Blancherupt, le plus petit village d'Alsace
- 17 févr. 2025
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 27 juin
Il y a des villages qu'on traverse sans s'arrêter et d'autres dont la dimension même force à ralentir. Blancherupt, blotti au fond du Ban de la Roche, appartient à la seconde famille. Trente-deux habitants en 2020, selon l'INSEE. Ce n'est pas un chiffre anecdotique, c'est une façon d'exister. Moi qui vis dans un petit village de la Vallée de la Bruche, je connais cette quiétude-là, ce quotidien que le silence structure, ce rythme que les saisons imposent et que le monde d'après essaie en vain de bousculer. Blancherupt ne cherche pas à être plus grand qu'il n'est. Il n'a jamais cherché à l'être. Et c'est précisément ce qui en fait un lieu intéressant.
Ce territoire-là a été chahuté par l'histoire. Le Ban de la Roche, seigneurie protestante enclavée dans un pays catholique, a connu des siècles de tensions religieuses, de frontières repoussées et de familles séparées par des décisions prises loin d'elles. Blancherupt a traversé tout cela dans son coin de forêt, sans jamais peser assez lourd pour attirer les convoitises. C'est peut-être pour cela qu'il est encore là — intact dans sa petitesse, digne dans son isolement.
L'histoire de Blancherupt, un village en marge des grands récits
Blancherupt est mentionné dès le XVe siècle, rattaché à la seigneurie du Ban de la Roche. Ce territoire, l'un des rares fiefs résolument protestants des Vosges alsaciennes, regroupait plusieurs villages autour d'une économie forestière et agricole sans prétention comme Fouday ou Bellefosse. Blancherupt n'en était pas le centre. Il en était, au sens le plus littéral, le bout du monde.
Le village n'a jamais été un point de passage stratégique, ni un siège de pouvoir. Aucun traité n'a été signé ici, aucune bataille n'y a laissé de traces dans les manuels. C'est cette absence même qui le rend lisible : sans histoire officielle, Blancherupt a simplement vécu, au rythme du bois coupé, du bétail rentré le soir mais aussi des naissances et des morts inscrits dans les registres paroissiaux.
L'église Saint-André, construite en 1861 à Blancherupt
Jusqu'en 1859, les habitants devaient descendre à Steige ou Colroy-la-Roche pour assister aux offices. Les distances en montagne, en hiver, ne sont pas abstraites. La construction d'une église propre au village, en 1861, sous l'impulsion de Monseigneur Raess et selon les plans de l'architecte Eugène Petiti, dit quelque chose sur l'attachement des habitants à leur lieu; ils ont tenu à ce que la foi ait un ancrage ici, même modeste.
La tour-porche fut ajoutée en 1901, en remplacement d'un clocher en bois. Les vitraux du début du XXe siècle, sortis de l'atelier Ott Frères, éclairent sobrement l'intérieur. L'église est encore debout, encore ouverte, encore utile à ceux qui y tiennent. Elle nécessite des travaux d'entretien que la petite commune peine à financer seule mais elle continue d’exister.
La statue de François d’Assise qui a mis le village en émoi
Sur le parvis de cette église se dresse une statue en bois représentant François d'Assise. Elle a été offerte par une habitante du village — agnostique — qui a tenu à ce que l'inscription porte simplement "François d'Assise" et non "Saint François d'Assise". Cela a suffi à provoquer une pétition, un ancien curé indigné et une polémique locale qui a dû occuper quelques réunions de conseil municipal.
Je ne peux pas m'empêcher d'y voir quelque chose de révélateur — non pas sur le village, mais sur nous. La statue est là, placée devant une église, représentant un homme que la tradition catholique a fait saint précisément parce qu'il aimait toutes les créatures sans les classer. Qu'on l'appelle François ou Saint François, la figure est la même. Peu importe le nom gravé sur une plaque : chacun la nommera comme il l'entend, selon ce qu'il croit ou ce qu'il ne croit pas. Le débat était vain. Il était aussi très humain et c'est peut-être ce qui le rend attachant.
Ce qui m'a davantage frappée, c'est que cette polémique ait eu lieu ici, dans ce territoire que l'histoire a longtemps agité au nom de querelles religieuses autrement plus graves. On avance lentement dans l'humanité.

Randonner avec des lamas grâce à Charbo'Loisirs
Il faut prendre cette proposition au sérieux avant de la trouver pittoresque. Christian, habitant de Blancherupt, propose des randonnées accompagnées de lamas à travers le massif du Champ du Feu — demi-journée ou journée complète. L'activité s'appelle Charbo'Loisirs. Elle existe depuis plusieurs années et elle mérite mieux que d'être rangée dans la case "curiosité touristique".
J'ai emmené des adolescents avec Christian. Ce que j'ai observé, c'est que le contact avec un animal qui a son propre rythme, ses propres humeurs et qui vous force à ajuster votre pas et votre voix produit quelque chose que ni un cours, ni une sortie classique ne permet aussi vite. Les jeunes se calment. Ils regardent autrement. Ils cessent d'être dans la performance pour entrer dans l'attention.
Christian est bienveillant, très doux avec ses bêtes et avec les groupes. Ce qu'il propose n'est pas un spectacle; c'est une expérience qui repose sur la présence.
Je pense que beaucoup d'enfants manquent de cela, de nos jours. Non pas d’activités organisées mais du contact direct avec ce qui vit autour d'eux — la faune, la flore, le rythme des saisons. Ce n'est pas un regret nostalgique : c'est un constat sur ce que nous sommes en train de perdre collectivement, à mesure que les enfants grandissent coupés de ce besoin vital qu'est la découverte du monde vivant. Que ce soit une balade avec des lamas ou un sentier pieds-nus dans la forêt, tout ce qui reconnecte un enfant à cette réalité-là me semble précieux.
Les randonnées au départ de Blancherupt
La boucle autour du plus petit village d'Alsace
C'est le circuit le plus court, le plus accessible et probablement celui qui dit le mieux ce qu'est Blancherupt. Quatre kilomètres, une boucle pittoresque entre chemins forestiers et clairières, des vues sur le massif vosgien qui s'ouvrent sans prévenir. La fiche est disponible sur Rando Bruche.
Je te conseille d'y aller sans programme précis, juste avec l'idée de voir ce que trente-deux habitants ont décidé d’habiter comme territoire. C'est une boucle qui invite à observer, pas à performer.
La boucle de Fouday et Belmont
Plus engageant, ce circuit de onze kilomètres traverse plusieurs villages du Ban de la Roche et traverse des forêts denses, des prairies et des landes à genêts. Les panoramas sur le Donon et le Climont ponctuent la montée. La fiche complète est sur Visorando. Il faut compter une demi-journée et des chaussures adaptées au dénivelé.
Ce que Blancherupt dit de son territoire
Il y a quelque chose dans les petits villages qui ressemble à une forme de résistance passive. Blancherupt n'a pas survécu parce qu'il était fort ou stratégique : il a survécu parce que personne n'avait vraiment de raison de le faire disparaître. Il est resté là, à la marge du Ban de la Roche, à la marge de l'histoire alsacienne, à la marge du tourisme de masse. Et cette marge, aujourd'hui, est précisément ce qui lui donne de la valeur.
Un projet de recensement de la faune et de la flore locale est en cours, porté par des habitants qui veulent transmettre aux jeunes générations la connaissance de ce qui pousse et vit ici. Un sentier pieds-nus pour les enfants des écoles voisines a déjà été aménagé. Ce sont des initiatives modestes, sans budget, ni médiatisation. Elles ressemblent au village : discrètes, sérieuses, durables.
Blancherupt ne promet rien de spectaculaire. Il offre ce que les lieux trop vus ne savent plus donner : l'impression d'arriver quelque part où le temps n'a pas encore été mis en scène.

FAQ — Blancherupt, le plus petit village d'Alsace
Blancherupt est-il vraiment le plus petit village d'Alsace ?
Oui. Avec 32 habitants recensés en 2020 par l'INSEE, Blancherupt est officiellement la commune la moins peuplée d'Alsace. Ce chiffre n'a pas beaucoup varié au fil des décennies : le village a toujours été de petite taille, sans jamais avoir joué un rôle administratif ou économique important dans la région.
Comment accéder à Blancherupt ?
Le village est accessible par la route depuis Schirmeck ou Saales, dans la vallée de la Bruche (Bas-Rhin). Il n'est pas desservi par les transports en commun. Un véhicule est nécessaire. Le trajet depuis Strasbourg prend environ une heure.
Qu'est-ce que Charbo'Loisirs ?
C'est une activité de randonnée accompagnée de lamas proposée par Christian, habitant de Blancherupt. Les balades se déroulent dans le massif du Champ du Feu, en demi-journée ou journée complète. L'expérience convient aux adultes comme aux enfants. Informations et réservation sur charboloisirs.com.
La randonnée autour de Blancherupt est-elle accessible aux débutants ?
Oui. Le circuit court de 4 km est accessible à tous les niveaux, sans difficulté technique. La boucle de 11 km vers Fouday et Belmont demande une condition physique correcte et des chaussures adaptées au dénivelé vosgien.
Peut-on visiter l'église Saint-André de Blancherupt ?
L'église est accessible aux visiteurs. Elle est ouverte lors des offices et, selon les saisons, en dehors. Son architecture sobre, ses vitraux du début du XXe siècle et la polémique autour de la statue de François d'Assise en font un arrêt qui mérite quelques minutes d'attention.
Y a-t-il des activités pour les enfants à Blancherupt ?
Oui. Les randonnées avec les lamas de Charbo'Loisirs sont particulièrement adaptées aux enfants et aux familles. Un sentier pieds-nus a également été aménagé pour les groupes scolaires. Le circuit court de 4 km autour du village convient aux familles avec de bons marcheurs.
[Mise à jour : Mai 2026]















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