Road-trip en Italie du Nord : 11 jours du lac de Côme à Vérone, en famille
- 5 août 2024
- 14 min de lecture
J’ai attendu que mes enfants soient assez grands pour retenir quelque chose avant de les emmener en Italie du Nord. Florence, Venise, Sienne ne sont pas des noms que l’on découvre à l’adolescence sans les avoir d’abord croisés dans un manuel et c’est précisément pour cela que je voulais qu’ils les voient à un âge où l’on commence à relier ce qu’on apprend à ce qu’on traverse. Ce premier road-trip à l’étranger, je l’ai donc abordé avec Gilles et les enfants comme un seuil autant que comme un voyage, avec l’appréhension qui accompagne une route qu’on n’a jamais faite et l’impatience de la faire quand même.
Reste que l’Italie du Nord est la région plus montrée, celle dont les cartes postales ont fini par recouvrir les lieux eux-mêmes et nous y sommes allés en plein été, c’est-à-dire au moment où la chaleur et la foule rendent ces villes presque illisibles entre dix heures et le soir. Alors nous avons appris, dès le lac de Côme, à nous lever avant tout le monde parce que c’est la seule façon que je connaisse de rendre à un lieu très visité un peu de ce qu’il était avant de devenir une image.
Jour 1 — Le lac de Côme, entrer en Italie par le Saint-Gothard
On n’arrive pas vraiment au lac de Côme : on y débouche. Le Saint-Gothard est une institution en soi, l’un de ces passages que les marchands, les pèlerins et les armées ont empruntés bien avant nous, et quand on ressort de ses kilomètres d’ombre du côté lombard, la lumière et la chaleur tombent d’un coup sur le pare-brise comme si l’on avait changé de pays sans transition. Nous avons rejoint Lecco, à l’autre extrémité du lac, en fin de journée, et c’est là, plus qu’à Côme, que le voyage a basculé : le dîner est venu tard, l’eau s’est tenue immobile sous les montagnes et le rythme s’est desserré sans qu’on ait rien décidé.
Côme, que les Romains appelaient Comum, n’a pas attendu les villas de stars pour exister. La ville a donné à Rome deux de ses esprits les plus curieux, Pline l’Ancien et Pline le Jeune, l’oncle et le neveu, attachés l’un et l’autre à Côme au Ier siècle, et c’est un détail qui change la façon de regarder la cathédrale : sur la façade de la Santa Maria Assunta, deux statues d’hommes en habit d’érudit encadrent le portail, et ce sont eux — Pline l’Ancien, mort en 79 pour s’être approché trop près du Vésuve afin de l’observer et Pline le Jeune, qui en laissa le premier récit.
Si tu visites la cathédrale, couvre tes épaules car en Italie l’entrée des églises se mérite par la tenue plus que par le billet et une bonne partie des visiteurs se font refouler à la porte faute d’y avoir pensé.
Pour la nuit, je te conseille Lecco ou sa voisine Malgrate plutôt que Côme même : tu y trouveras le lac sans la densité et de quoi dîner au bord de l’eau sans réserver trois jours à l’avance.
Le lendemain matin, Milan était à une heure de route, et c’est en quittant le calme de Lecco pour la première grande ville du voyage que la vraie nature du séjour s’est révélée : passer sans cesse du silence à la foule et apprendre à doser les deux.
Jours 2 et 3 — Milan, la ville qui a fait venir sa cathédrale par l’eau
Milan ne se livre pas par son centre, qui ressemble d’abord à n’importe quelle métropole pressée, mais par une question simple : d’où vient le marbre. Le Duomo, commencé en 1386 et déclaré achevé seulement en 1965, est bâti dans le marbre rose de Candoglia, extrait près du lac Majeur, et pour l’acheminer jusqu’au chantier, Milan a creusé et relié tout un réseau de canaux, les Navigli, le long desquels on se promène aujourd’hui sans toujours savoir qu’ils existent en partie à cause de la cathédrale. Une ville qui creuse des canaux pour faire flotter les pierres de son église dit quelque chose de son rapport au temps long.
J’avais réservé la montée sur les terrasses du Duomo pour midi, le jour où tombaient les résultats du brevet. Ma fille les a découverts là-haut, entre les flèches de marbre et je n’ai pas eu besoin de chercher un beau souvenir de Milan : il était posé, daté, au-dessus de la ville.
Le reste de Milan s’organise sans peine sur deux jours autour de ce point haut. La Scala, fondée en 1778, ne laisse rien deviner depuis sa façade sobre de ce qui s’y est joué depuis ; la Galleria Vittorio Emanuele II, où l’on continue de faire tourner son talon sur la mosaïque du taureau pour la chance, geste collectif qui a fini par y creuser un trou ; le Castello Sforzesco, forteresse des Sforza devenue musée, qui conserve la dernière Pietà laissée inachevée par Michel-Ange. Pour la Cène de Léonard, dans le réfectoire de Santa Maria delle Grazie, je te conseille de réserver plusieurs semaines à l’avance car l’accès est limité à quelques minutes par petits groupes pour préserver la fresque.
Le soir, descends vers les Navigli quand la lumière baisse ; le matin, fais l’inverse de la foule et présente-toi au Duomo à l’ouverture parce qu’à Milan comme ailleurs en plein été, c’est la première heure qui décide de ce que tu verras. Nous avons passé deux nuits au Hilton Garden Inn. Au troisième matin, nous avons quitté la plaine lombarde pour la côte ligure et le voyage a changé de matière : après la pierre, place au sel.
Jour 4 — Portofino et pourquoi je n’y ai pas déjeuné
Portofino s’appelait Portus Delphini, le port des dauphins, du temps où les Romains comptaient encore les bancs qui entraient dans sa baie et ce nom dit mieux que tout ce qu’il fut avant de devenir le décor que l’on connaît : un abri naturel pour pêcheurs, modeste et protégé. Ce qui change le regard, à Portofino, c’est de mesurer la distance entre ce port de pêcheurs et le symbole d’exclusivité qu’on en a fait, au point que le village se visite aujourd’hui surtout pour le prouver.
Je te le dis sans détour parce que je l’ai vécu : je n’ai pas déjeuné à Portofino. Les prix y sont sans rapport avec ce qu’on mange et les avis sur les tables se contredisent au point d’inviter à la prudence, si bien que j’ai préféré reprendre la route vers Marina di Deiva, un village de bord de mer où une gaufre mangée sur la plage a mieux fait l’affaire qu’un mauvais repas surpayé.
Gare-toi plutôt à Santa Margherita Ligure, sur le parking en hauteur et rejoins Portofino à pied par le sentier du littoral : la marche dure une demi-heure, longe la côte et te donne le village par son meilleur côté, celui qu’on atteint par l’effort. Le matin, monte au phare par le chemin qui part du port ; c’est court et c’est la seule heure où l’on a la pointe pour soi.
De Deiva, notre lieu de villégiature, les Cinque Terre étaient à portée de train et c’est par le train, non par la voiture, qu’il faut les prendre.
Jour 5 — Les Cinque Terre, cinq villages tenus par des murets
On regarde les Cinque Terre comme cinq villages de couleurs accrochés à la falaise et l’on oublie que ce qui les tient, ce sont les murets. Pendant des siècles, les habitants ont découpé la pente en terrasses étroites soutenues par des kilomètres de pierre sèche montée sans mortier, pour y faire pousser la vigne là où la montagne tombe dans la mer, si bien que ce paysage que l’UNESCO protège aujourd’hui n’est pas un décor naturel mais le relief d’un travail. Voir les maisons, c’est facile ; voir les murs qui empêchent la colline de glisser, c’est commencer à comprendre l’endroit.
Contrairement à ce qu’on lit partout, ne te gare pas à La Spezia mais à la gare de Levanto, au nord : il y a moins de monde, et de là, le train régional dessert les cinq villages en quelques minutes chacun. Pars tôt, vraiment tôt, vers huit heures, pour atteindre le premier village avant neuf heures quand il est encore presque vide parce qu’à dix heures la même ruelle devient un couloir.
Chaque village a sa logique. Monterosso al Mare, le plus grand, est le seul à posséder une vraie plage. Vernazza tient autour de son port et de son château Doria, posté là pour guetter les pirates. Manarola s’accroche à sa falaise au-dessus d’une crique, et c’est, de tous, celui où je suis restée le plus longtemps. Riomaggiore dévale vers la mer par sa rue unique. Corniglia, lui, est le seul des cinq à ne pas toucher l’eau, perché à une centaine de mètres au-dessus de la mer, il se gagne par un escalier de 382 marches, la Lardarina, ou par une navette depuis la gare et cette position en retrait, qui le prive de port, lui vaut d’être le plus calme des cinq.
Pour déjeuner, je te conseille de quitter les fronts de mer les plus pris et de t’asseoir un peu en hauteur ; tu mangeras mieux et pour moins cher. Le lendemain, nous avons laissé la mer pour les collines, et l’Italie a encore changé : après le sel, la terre.
Jour 6 — Trois villages toscans, de Volterra à San Gimignano
La Toscane des collines se traverse mieux par petites doses et trois villages suffisent à en saisir la trame, à condition de partir tôt là encore car la chaleur estivale y est franche et l’ombre rare.
Volterra, la cité étrusque au-dessus des collines
Volterra est plus ancienne que tout ce qu’on a vu jusque-là. Cité étrusque avant d’être romaine, elle conserve au Museo Guarnacci, fondé en 1761, l’une des plus anciennes collections étrusques d’Italie, dont une statuette de bronze longue et fine, l’Ombra della Sera, l’ombre du soir, vieille de plus de deux mille ans et d’une modernité qui désarçonne. Tenir devant cette silhouette, c’est mesurer qu’un peuple qu’on réduit souvent à ses tombes savait aussi faire l’épure. Prends le temps d’y déjeuner ; on y mange bien et la ville se vide dès qu’on s’écarte de la rue principale.
Monteriggioni, l’anneau de tours qui surveillait Florence
Monteriggioni n’est pas un village, c’est une frontière qu’on a rendue habitable. Bâti par la République de Sienne entre 1213 et 1219 pour surveiller la route Francigena et tenir Florence à distance, il dresse encore son enceinte de près de 570 mètres ponctuée de quatorze tours carrées, intacte au point qu’on en fait le tour des remparts en pensant à ce que voyaient les guetteurs : non pas un paysage mais une menace possible à l’horizon. C’est un lieu qui n’a jamais cherché à plaire et c’est ce qui le rend juste.
San Gimignano, la ville où l’on bâtissait des tours pour se mesurer
San Gimignano se voit de loin à ses tours et l’on a tort d’y voir une fantaisie. Sur les quelque 72 tours que les familles nobles y auraient dressées au Moyen Âge, quatorze tiennent encore : chacune était une façon de dire sa richesse et son rang, plus haut que le voisin, dans une surenchère de pierre qui a fini par donner à la ville sa silhouette. Classée à l’UNESCO depuis 1990, elle se traverse vit, et c’est en fin de journée quand les cars repartent, qu’elle redevient elle-même.
Nous logions à une heure de là, chez Barbara, dans une maison d’hôtes de campagne et c’est sans doute elle qui m’a le plus donné envie de revenir en Toscane : elle parlait français, recevait ses hôtes avec une attention vraie et rappelait que la Toscane des chambres tenues par leurs habitants vaut souvent mieux que celle des grands sites.
Jour 7 — Florence sous la chaleur, le dôme qui devint un défi technique
Florence m’a appris une chose que les guides taisent : en plein été, c’est une ville sans arbres. Le marbre renvoie la chaleur, les places n’offrent pas d’ombre et l’on passe la journée à chercher un mur frais, si bien que l’heure d’arrivée n’y est pas un conseil mais une condition pour visiter la ville agréablement. Entre par le Duomo dès l’ouverture, avant que la pierre n’ait chauffé et que les files n’aient doublé.
La cathédrale Santa Maria del Fiore a été commencée en 1296 mais sa coupole n’a été élevée qu’à partir de 1420, plus d’un siècle plus tard et cette attente dit l’essentiel : quand on a posé les fondations, personne ne savait construire un dôme de cette taille sans charpente pour le soutenir. On a laissé le sommet ouvert pendant des décennies, comme une question sans réponse, jusqu’à ce que Filippo Brunelleschi propose une double coque qui se porte elle-même, élevée entre 1420 et 1436. Lever les yeux dans ce dôme, c’est regarder une audace qui a précédé sa propre solution.
Le campanile de Giotto, à côté, se monte par ses marches pour la vue sur les toits ; le baptistère, en face, garde les portes de bronze de Ghiberti que l’on a fini par appeler les Portes du Paradis. En fin de journée, traverse le Ponte Vecchio, dernier pont de Florence à porter encore des boutiques : en 1593, Ferdinand Ier de Médicis en chassa les bouchers et les tanneurs, dont les odeurs le gênaient, pour n’y garder que les orfèvres — ils y sont toujours.
Florence est aussi la ville où je me suis dit que je reviendrais autrement, à deux, sans la course des grands groupes ; je le note parce que certains lieux supportent plusieurs lectures, et celui-là en demande au moins une seconde. Sienne était à une heure de route et c’est en quittant la rivale florentine pour sa vieille ennemie que l’histoire a pris tout son sens.
Jour 8 — Sienne et la cathédrale que la peste a empêchée
On ne comprend pas Sienne sans Florence : les deux villes se sont longtemps disputé la Toscane, et à Montaperti, en 1260, Sienne infligea à Florence une défaite restée dans toutes les mémoires locales. C’est cette rivalité qui éclaire ce que Sienne a de plus saisissant et que peu d’articles racontent. En 1339, au sommet de sa puissance, la ville décida de bâtir la plus grande cathédrale de la chrétienté, dont son Duomo déjà existant ne serait plus que le transept ; puis la peste noire de 1348 emporta plus de la moitié des Siennois et le chantier fut abandonné. Il en reste le Facciatone, l’immense façade commencée et jamais close dont on gravit l’escalier pour découvrir la ville par le haut.
Monter là, c’est se tenir dans une ambition que l’épidémie a figée net : Sienne n’a pas été punie de son orgueil, elle a été interrompue et c’est plus troublant. Le reste suit cette mémoire. La Piazza del Campo, en coquille, est divisée en neuf parts pour les Neuf qui gouvernèrent la ville entre 1287 et 1355 ; la Torre del Mangia, élevée entre 1338 et 1348, juste avant la peste, se monte pour la vue, et le Palio y fait courir deux fois l’an les chevaux des contrade. Déjeune sur le pouce d’un panino acheté en chemin ; les tables de la place sont chères pour ce qu’elles offrent et tu marcheras mieux.
De Sienne, la route vers Venise est longue, presque cinq heures et c’est sans doute la plus belle façon d’arriver dans la lagune : après les collines, l’eau partout.
Jours 9 et 10 — Venise, Murano et Burano
Venise était, pour moi, le point d’orgue de tout le voyage, un rêve d’enfant que je différais sans le dire. Je n’ai pas cherché à le formuler en arrivant ; j’ai simplement pris le vaporetto au petit matin, avant les groupes parce que c’est là encore la première heure qui sépare une ville de son image.
Gare-toi à Mestre, sur la terre ferme et rejoins Venise en navette : tu dormiras pour moins cher, tu éviteras la voiture inutile sur les îles et tu garderas Venise pour ce qu’elle est, une ville qu’on traverse à pied et en bateau.
Murano et Burano, le verre tenu secret et la dentelle
Murano n’est pas qu’une île de verriers. En 1291, Venise ordonna le transfert de tous ses fours à Murano, officiellement pour réduire les incendies, en réalité pour enfermer là un savoir qu’elle ne voulait pas laisser fuir : les maîtres verriers y furent à la fois honorés et retenus, interdits de quitter la République sous peine lourde. Regarder un souffleur de verre à Murano, c’est regarder l’héritier d’une corporation longtemps prisonnière de son propre secret. Burano, plus loin, aligne ses maisons de couleurs vives — que les pêcheurs peignaient, dit-on, pour les reconnaître depuis le large — et garde la mémoire de sa dentelle, dont une école rouvrit en 1872 pour sauver un art qui se perdait.
Venise, la basilique et le palais au petit matin
La basilique Saint-Marc se prend à la première heure ou pas du tout. Commencée en 828 pour abriter les reliques de saint Marc rapportées d’Alexandrie, achevée dans sa forme actuelle en 1094, elle mêle le byzantin, le gothique et le roman sous plus de 8 000 mètres carrés de mosaïques d’or. À côté, le Palais des Doges mène, par le Pont des Soupirs construit vers 1600, aux prisons où Casanova fut enfermé et d’où il s’évada. Réserve à l’avance un billet combiné pour la basilique et le palais ; c’est moins l’économie que le temps gagné qui compte, car les files, ici, mangent une matinée entière.
L’après-midi se passe sans programme : la librairie Acqua Alta, où les livres dorment dans une gondole pour échapper aux marées ; le pont du Rialto, bâti en pierre entre 1588 et 1591 après l’effondrement du pont de bois qui le précédait ; et, si tu veux te balader en gondole, prends-la en fin de journée dans les petits canaux plutôt que sur le Grand Canal, là où le silence existe encore. Le dernier matin, nous avons quitté la lagune pour Vérone et le voyage s’est achevé là où il fallait : devant un mythe.
Jour 11 — Vérone, un balcon inventé
Vérone se termine, pour la plupart, sous le balcon de Juliette et c’est précisément là que le voyage m’a offert sa dernière leçon. La maison dite de Juliette appartenait au XIIIe siècle à la famille Dal Cappello, dont le nom proche des Capulet de Shakespeare a suffi à fonder la légende ; la ville l’acheta en 1905 et le fameux balcon ne fut ajouté à la façade que dans les années 1930, assemblé à partir de fragments d’un sarcophage du XIVe siècle, pour donner un décor à une scène que Shakespeare avait imaginée et qu’il n’avait jamais située sur un balcon. Le lieu le plus photographié de Vérone est donc une mise en scène récente posée sur une vraie vieille pierre et je ne le dis pas pour le déprécier, mais parce que c’est, au fond, le résumé de tout le voyage : la différence entre une mémoire fabriquée et une trace réelle se lit partout en Italie du Nord, pour qui veut bien la chercher.
Car la trace réelle, à Vérone, est à deux pas. Les arènes, amphithéâtre romain du Ier siècle et l’un des mieux conservés au monde, accueillent encore chaque été un festival d’opéra : on s’y assoit où s’asseyaient 30 000 Romains et rien n’y a été ajouté pour faire joli. Visite la maison de Juliette tôt, avant la cour bondée, puis donne le reste de ta journée à la Piazza delle Erbe, ancien forum romain, et à la Piazza dei Signori ; c’est là que Vérone respire vraiment. Pour ta dernière nuit, repose-toi à dans la maison hôte Portami in Collina.
L’Italie du Nord se mérite à la première heure
L’Italie du Nord n’est pas une découverte : c’est une reconnaissance. On y arrive en croyant connaître déjà Florence, Venise et le lac de Côme pour les avoir tant vus et l’on comprend sur place que les avoir vus en images ne les avait pas donnés parce que ces lieux trop montrés ont fini par disparaître derrière leur propre célébrité, et qu’il faut un effort — se lever tôt, entrer par les côtés, préférer Levanto à La Spezia, Mestre à Venise, l’aube à midi — pour retrouver dessous le lieu vrai. Ce que ce voyage a appris à mes enfants ne tient pas dans les monuments, mais dans ce geste : un lieu très visité ne se livre qu’à ceux qui acceptent d’y être avant les autres.
Nous reviendrons, c’est certain ; il reste le lac de Garde et une Toscane entière que Barbara nous a rendue désirable. Mais pour un premier road-trip à l’étranger, l’Italie du Nord tient sa promesse, à ceux qui acceptent de la mériter. Elle n’appartient pas à ceux qui la regardent.
FAQ - Road-trip en Italie du Nord
Combien de jours faut-il pour un road-trip en Italie du Nord ?
Onze jours suffisent pour relier le lac de Côme à Vérone sans courir, à condition de limiter chaque ville à l’essentiel et de garder les trajets longs, comme Sienne–Venise, pour le matin. On peut allonger d’une journée à Florence ou ajouter Pise, mais l’itinéraire reste dense.
Quelle est la meilleure période pour visiter l’Italie du Nord ?
Hors de l’été si tu le peux. En juin et juillet, Florence est une ville sans arbres où la chaleur s’accroche au marbre, et Venise comme Milan se vident de leur charme entre dix heures et le soir. Le printemps et le début de l’automne rendent les mêmes lieux respirables.
Faut-il une voiture pour visiter les Cinque Terre ?
Non, et c’est même déconseillé. Gare-toi à la gare de Levanto, au nord, plutôt qu’à La Spezia, et prends le train régional qui dessert les cinq villages en quelques minutes chacun. La voiture ne sert qu’à atteindre Levanto.
Faut-il réserver pour voir la Cène de Léonard de Vinci à Milan ?
Oui, plusieurs semaines à l’avance. L’accès au réfectoire de Santa Maria delle Grazie est limité à quelques minutes par petits groupes pour préserver la fresque, et les créneaux partent vite. La réservation se fait sur le site officiel, jamais auprès d’un revendeur.
Qu’est-ce qu’une ZTL en Italie et pourquoi faut-il s’en méfier ?
Une ZTL, ou Zona a Traffico Limitato, est une zone à circulation restreinte au cœur des villes italiennes. Elle est surveillée par des caméras qui lisent les plaques, et y entrer sans autorisation vaut une amende, souvent reçue des semaines plus tard. Renseigne-toi avant d’approcher un centre-ville et gare-toi en dehors.
Le balcon de Juliette à Vérone est-il authentique ?
Non. La maison est bien médiévale et appartenait à la famille Dal Cappello, mais le balcon a été ajouté dans les années 1930, à partir de fragments d’un sarcophage du XIVe siècle, pour donner un décor à la légende. La scène du balcon est une invention littéraire de Shakespeare.
[Mise à jour : juin 2026]

















































































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