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Barcelone en famille, entre Gaudí et premier voyage à l'étranger (Espagne)

  • 24 févr. 2023
  • 10 min de lecture

Dernière mise à jour : 2 juil.

Barcelone n'était pas une découverte pour moi. Adolescente, je l'avais déjà traversée lors d'un voyage scolaire, avec ce regard rapide qu'on porte sur les villes qu'on ne choisit pas encore soi-même. Vingt ans plus tard, j'y suis revenue avec mon mari et nos deux enfants, âgés de six et huit ans, pour notre tout premier voyage à l'étranger en famille, à quatre — un aéroport, quatre passeports tout neufs et une appréhension que je n'ai avouée à personne avant d'y être.


J'attendais une ville dense, difficile à tenir avec des enfants en bas âge, comprimée entre la mer et la montagne et quadrillée jusqu'à saturation par le plan Cerdà. Barcelone l'est, effectivement et cela ne s'est pas toujours révélé simple à certaines heures. Pourtant, dès les premiers instants, j'y ai ressenti la même sensation que celle que j’aurai à Madrid quelques années plus tard : un calme intérieur qui ne doit rien à la douceur du décor et qui ne se produit pas dans n'importe quelle ville. C'est cette tension, entre la densité de Barcelone et ce calme qu'elle m'a laissé malgré tout, qui a conduit nos trois jours plus qu'un plan établi à l'avance.


Palais national à Barcelone
Palais national | Barcelone | Freepix

Jour 1 — Gaudí, d'un immeuble bourgeois à un chantier sans fin


Nous logions dans l'Eixample, ce quadrillage du XIXe siècle voulu par l'urbaniste Ildefons Cerdà pour désengorger la vieille ville et c'est à pied, en une dizaine de minutes, que nous avons rejoint le Passeig de Gràcia pour cette première matinée consacrée à Gaudí.


La Casa Batlló, une maison de 1877 réinventée entre 1904 et 1906


La Casa Batlló n'est pas une construction de Gaudí mais une rénovation. Construite en 1877, elle a été entièrement transformée entre 1904 et 1906 à la demande de l'industriel du textile Josep Batlló, qui a laissé à l'architecte une liberté de création presque totale. Gaudí en a redessiné la façade, agrandi le puits de lumière central et couvert l'ensemble de mosaïques de céramique brisée, la technique du trencadís qui reviendra sur presque toutes ses œuvres suivantes.


Ce que je retiens de cette maison, plus que sa façade souvent photographiée depuis la rue, c'est sa logique intérieure : chaque pièce a été repensée autour de la lumière naturelle, jusqu'au toit en forme de dos de dragon qui referme la demeure comme une fable. Il a fallu près d'un siècle pour que cette œuvre soit officiellement reconnue à sa juste valeur : l'UNESCO ne l'a inscrite au patrimoine mondial qu'en 2005, 99 ans après son achèvement.


Je te conseille de réserver ton billet en ligne avant de partir : la file d'attente sur place peut dépasser une heure en pleine saison et avec des enfants qui ont déjà marché depuis l'hôtel, ce délai se paie cher.



Casa Batlló à Barcelone
Casa Batllo | Barcelone | Freepix

La Casa Milà, le dernier chantier civil de Gaudí


À quelques minutes à pied sur ce même Passeig de Gràcia se trouve la Casa Milà, plus connue sous son surnom moqueur de La Pedrera, la carrière de pierre, donné par des Barcelonais qui se sont longtemps gaussés de sa façade ondulée et de son absence de mur porteur. Construite entre 1906 et 1912, elle a été le dernier édifice civil que Gaudí ait conçu : à partir de 1914, il a abandonné toute autre commande pour se consacrer exclusivement à la Sagrada Familia, jusqu'à sa mort. Ce détail change la façon dont on regarde ces deux maisons voisines : elles ne sont pas deux œuvres parmi d'autres dans une carrière, elles marquent la bascule d'un architecte vers un seul et même chantier, qu'il ne verra jamais achevé.


Avec les enfants, nous n'avons visité que l'une des deux maisons, faute de patience enfantine pour une seconde visite du même ordre le même matin. Je te conseille de faire ce choix aussi plutôt que de vouloir tout voir : la Casa Batlló pour la couleur et le conte, la Casa Milà pour l'architecture pure, mais rarement les deux le même jour avec de jeunes enfants.



Casa Milà à Barcelone
Casa Mila | Barcelone | Freepix

La Sagrada Familia, un chantier commencé en 1882 que Gaudí n'a vu qu'inachevé


Nous sommes arrivés à la Sagrada Familia autour de midi et c'est à cette heure-là que la basilique m'a le plus marquée : la cloche résonnait depuis l'intérieur et les vitraux projetaient sur les piliers une lumière colorée qui semblait presque mobile.


La construction de la basilique a commencé le 19 mars 1882, sous la direction d'un premier architecte, Francisco de Paula del Villar, qui a démissionné dès l'année suivante. C'est ainsi que Gaudí a repris le projet en 1883, à trente et un ans, et l'a entièrement repensé, y consacrant la plus grande partie de sa carrière puis la totalité de sa vie à partir de 1914. Il n'aura vu construite, de son vivant, que la façade de la Nativité et la tour Saint-Barnabé : il meurt le 10 juin 1926, renversé par un tramway, laissant un temple qui n'était achevé qu'à une fraction de sa vision.


Ce que je retiens de ce lieu, ce n'est pas tant sa démesure, souvent commentée, que sa continuité étrange : un chantier vieux de plus d'un siècle, financé uniquement par les dons et les billets d'entrée, qui a traversé une guerre civile durant laquelle une partie des plans originaux de Gaudí a été détruite.


Je te conseille de réserver ton créneau plusieurs semaines à l'avance sur le site officiel, en particulier en saison touristique : les places pour visiter à l'heure qui t'arrange se remplissent vite et il n'y a pas d'alternative satisfaisante sur place le jour même.



Sagrada Familia à Barcelone
Sagrada Familia | Barcelone | 2017 | La voyageuse bruchoise ©

Nous avons terminé cette première journée en repartant tranquillement vers l'Eixample, sans forcer l'étape supplémentaire que suggèrent souvent les guides pour cette soirée-là. Avec deux enfants de 6 et 8 ans, à l’époque, une seule densité de visites suffisait amplement.


Jour 2 — Le sport comme mémoire, du Camp Nou à Montjuïc


Le lendemain, nous avons choisi de sortir du strict circuit patrimonial pour suivre un autre fil, celui du sport, qui à Barcelone raconte lui aussi une histoire de la ville, de ses ambitions et de ses échecs.


Le Camp Nou, un stade construit à crédit en 1957


Le Camp Nou a été inauguré le 24 septembre 1957, après trois ans de travaux, pour remplacer l'ancien stade des Corts devenu trop petit face à l'afflux de supporters attirés par les performances du joueur hongrois László Kubala. Sa capacité initiale de 93 053 places est passée à 99 354 aujourd'hui, au fil d'agrandissements successifs. Ce que peu de visiteurs savent, c'est que sa construction a été financée en grande partie par l'endettement du club lui-même, à travers des émissions d'obligations, plutôt que par un quelconque soutien public. Ce stade, l'un des plus grands d'Europe, doit son existence à un pari financier autant qu'à une passion populaire.


Je précise ici un point que je te conseille de vérifier avant de partir, plutôt que de te fier à notre expérience de 2017 : le Camp Nou est en travaux de rénovation depuis 2023 et le club a joué une partie de ses matchs au stade olympique de Montjuïc pendant cette période. Je n'ai pas de donnée récente et fiable sur l'état exact des visites en 2026.


📍 Site officiel du FC Barcelone reste la meilleure source pour vérifier les conditions actuelles avant de réserver.


Camp Nou à Barcelone
Camp Nou (en plein travaux lors de notre voyage) | Barcelone | 2017 | La voyageuse bruchoise ©

Le Parc Güell, un lotissement de luxe qui n'a jamais trouvé ses habitants


Nous avons rejoint ensuite le Parc Güell, où j'ai partagé un pique-nique improvisé avec les enfants sur les marches de la grande place, face à la vue sur la ville. Ce que la plupart des visiteurs ignorent, c'est que ce parc n'a jamais été conçu comme un jardin public.


Eusebi Güell a confié à Gaudí, à partir de 1900, la conception d'un lotissement résidentiel de luxe de soixante parcelles, inspiré des cités-jardins anglaises. Le projet a été un échec commercial : seules deux maisons ont été construites avant l'abandon du chantier en 1914, et ce n'est qu'en 1926, l'année même de la mort de Gaudí, que le domaine est devenu un parc municipal ouvert à tous. Ce que l'on visite aujourd'hui comme un jardin d'artiste n'était donc, à l'origine, qu'un projet immobilier qui n'a pas trouvé ses acheteurs.


Je dois avouer une réserve sur ce lieu que je préfère nommer plutôt que taire : j'y ai vu, ce jour-là, plusieurs visiteurs toucher et s'appuyer sur les mosaïques et les bancs ondulés sans en avoir conscience, par simple habitude touristique. Entre Madrid, où j'ai toujours ressenti une forme de tenue dans les lieux visités, et Barcelone, plus saturée et parfois plus rude avec son propre patrimoine, ma préférence penche sans hésiter vers la première.


Je te conseille de garder les enfants proches de toi dans les allées de la zone monumentale : l'affluence y est dense aux heures centrales de la journée et le sol en pente ne pardonne pas les bousculades.



Parc Güell à Barcelone
Parc Guell | Barcelone | 2017 | La voyageuse bruchoise ©

Le stade olympique de Montjuïc, où la pierre de 1929 est devenue celle de la Sagrada Familia


Nous avons terminé cette deuxième journée à Montjuïc, en empruntant le téléphérique qui grimpe depuis le parc jusqu'au stade olympique.


Ce stade a été construit dès 1929 pour l'Exposition internationale de Barcelone, avant de tomber en désuétude pendant plusieurs décennies. Il a été entièrement rénové entre 1985 et 1989 pour devenir le stade principal des Jeux olympiques de 1992, dont il a accueilli les cérémonies d'ouverture et de clôture. Le détail que je retiens et qui a changé ma façon de lire ces deux journées de séjour, tient en une phrase : pour abaisser le niveau de la piste d'athlétisme de onze mètres lors de cette rénovation, la pierre extraite du sol a été réutilisée pour la construction de la Sagrada Familia, à l'autre bout de la ville. Le stade que nous avions visité ce soir-là et la basilique de la veille sont, littéralement, faits de la même matière.


Je te conseille de visiter le musée olympique et du sport attenant au stade si tes enfants s'intéressent au sport, plutôt que le stade seul : l'accès extérieur est libre mais c'est le musée qui donne au lieu sa profondeur historique.



Jour 3 — Barcino, le quartier gothique et une marche des fiertés inattendue


Après une deuxième journée tournée vers la mémoire sportive de la ville, nous avons choisi, pour ce dernier jour, de remonter plus loin encore dans le temps, en réservant la matinée à ce que je considère comme le socle réel de Barcelone : sa fondation romaine, que la plupart des visiteurs traversent sans la voir.


Barcino, la colonie romaine sous le quartier gothique


Le quartier gothique de Barcelone, avec ses ruelles étroites et ses places resserrées, n'est pas seulement médiéval.


Sous ces pierres se trouve Barcino, la colonie romaine fondée par l'empereur Auguste vers 15 avant J.-C., construite sur un promontoire appelé le mont Taber. On peut encore voir, dans la cour d'un palais gothique de la rue del Paradís, quatre colonnes hautes de neuf mètres, vestiges du temple qui présidait autrefois le forum de la ville romaine.


Ce que je trouve troublant dans ce quartier, ce n'est pas son âge mais sa superposition : les murs romains, l'architecture gothique du XIIIe au XVe siècle et la vie contemporaine s'y tiennent sur la même poignée de mètres carrés, sans qu'aucune de ces époques ne chasse vraiment l'autre.


Je te conseille de commencer par le Musée d'histoire de Barcelone, sur la Plaça del Rei, avant de flâner dans le quartier : les sous-sols archéologiques permettent ensuite de reconnaître, en surface, ce que l'on aurait traversé sans le voir.



Barceloneta  à Barcelone
Barceloneta | Barcelone | Freepix

Le marché, le parc et une visite remise à plus tard


Le marché de la Boqueria, sur La Rambla, et le parc de la Ciutadella, plus loin vers la mer, ont occupé le reste de notre matinée dans un rythme volontairement lâche : pas de visite programmée, seulement des étals de fruits à regarder et un lac à longer avec les enfants. La Fondation Joan Miró, sur la colline de Montjuïc, attendra un prochain séjour. Avec de jeunes enfants, il faut savoir renoncer à certaines portes, même quand elles sont belles, plutôt que de vouloir toutes les ouvrir.


Une marche des fiertés à laquelle je ne m'attendais pas


C'est en redescendant vers le centre, ce même jour, que nous nous sommes retrouvés, par hasard, au milieu de la Marche des fiertés de Barcelone, ma toute première. Nos enfants avaient 6 et 8 ans. Nous avons choisi d'y rester plutôt que de nous détourner, dans une ambiance festive qui nous a semblé être l'occasion de leur transmettre quelque chose de simple : que l'autre, quelle que soit son identité ou son orientation, mérite d'être accepté tel qu'il est.


Je soutiens cette cause sans réserve. Je dois cependant être honnête sur un point : certains comportements très sexualisés, observés ce jour-là dans le cortège, m'ont mise mal à l'aise, et je pense qu'ils desservent davantage la cause qu'ils ne la portent. Ce n'est pas un jugement sur la marche elle-même, mais une observation, faite avec mes enfants à côté de moi.


Ce que Barcelone m'a appris


Barcelone ne m'a pas donné le vertige que j'avais anticipé avant de partir avec deux enfants en bas âge pour notre premier voyage à l'étranger en famille. Elle m'a plutôt confirmé quelque chose que j'avais déjà pressenti, adolescente, sans avoir les mots pour le dire : cette ville tient debout sur plusieurs époques qui ne se contredisent pas, la colonie romaine sous le quartier gothique, le lotissement raté devenu jardin public, la pierre d'un stade abandonné réemployée dans un chantier religieux qui ne finit jamais.


Barcelone ne cherche pas à choisir entre ce qu'elle a été et ce qu'elle est devenue. Elle est, en toute simplicité.


FAQ - Un week-end à Barcelone


Barcelone est-elle une bonne destination pour un premier voyage à l'étranger en famille avec de jeunes enfants ?

Oui. La ville est compacte, se parcourt en grande partie à pied ou en métro depuis l'Eixample, et alterne des visites courtes comme la Casa Batlló ou la Casa Milà avec des lieux où les enfants peuvent se dépenser librement, comme le Parc Güell ou le parc de la Ciutadella.


Faut-il réserver la Sagrada Familia, la Casa Batlló et la Casa Milà à l'avance ?

Oui, systématiquement, sur le site officiel de chaque monument. En haute saison, les créneaux horaires de la Sagrada Familia se remplissent plusieurs jours, voire plusieurs semaines à l'avance.


Le Camp Nou est-il accessible pendant les travaux de rénovation en cours ?

Les conditions de visite ont changé depuis 2023 en raison de travaux de rénovation du stade, qui ont conduit le club à jouer une partie de ses matchs au stade olympique de Montjuïc. Je recommande de vérifier l'état exact des visites sur le site officiel du club avant de planifier cette étape.


Le quartier de l'Eixample est-il un bon point de chute avec des enfants ?

Oui. C'est un quartier central, bien desservi par le métro, à distance de marche du Passeig de Gràcia et des œuvres de Gaudí, et suffisamment excentré du cœur touristique pour rester vivable en soirée avec de jeunes enfants.


Existe-t-il un lien entre le stade olympique de Montjuïc et la Sagrada Familia ?

Oui, et c'est l'un des détails les plus surprenants de la ville : la pierre extraite du sol du stade olympique lors de sa rénovation pour les Jeux de 1992 a été réutilisée dans la construction de la Sagrada Familia.


Peut-on visiter le Parc Güell librement, sans billet ?

Une partie du parc, en périphérie, est en accès libre. La zone monumentale, avec la grande place et la salle hypostyle, est soumise à un système de créneaux horaires réservables sur le site officiel.


[Mise à jour : Juillet 2026]

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Photo de la voyageuse bruchoise

Qui est la Voyageuse Bruchoise ?

Je m'appelle Priscilia. Je suis née dans la Vallée de la Bruche et la généalogie m'a appris à ne plus regarder les lieux comme de simples décors. J'y cherche ce qu'ils ont traversé, ce qu'ils ont gardé et ce qu'ils révèlent encore de ceux qui y ont vécu.

L'Escale est ma lettre mensuelle, un rendez-vous où je partage avec toi les coulisses de mes découvertes, les lieux qui m'arrêtent en chemin, mes projets en cours et des histoires inédites que tu ne trouveras pas sur le blog.


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