvier, la seule fleur en forêt. Ce contraste précis — la fragilité du jaune contre le hêtre gris, la toxicité derrière la beauté — rend sa présence ici presque logique.


Elle est surtout fragile. Sa présence ici est le résultat d'un équilibre précis entre un sol, une altitude, et des siècles de tranquillité relative. Une cueillette, même partielle, fragilise les colonies. Piétiner les touffes hors sentier suffit à réduire une floraison qui a mis des années à s'installer. Aussi, reste sur le chemin balisé et de contente-toi de les regarder pour les présenter.


Peu avant la fin du circuit, tu passes devant la maison forestière du Landsberg et un kiosque qui offre une pause bienvenue. La boucle se referme en douceur.



Les Amis du Landsberg, une association engagée


Marcher ici, c'est aussi découvrir le travail de ceux qui ont décidé que ces pierres valaient la peine qu'on s'en occupe.


Depuis 2020, Les Amis du Landsberg stabilisent les maçonneries, nettoient les abords, documentent le site et accueillent les visiteurs. En 2022, ils ont restauré une cheminée du XIIIe siècle. Leur travail est indispensable.


Ce qui me touche dans ce type d'engagement, c'est la rigueur bénévole. Au Landsberg, il n’y a pas de subvention miraculeuse ou de médiatisation facile. Sans les Amis du Landsberg qui consolident les murs, ce site serait probablement clôturé pour des raisons de sécurité — progressivement absorbé par la forêt et rendu inaccessible. Ce n'est pas une hypothèse abstraite. C'est ce qui arrive à des dizaines de sites alsaciens chaque décennie.


Je t'invite à suivre leur page Facebook et à t'y abonner. Ils y publient l'avancement de leurs chantiers et des photographies de saison. C'est une façon concrète de soutenir leur travail sans se déplacer — même si se déplacer pour un samedi de chantier reste la meilleure option. Aucune compétence particulière n'est requise : du temps et l'envie de participer à quelque chose de durable suffisent. Retrouve-les sur leur page Facebook ou contacte-les à amislandsberg@gmail.com. Les chantiers ouverts ont lieu les 1er et 3e samedis du mois, directement sur le site.


Ce que le Landsberg m’a enseigné


Je suis repartie du Landsberg avec une certitude : Anne von Landsberg ne m'a rien transmis de tangible. Pas de sang identifiable, pas de mémoire directe, pas même un prénom que j'aurais reconnu dans une archive. Vingt-et-une générations, c'est trop pour qu'il reste quoi que ce soit de personnel.


Mais la généalogie ne sert pas à se réapproprier une histoire. Elle sert à comprendre que les lieux ont été habités avant nous — et qu'ils le seront après. Ce château a abrité des chevaliers, des processions religieuses et des soldats de la Seconde Guerre mondiale. Il abrite aujourd'hui une plante jaune qui résiste au gel des promeneurs et, même, des bénévoles armés de truelles. C'est déjà une histoire suffisamment longue pour qu'on la traite avec soin.


Le Landsberg reste patient entre ses murs consolidés et sa forêt. Le reste — la transmission, la mémoire, la continuité — dépend de ce qu'on choisit d'en faire.


Pour prolonger l'expérience, le guide Balades autour des châteaux forts d'Alsace, publié par I.D. l'Édition, propose une soixantaine de circuits similaires incluant le Landsberg, avec cartes et données historiques.


Couverture du livre intitulé "Balades autour des châteaux forts d'Alsace"

FAQ - Le château du Landsberg


Comment accéder au départ de la randonnée du Landsberg ?

Le point de départ se trouve au parking de l'auberge du Moenkalb, accessible depuis Barr par une route étroite mais carrossable. Barr est reliée à Strasbourg en moins de 40 minutes. Le parking est bien signalé et le sentier balisé dès le départ.


Quel est le niveau de difficulté de la randonnée autour du château du Landsberg ?

La boucle totalise 4,2 kilomètres avec 220 mètres de dénivelé cumulé. Il n’y a aucune difficulté technique. Elle convient à des marcheurs réguliers. Avec des enfants, il faut prévoir de l'attention sur le site du château : le sol est irrégulier et certains accès non sécurisés.


Quand voir la floraison de la Schlosselblum au pied du Landsberg ?

La fenêtre idéale se situe entre mi-janvier et début mars selon les années. La floraison dépend de l'enneigement et des températures hivernales — en année douce, elle peut apparaître dès la première quinzaine de janvier. Elle disparaît généralement avant le début du printemps. La plante est protégée par sa rareté. Aussi, reste sur le chemin balisé, ne cueille pas.


Peut-on entrer librement dans le château du Landsberg ?

Oui, l'accès est libre et gratuit. Les Amis du Landsberg organisent des chantiers ouverts les 1er et 3e samedis du mois — c'est le meilleur moment pour rencontrer des passionnés du site et en apprendre davantage sur son histoire.


Est-ce que le château du Landsberg est adapté aux familles avec enfants ?

Oui, à condition de garder les enfants à portée de main sur le site lui-même. Les ruines ne sont pas sécurisées comme un monument classique. La randonnée en elle-même est accessible dès 8-9 ans avec une bonne pratique de la marche.


Peut-on combiner cette randonnée avec d'autres visites dans le secteur ?

Facilement. L'auberge du Moenkalb se trouve à quelques minutes de Barr, ville de la route des vins avec un vrai patrimoine urbain. Le mont Sainte-Odile est à moins de 10 kilomètres — son enceinte cyclopéenne, son abbaye et son panorama font une seconde étape naturelle pour qui dispose d'une journée complète.


[Mise à jour : Avril 2026]

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Photo de la voyageuse bruchoise

Qui est la Voyageuse Bruchoise ?

Je m'appelle Priscilia. Je suis née dans la Vallée de la Bruche et la généalogie m'a appris à ne plus regarder les lieux comme de simples décors. J'y cherche ce qu'ils ont traversé, ce qu'ils ont gardé et ce qu'ils révèlent encore de ceux qui y ont vécu.

Chaque mois, une newsletter. Un lieu. Une mémoire à emporter.

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