Randonnée aux châteaux d'Andlau : Haut-Andlau et Spesbourg en Alsace
- 8 mai 2025
- 7 min de lecture
Dernière mise à jour : 28 mai
Il y a des chemins forestiers qui ne présagent rien d'extraordinaire et c'est précisément ce qui les rend intéressants. Celui-ci part d'un parking discret puis s'enfonce entre les sapins et les hêtres tout en laissant filtrer le soleil du printemps comme n'importe quel sentier vosgien. On pourrait le confondre avec cent autres. Pourtant, au détour d'un virage, surgit une forteresse médiévale — puis une autre, quelques centaines de mètres plus loin — et l'on comprend que l'histoire ne se signale pas toujours. Elle attend, dans les endroits les plus ordinaires, que quelqu'un prenne la peine de s'y arrêter.
Je reviens chaque année à cette boucle, au printemps de préférence, avec mon mari ou en famille. C'est une randonnée que j'aime retrouver parce qu'elle me surprend encore par ce qu'elle recèle au fil des années. Le vert tendre des feuillages qui commence à envelopper la pierre ancienne et la jeunesse du feuillage contre la permanence des murs invite à une sorte de poésie tranquille, quelque chose qui évoque la renaissance à chaque saison, à chaque époque.
Une balade vers les châteaux d’Andlau depuis le Hungerplatz
Le départ se fait au parking de la maison forestière du Hungerplatz, point d'accès bien indiqué sur les cartes du Club Vosgien. La boucle fait 5,05 kilomètres pour 160 mètres de dénivelé cumulé, sans aucune difficulté technique — c'est l'une des randonnées les plus accessibles du secteur, y compris avec de jeunes enfants. Il faut compter entre une heure trente et deux heures selon le temps qu'on prend à s'arrêter, ce qui, sur ce sentier, risque d'être plus long qu'on ne le prévoyait.
On entre d'abord dans une forêt dense, où les hêtres et les épicéas alternent parfois avec des rochers moussus et l'on chemine sans rien voir venir. C'est justement cette absence de préambule qui rend l'arrivée au château du Spesbourg si saisissante : après une vingtaine de minutes de marche, le château surgit sans transition, adossé à une crête secondaire du Rothmannsberg, à 460 mètres d'altitude. Le donjon tient encore, le mur-bouclier est là et les vestiges de courtines dessinent encore la logique d'une architecture pensée pour résister côté nord, là où le site était le plus exposé. L'accès est libre. Je te conseille de faire le tour complet des ruines avant de repartir, parce que les volumes changent selon l'angle et que la lecture du château se construit progressivement, pas d'un seul regard.
En quittant le Spesbourg, le sentier conduit vers le Rocher Sainte-Richarde, promontoire naturel qui ouvre soudainement sur un panorama large : il offre une vue sur la vallée d'Andlau en contrebas, la plaine d'Alsace au loin, et par temps clair, le profil de la Forêt-Noire en arrière-plan. C'est l'endroit idéal pour une pause — pas nécessairement pour photographier, mais pour comprendre ce que les seigneurs de ces hauteurs voyaient depuis leurs fenêtres et pourquoi ils avaient choisi, précisément, ce versant-là.
La boucle continue ensuite vers le château du Haut-Andlau, dont les deux tours rondes se repèrent de loin et dont la silhouette est l'une des plus reconnaissables d'Alsace. Un chemin en pente douce y mène. L'intérieur conserve des baies en ogive, des linteaux sculptés et des cheminées médiévales encore en place — autant de détails qui rappellent que ce château n'a pas seulement été une forteresse, mais aussi une résidence. Un dernier tronçon balisé redescend ensuite en douceur vers le Hungerplatz. Une bonne paire de chaussures de marche et de l'eau suffisent pour l'ensemble du circuit.

Pourquoi les châteaux d’Andlau sont si proches ?
Ce qui m'a frappée dès la première fois, c'est la proximité des deux sites. Je m'attendais à ce que chaque château garde autour de lui un périmètre d'autorité bien plus vaste, une distance qui matérialise la domination du seigneur sur son territoire. Or, quelques centaines de mètres seulement les séparent et cette configuration n'a rien d'exceptionnel en Alsace.
Les châteaux forts alsaciens se développent à la faveur de l'affaiblissement du Saint-Empire Romain Germanique : ils matérialisent la protection d'un territoire, concrétisent l'autorité du seigneur et surveillent les vallées, les voies de communication ou parfois les abbayes. Dans ce contexte de fragmentation du pouvoir, chaque lignage, chaque prélat influent avait vocation à fortifier son propre périmètre — souvent face à un voisin direct, ces châteaux voisins n'appartenant pas à une même famille et générant ainsi des conflits.
L'Alsace est l'une des régions d'Europe qui compte le plus de châteaux forts médiévaux et il n'est pas rare que deux ou trois d'entre eux se situent à quelques minutes à pied l'un de l'autre. Le Haut-Andlau et le Spesbourg en sont un exemple parmi beaucoup d'autres — deux forteresses construites au même siècle, sur la même crête, pour des raisons différentes.
Deux châteaux, deux destins
Le château du Haut-Andlau est construit entre 1246 et 1264 par Eberhard d'Andlau, sur une crête étroite à 451 mètres d'altitude. Son plan est à la fois simple et efficace : un logis de trois niveaux flanqué de deux tours circulaires, protégé par un fossé taillé dans le granit extrait sur place. Château résidentiel autant que défensif, il a la particularité remarquable d'avoir été habité jusqu'à la Révolution française puis de servir de résidence forestière avant qu'un comte d'Andlau, Antoine-Henri, le rachète en 1818 et mette fin à son démantèlement. En 2000, Guillaume d'Andlau fonde l'association qui assure depuis la restauration du site et y développe des actions culturelles et pédagogiques. Il appartient encore à la même famille.
Le château du Spesbourg, édifié vers 1250 par Alexander de Dicke — frère de l'évêque de Strasbourg et protecteur laïc de l'abbaye d'Andlau —, partage avec son voisin le siècle et l'altitude, mais pas le même destin. Lieu de tensions entre plusieurs lignages, il est pris d'assaut par Étienne de Bavière en 1432, il demeure habité jusqu'à la seconde moitié du XVIe siècle puis il est incendié par les bourgeois de Barr à la suite d'un viol commis par un résident. Utilisé ensuite comme carrière de pierres au XIXe siècle, il est classé monument historique en 1967 et restauré depuis les années 1980 par une association de bénévoles qui continue d'y travailler.
Ce qui me retient devant ces deux ruines, c'est ce que leurs murs encore debout continuent de raconter leur histoire alors que tout ce qu'ils abritaient a disparu — les planchers, les toitures, les vies. L'enveloppe de pierre, elle, tient. Et cette enveloppe est un message : Construire pour durer; durer pour transmettre et transmettre pour laisser quelque chose aux générations qui viendraient. C'est une leçon que la pierre enseigne mieux que n'importe quel manuel, à condition de ne pas traverser ces lieux trop vite.
S'imprégner des lieux plutôt que visiter les châteaux rapidement
C'est ma façon de faire, sur ce sentier comme dans beaucoup d'autres lieux patrimoniaux : je ne visite pas les lieux rapidement. Le Spesbourg — qui reste l'un de mes châteaux préférés en Alsace — mérite qu'on lui consacre du temps. Quand il y a peu de monde, je m'y arrête longuement. Je ferme les yeux quelques instants et je laisse le silence du lieu exister, sans chercher à le remplir. Ce n'est pas de la méthode; c'est simplement ce que j'ai envie de faire ici, plonger dans un lieu comme on plonge en soi et laisser les questions venir : quelles mains ont posé ces pierres, quels regards se sont posés sur ce même panorama ou que reste-t-il d'une présence humaine quand les murs deviennent des ruines ?
Certains y écrivent, d'autres y dessinent ou s'assoient simplement face aux ruines pour les regarder. Le lieu le permet, parce qu'il n'est pas mis en scène. Il y a la forêt, la pierre et le silence et chacun peut y apporter ce qu'il souhaite y déposer.
Pour prolonger la découverte des châteaux d’Andlau
Ce circuit peut s'intégrer sans effort à une journée sur la Route des Vins ou à un week-end dans le secteur du Hohwald. D'autres sentiers balisés permettent de prolonger la découverte vers Mittelbergheim pour qui souhaite rester dans ce piémont vosgien que j'aime retrouver particulièrement au printemps.
Ce parcours doit beaucoup au Club Vosgien et aux associations engagées sur les deux sites — les Amis du château d'Andlau et le collectif qui œuvre autour du Spesbourg. Ce n'est pas une formule de politesse : sans leur travail patient, certains des murs encore debout ne le seraient plus.
Je te recommande également le guide Balades autour des châteaux forts d'Alsace, édité conjointement par l'association Châteaux Forts d'Alsace et le Club Vosgien, qui recense plus de soixante circuits similaires dans le massif vosgien et qui se commande directement auprès de l'association, une manière concrète de soutenir le travail qu'ils accomplissent.
Il y a des sentiers qui ne promettent rien, et c'est ce que j'aime dans celui-ci : il tient toutes ses promesses sans en avoir annoncé aucune.

FAQ - Les châteaux d’Andlau
La randonnée des châteaux d'Andlau est-elle accessible aux débutants ?
Oui. La boucle fait 4,7 km pour 160 mètres de dénivelé cumulé. Le balisage est régulier et le terrain sans difficulté technique. Elle convient aux enfants et aux marcheurs peu entraînés.
Les châteaux d'Andlau sont-ils accessibles librement ?
Oui. L'accès aux deux sites est libre et gratuit, sans grille ni horaire d'ouverture.
Où se garer pour commencer la randonnée ?
Au parking de la maison forestière du Hungerplatz, point de départ officiel de la boucle, indiqué sur les cartes du Club Vosgien.
Pourquoi deux châteaux aussi proches l'un de l'autre ?
La densité castrale est une caractéristique de l'Alsace médiévale. Avec près de 500 châteaux recensés au Moyen Âge, la région est l'une des plus fortifiées d'Europe — chaque seigneur, chaque prélat influent fortifiait son propre périmètre d'autorité, souvent face à un voisin direct. La proximité générait autant d'alliances que de conflits.
Quelle est la différence entre le Haut-Andlau et le Spesbourg ?
Le Haut-Andlau, construit entre 1246 et 1264, appartient toujours à la même famille et a fait l'objet d'une restauration continue. Le Spesbourg, édifié vers 1250, a connu tensions, assaut, incendie et abandon progressif — il est aujourd'hui préservé par une association de bénévoles.
À quelle saison faire cette randonnée ?
Le printemps est particulièrement beau — le vert tendre des feuillages contraste avec la pierre ancienne et la forêt est encore dégagée avant la pleine saison estivale. L'été reste agréable grâce à la couverture forestière. L'automne offre ses propres couleurs.
[Mise à jour : Mai 2026]





















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