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Week-end à Bruxelles : trois jours entre Manneken-Pis, BD et bataille (Belgique)

21 avr. 2023
10 min de lecture

Dernière mise à jour : 2 juil.

Ma famille paternelle a ses racines à Poperinghe, dans les Flandres belges. Je n'en sais pas grand-chose — mis à part des noms, quelques dates et une branche que je n'ai pas encore eu le temps d’explorer en détail — et c'est en partie pour cette raison que je voulais poser le pied en Belgique. Je suis partie, pour un week-end à Bruxelles, au printemps avec mon mari et mes enfants ayant alors une dizaine d'années — l'âge où la BD a encore une vraie autorité, où l'Atomium ouvre des questions sur le monde d'avant et où le Manneken-Pis déclenche un vrai fou rire au lieu d'un haussement d'épaules.


Nous y étions sans l'avoir prévu pendant la Gay Pride. Les rues du centre étaient animées d'une façon que je n'avais pas anticipée et j'ai eu cette impression que Bruxelles était accueillante ce jour-là non pas à cause de l'événement mais par habitude. C'est une ville qui reste à taille humaine malgré tout ce qu'on lui met sur les épaules — les institutions et le poids d'être à la fois capitale belge et capitale de l'Europe — et c'est peut-être pour cette raison qu'on n'y étouffe pas.


Être sur les terres belges, c'était aussi ça : toucher du doigt une culture familiale que je ne connais pas bien. La Belgique est un pays jeune — l'indépendance date de 1830 — mais qui porte des siècles d'une histoire très compliquée, successivement sous dominations espagnole, autrichienne, française et néerlandaise et cette histoire-là se lit dans la façades de la ville mais aussi dans les musées. Trois jours n'y suffisent pas à tout voir. Ils suffisent à comprendre pourquoi on revient.


Façades au coeur de la ville de Bruxelles
Façades dans la vieille ville de Bruxelles

Jour 1 — Le Manneken-Pis, son vrai visage et quelques vérités bruxelloises


La statue et son habilleur officiel


Le Manneken-Pis mesure 55,5 cm. C'est la première chose que les gens disent en le découvrant, comme si la déception était la réaction attendue. Ce petit garçon en bronze qui urine dans une fontaine est posé au coin d'une rue à quelques pas de la Grand-Place et des visiteurs du monde entier font la queue pour le photographier. Je comprends la perplexité. Ce que je comprends moins, c'est qu'on s'en tienne là.


La statue est apparue probablement au XIVe siècle, mais l'exemplaire aujourd'hui visible dans la rue est une copie : la version originale commandée en 1619 à Jérôme Duquesnoy l'Ancien a subi suffisamment de périphéties pour être désormais protégée au musée de la Ville. En 1747, un groupe de soldats français en garnison à Bruxelles tenta de la dérober — pour apaiser les esprits, Louis XV envoya un habit de gentilhomme à la statue et les soldats français furent dans l'obligation de lui adresser un salut militaire à chaque passage. En 1817, un repris de justice l'emporta. En 1963, ce fut le tour d’étudiants anversois. En 1965, elle fut retrouvée par des plongeurs dans le canal de Charleroi. C'est après cette dernière mésaventure qu'elle fut définitivement mise à l'abri.


Mais c'est au musée de la garde-robe, rue du Chêne, que l'histoire du Manneken-Pis prend une autre dimension. La collection rassemble plus de 1 000 costumes offerts à la statue depuis 1698 — uniformes militaires, habits de gentilhomme, tenues folkloriques ou créations de maisons de couture — et les expose par thèmes, ce qui permet de comprendre la signification de chaque don plutôt que de simplement les dénombrer.


Le jour de notre visite, nous avons eu la chance de rencontrer l'habilleur officiel de la statue. C'est lui qui gère les cérémonies d'habillage, plusieurs dizaines par an et qui connaît les particularités techniques de chaque costume. Il a pris le temps de nous expliquer des détails que je n'aurais jamais trouvés dans un guide — les protocoles, la logistique que l'on n'imagine pas derrière ce geste rituel et les anecdotes liées à certaines tenues. Un atelier permet d'essayer l'habillage soi-même. Je l'ai testé : c'est beaucoup plus technique qu'il n'y paraît.


Je te conseille de faire le musée de la garde-robe avant d'aller voir la statue originale parce que la rencontre avec l'original prend une tout autre densité quand on connaît déjà son histoire.


📍 Musée de la garde-robe du Manneken-Pis — rue du Chêne 19. Il est ouvert du mardi au dimanche de 10h à 17h.



Le musée de la Ville ou comment rencontrer enfin le vrai Mannenken-pis


Le musée occupe la Maison du Roi sur la Grand-Place, bâtiment du XVe siècle dont la façade gothique tardive a été reconstruite au XIXe siècle sur les bases d'origine. C'est là que le Traité de Bruxelles fut signé en 1522, et c'est là aussi, depuis 1887, qu'est conservée la statue originale du Manneken-Pis dans une vitrine spéciale, à l'abri des tentations.


La collection permanente couvre l'histoire de la ville depuis ses origines avec plus de 20 000 objets, une exposition sur René Magritte et des plans anciens qui montrent comment Bruxelles s'est construite autour de ses remparts. Mais ce qu'on vient chercher ici, c'est bien la statue. Après avoir vu tous les costumes du musée de la garde-robe, la rencontrer derrière sa vitre dit quelque chose que la copie de la rue ne dit pas. Il faut prévoir deux heures pour la visite du musée.


📍 Musée de la Ville de Bruxelles — Grand-Place. Il est ouvert du mardi au dimanche de 10h à 17h. Un billet combiné avec le musée de la garde-robe est disponible sur le site officiel.


Mannenken-Pis au musée de la ville de Bruxelles
Manneken-Pis original au musée du Roi à Bruxelles

Déambuler dans la vieille ville


Pour finir cette première journée, je ne donnerai pas d'itinéraire précis. La vieille ville se parcourt mieux à l'instinct qu'avec un plan. Quelques points qui valent qu'on s'y arrête : la Jeanneke-Pis, dans l'impasse de la Fidélité entre les numéros 10 et 12 — sœur féminine du Manneken-Pis, moins connue et plus difficile à trouver, ce qui lui donne un surcroît d'intérêt. Le Monument à Éverard t'Serclaes, bas-relief en laiton de Julien Dillens (1902), logé sous la Maison de l'Étoile à l'angle de la rue Charles Buls et de la Grand-Place : c'est là que t'Serclaes mourut de ses blessures en 1388 après avoir libéré la ville et la légende veut que frotter le bras du gisant garantisse de revenir à Bruxelles.


En fin de journée, le quartier du Sablon mérite un passage. La place, les antiquaires, les joailliers de la rue des Sablons, et quelques restaurants où dîner sans avoir l'impression de manger dans un décor.



Jour 2 — La BD, les Marolles et le chocolat belge


Le Centre belge de la bande dessinée


Le musée est installé dans un bâtiment Art Nouveau que Victor Horta a conçu en 1906 pour les magasins Waucquez et c'est une situation un peu particulière : l'architecture est elle-même une œuvre, si bien qu'on regarde autant les volumes, la verrière et les structures métalliques que les planches exposées. La collection permanente rassemble plus de 8 000 originaux — ceux d’Hergé, de Peyo, de Franquin ou encore de Tillieux — avec des expositions temporaires qui renouvellent régulièrement ce qui est visible.


Pour des enfants d'une dizaine d'années qui ont grandi avec la BD, c'est un endroit qui parle directement, sans la médiation pédagogique parfois laborieuse d'autres musées. Les planches originales présentent quelque chose que la reproduction n'a pas : on voit les corrections, les traits qui hésitent et les repentirs. Il faut prévoir deux heures pour visiter le musée.


📍 Centre belge de la BD — rue des Sables 20. Il est ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h.



Le quartier des Marolles


À vingt minutes à pied du musée de la BD, le quartier des Marolles est l'un des plus anciens de Bruxelles et il n'a pas le profil d'un quartier qu'on met en valeur pour les touristes — c'est ce qui le rend intéressant. Son marché aux puces se tient tous les matins place du Jeu de Balle. On y trouve des objets insolites, des antiquités ou des vêtements vintage dans ce bruit particulier des marchés authentique. Les boutiques d'antiquaires et les galeries dispersées dans les rues adjacentes prolongent la déambulation pour qui s'y laisse prendre.


Le musée du chocolat belge


Situé rue de l'Étuve, au numéro 41, il retrace l'histoire du chocolat belge depuis les premières fèves importées d'Amérique latine, les transformations techniques au fil des siècles et ce qui distingue le travail des chocolatiers belges. La visite se conclut par une dégustation. Pour des enfants à cet âge, c'est une visite qui conjugue bien la curiosité et le concret. Et la question de savoir d'où vient exactement ce goût-là n'est pas anodine. Il faut compter une heure trente pour cette visite.


📍 Musée du chocolat belge — rue de l'Étuve 41. Il est ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h.


Pour finir cette deuxième journée, le quartier de Sainte-Catherine est parfait avec son église gothique du XIVe siècle, son marché aux poissons et un bar pour la bière belge — c’est comme conclusion logique d'une journée dans une ville qui brasse depuis des siècles.



Jour 3 — L'Atomium et la bataille de Waterloo


L'Atomium, symbole de ce que 1958 croyait possible


L'Atomium a été construit pour l'Exposition universelle de Bruxelles en 1958 et il faut garder cela en tête pour le regarder correctement. L'architecte André Waterkeyn a dessiné neuf sphères en acier inoxydable reliées par des tubes, représentant un cristal de fer agrandi 165 milliards de fois, pour une hauteur de 102 mètres. La structure voulait symboliser le progrès scientifique d'un après-guerre qui croyait encore sincèrement que la technologie allait réparer ce que la politique avait cassé.


C'est une époque que je n’ai pas connue et qui pourtant parle autrement que les musées d'histoire classiques, parce que l'objet est là, debout, bien qu’un peu étrange, et qu'il ouvre une question simple : à quoi ressemblait le monde quand on construisait des monuments pour célébrer l'avenir ? Les trois sphères supérieures sont accessibles et offrent une belle vue sur la ville.


L'Atomium est situé dans le parc d'Heysel, au nord de Bruxelles. Il est ouvert tous les jours de 10h à 18h.


📍 Atomium — square de l'Atomium. Cette visite n'est pas comprise dans la Brussels Card.


Waterloo, au hasard d'un panneau routier


C'est exactement comme ça que ça s'est passé : j’ai vu un panneau sur la route du retour et j’ai décidé d’y aller, à l’improviste. Ce nom-là parle aux gens qui s'intéressent à l'histoire, et il aurait été dommage de passer à côté, d'autant que le site est à vingt kilomètres au sud de Bruxelles, ce qui n'impose pas de détour majeur.


La bataille a eu lieu le 18 juin 1815. Elle a duré une journée et mis fin au règne de Napoléon, redessinant l'Europe d'une façon dont les conséquences se lisent encore aujourd'hui dans les frontières, dans les alliances et dans les institutions — y compris dans cette ville de Bruxelles que je venais de quitter. Le musée est bien documenté et bien conçu, dans le sens où il ne se contente pas de la reconstitution spectaculaire mais explique les mouvements de troupes et les décisions des différents commandants avec clarté.


La Butte du Lion est la pièce centrale : une colline artificielle construite en l'honneur du prince de Nassau-Orange blessé pendant la bataille, surmontée d'un lion en bronze. Ce qui frappe en montant là-haut, c'est le calme. La plaine est grande, verte, presque ordinaire. Et pourtant c'est là que quelque chose de décisif s'est joué dans un chaos que cette tranquillité-là ne permet pas d'imaginer. Heureusement, les époques se suivent et ne se ressemblent pas toujours.


📍 Mémorial de Waterloo. Il est ouvert tous les jours de 10h à 18h30 (horaires variables selon la saison).



Où loger à Bruxelles ?


Pour explorer le centre historique à pied, je te conseille de choisir un hébergement à proximité de la Grand-Place. La plupart des sites du Jour 1 et du Jour 2 sont accessibles sans transports depuis ce périmètre.


Nous avons séjourné au Jam Hotel, dans le quartier Saint-Gilles — un hôtel installé dans une ancienne académie d'art, avec une piscine extérieure chauffée, une terrasse et un bar sur le toit. Le concept est clairement pensé pour ne pas ressembler à un hôtel ordinaire et l'emplacement est pratique : une station de métro se trouve juste à côté. Les enfants ont profité de la piscine, ce qui après deux journées de musées n'est pas un détail.


📍 Jam Hotel Brussels — quartier Saint-Gilles.


La Brussels Card


La Brussels Card est un pass touristique qui donne accès à de nombreux musées et aux transports en commun, décliné en formules 24h, 48h et 72h. Je te recommande de vérifier sur le site officiel quelles visites sont comprises avant d'acheter parce que la liste évolue — l'Atomium, notamment, n'en fait pas partie. L'achat en ligne, avant l'arrivée, évite les files aux caisses.


📍Brussels Card — tarifs et liste des musées inclus à consulter directement sur le site.


Ce que Bruxelles dit quand on prend le temps de l'entendre


Je ne suis pas repartie de Bruxelles avec une réponse sur ma famille paternelle. Elle reste une branche que je n'ai pas encore vraiment commencé à explorer. Mais j'en suis repartie avec une approche de la culture belge dans la tête, ce qui est différent. Une ville qui a été prise dans d'autres empires pendant des siècles et qui a dû construire son identité propre à partir de 1830, avec toute la complexité que cela implique.


Ce que j'ai compris en trois jours, c'est que les villes institutionnelles ont souvent cette réputation froide que le quotidien contredit. Bruxelles a des quartiers, des marchés, des habilleurs de statue qui font leur métier avec sérieux et des gens qui ont choisi d'y vivre pour des raisons qui n'ont rien à voir avec les institutions. C'est une ville habitée, ce qui n'est pas donné à toutes les capitales d'Europe.


Musée de la BD à Bruxelles
Musée de la BD à Bruxelles

FAQ - Week-end à Bruxelles


Combien de jours faut-il pour visiter Bruxelles ?

Trois jours permettent de couvrir les sites essentiels sans précipitation — un jour pour le centre historique et le Manneken-Pis, un jour pour la BD et les Marolles, un jour pour l'Atomium et éventuellement Waterloo sur le retour. Deux jours suffisent pour une première impression si l'on reste dans le centre.


La Brussels Card vaut-elle vraiment le coût ?

Elle vaut le coût si tu prévois de visiter plusieurs musées payants dans la même journée et si tu utilises les transports en commun régulièrement. L'Atomium n'est pas inclus, ce qui change le calcul selon ton programme. Je te conseille de vérifier la liste exacte des musées inclus sur brusselscard.be avant d'acheter.


Où se trouve la vraie statue du Manneken-Pis ?

La statue originale — celle du XVIIe siècle — est conservée au musée de la Ville de Bruxelles, sur la Grand-Place, dans une vitrine spéciale. Ce qu'on voit rue de l'Étuve est une copie fidèle, exposée à l'extérieur. Je recommande de visiter d'abord le musée de la garde-robe pour comprendre l'histoire de la statue avant de rencontrer l'original au musée de la Ville.


Faut-il réserver les musées bruxellois à l'avance ?

Pour la plupart des musées, la réservation en ligne est possible et recommandée en haute saison pour éviter les files. Pour le musée de la garde-robe du Manneken-Pis, les créneaux de l'atelier d'habillage peuvent se remplir vite — je te conseille de consulter le site officiel de Visit Brussels avant de partir.


Bruxelles est-elle adaptée aux enfants d'une dizaine d'années ?

Oui, particulièrement à cet âge. La BD, le Manneken-Pis et ses costumes, l'Atomium et le musée du chocolat forment une combinaison qui maintient l'attention sans imposer un effort de concentration trop long par lieu. Waterloo convient également à partir de 9-10 ans si les enfants ont un intérêt pour l'histoire.


Comment rejoindre le site de Waterloo depuis Bruxelles ?

En voiture par l'autoroute E19 direction Charleroi, sortie Waterloo. En bus depuis la gare de Bruxelles-Midi, ligne 365 direction Genappe, arrêt Butte du Lion. Le trajet depuis le centre de Bruxelles est d'environ 30 minutes.


[Mise à jour : juin 2026]

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Qui est la Voyageuse Bruchoise ?

Je m'appelle Priscilia. Je suis née dans la Vallée de la Bruche et la généalogie m'a appris à ne plus regarder les lieux comme de simples décors. J'y cherche ce qu'ils ont traversé, ce qu'ils ont gardé et ce qu'ils révèlent encore de ceux qui y ont vécu.

L'Escale est ma lettre mensuelle, un rendez-vous où je partage avec toi les coulisses de mes découvertes, les lieux qui m'arrêtent en chemin, mes projets en cours et des histoires inédites que tu ne trouveras pas sur le blog.


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