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Fouday : un temple protestant, un viaduc et un spa au cœur du Ban de la Roche

  • 15 févr. 2025
  • 8 min de lecture

Dernière mise à jour : 28 mai

Pendant des années, Fouday a été pour moi un village de passage. Je le traverse pour aller plus haut dans la Vallée de la Bruche sans jamais vraiment m'y arrêter. Ce n'est pas un village qui s'impose. Il n'a pas de château visible depuis la route, pas de pancarte qui réclame l'attention. Il a quelque chose de plus discret et, j'ai envie de dire, de plus honnête.


Ce qui m'y a finalement retenue, c'est le spa de Chez Julien. Je suis épicurienne et ces journées de bien-être, avec mon mari, font partie de mes façons de me ressourcer dans la vallée. Je connaissais l'établissement depuis longtemps sans connaître le village. Ce sont parfois les lieux les plus proches que l'on découvre en dernier.


Quand j'ai finalement marché dans les rues de Fouday, que j'ai poussé la porte du temple protestant et que je suis allée observer le viaduc ferroviaire depuis la rive, j'ai compris que j'étais passée à côté d'un lieu qui méritait mieux que mon empressement.



Ce que l'on voit en premier en arrivant à Fouday : le viaduc


Avant même d'entrer dans Fouday, on passe sous le viaduc. Il enjambe la Bruche en une courbe de plus de deux cents mètres, ses arches en quinconce s'élevant à dix-sept mètres au-dessus de l'eau. C'est la première chose que l'on remarque : une masse tranquille dans le paysage, entre la pierre et le béton, qui n'a pas l'air de chercher à impressionner mais qui impressionne quand même.


Il a été construit dans les années 1920, quand des travaux d'envergure ont modifié le tracé de la ligne de chemin de fer Rothau-Saales pour permettre à des rames plus lourdes de remonter la vallée. L'ancienne gare se trouvait sur la rive gauche de la Bruche, là où s'étend aujourd'hui le parking de Chez Julien. Le Zum Bahnhof, le restaurant de la gare, y avait pris ses aises. La ligne a basculé sur la rive droite et le viaduc est né avec elle.


Ce qui me frappe dans son histoire, c'est sa capacité à traverser les époques sans trop en porter les cicatrices. Partiellement dynamité par l'armée française en 1940, il a été réparé par une entreprise allemande qui a tenu à utiliser les mêmes matériaux, le même appareil de pierre. On ne voit presque pas la reprise. Aujourd'hui, les TER de la ligne Strasbourg–Saint-Dié-des-Vosges le franchissent encore, comme si rien ne s'était passé. C'est une forme de résilience silencieuse, typique de la Vallée de la Bruche.


Le temple protestant et la fresque oubliée


Fouday est lié depuis le XIVe siècle à l'histoire du Ban de la Roche, cette ancienne seigneurie protestante qui regroupait une poignée de villages autour des vallées de la Schirgoutte et de la Rothaine. Le temple du village en porte toute la stratification : ancienne église catholique dédiée à saint Jean-Baptiste, reconvertie au protestantisme en 1584 quand la seigneurie passe aux mains du comte palatin Georges-Jean de Veldenz puis agrandie au XVIIIe siècle par le pasteur Jean-Frédéric Oberlin qui juge l'édifice médiéval trop exigu pour ses fidèles.


Le clocher roman date de la fin du XIIe siècle. Il abrite une cloche de 1502 — l'une des plus anciennes de la vallée de la Bruche — qui sonne encore. La nef a été reconstruite en 1776, financée en partie par le baron de Dietrich. L'intérieur est sobre : un autel en grès, une chaire en chêne de style Louis XV avec un abat-voix baroque à volutes, des bancs disposés sur trois côtés autour du prédicateur et une tribune qui courait le long des murs pour accueillir les hommes pendant que les femmes prenaient place en bas.


Mais ce n'est pas là que je me suis attardée.


Dans le chœur médiéval, voûté d'ogives, subsistent des peintures murales des XIVe, XVe et XVIe siècles. Elles représentent les quatre évangélistes. Les oeuvres ont été abîmées par des restaurations maladroites du début du XXe siècle mais elles restent encore lisibles pour qui prend le temps de s'approcher. Je suis restée de longues minutes à les observer, à essayer de démêler ce qui restait de pigment et à me demander ce que ces images signifiaient pour les paroissiens de l'époque, catholiques d'abord, puis protestants ensuite, qui ont continué à vivre avec elles sur les murs. Il y a dans cet écart — des peintures catholiques dans un temple protestant — quelque chose qui dit mieux que n'importe quel manuel la façon dont les territoires traversent les ruptures religieuses sans les effacer vraiment.


À côté, une armoire eucharistique gothique flamboyant du XVe siècle porte les armoiries de la famille de Rathsamhausen zum Stein, les anciens seigneurs du Ban de la Roche. Dans le petit cimetière attenant, Jean-Frédéric Oberlin repose sous une croix modeste, souvent fleurie. Louise Scheppler, son bras droit dans ses missions éducatives et sociales, y est enterrée à ses côtés.


Je te conseille de prendre le temps de contourner l'édifice avant d'entrer car le clocher roman se lit mieux depuis l'extérieur et la modestie de la tombe d'Oberlin dans le cimetière, comparée à l'ampleur de son influence, mérite un moment d'arrêt.



Jean-Frédéric Oberlin, un avant-gardiste ancré dans son territoire


Jean-Frédéric Oberlin (1740–1826) est né à Strasbourg. Il a étudié la théologie et aurait pu faire carrière dans une ville mais il a choisi de s’établir à Waldersbach, village enclavé du Ban de la Roche, et y est resté jusqu'à sa mort, soit durant près de quarante-cinq ans de présence continue.


Ce qui m'attire dans cette figure, c'est moins la piété que l’esprit novateur. Oberlin n'a pas attendu que les conditions changent. Il a créé des écoles maternelles alors que le concept n'existait pas en France, formé des institutrices dans un temps où les femmes n'enseignaient pas, introduit de nouvelles cultures agricoles, amélioré les routes et organisé des caisses de secours mutuel. Il est parti de ce qu'il avait — un territoire rude, des gens isolés, peu de moyens — et il a construit depuis un territoire vierge.


Pour moi, c'est une façon d'habiter un lieu : être curieux de ce qui nous entoure et être profondément engagé pour sa communauté, sans chercher à quitter le territoire pour aller faire autre chose ailleurs. Dans une époque qui valorise la mobilité et l'envergure des projets à grande échelle, ce genre de fidélité à un endroit précis me semble plus rare — et plus précieux — qu'il n'y paraît.


Sa réputation a traversé l'Atlantique de son vivant. La ville d'Oberlin, dans l'Ohio, porte son nom. Il repose aujourd’hui dans le cimetière de Fouday.


Chez Julien, une success story bruchoise


C'est l'établissement que l'on voit en premier en arrivant à Fouday et il a quelque chose d'inattendu dans ce paysage de village vosgien : les dimensions d'un complexe hôtelier, la qualité d'un spa de luxe et une histoire familiale qui s'étire sur trois générations sans avoir perdu son fil.


Julien et Yvette Goetz ont commencé dans les années 1960 avec un restaurant de routiers en bord de route nationale. Quelques chambres ont suivi. Leur fils Gérard, revenu épauler sa mère après la disparition de son père, a transformé l'auberge en restaurant gastronomique avec son épouse Marylène. Et aujourd'hui, leurs filles — Hélène et Éléonore — ont pris le relais.


J'ai côtoyé Éléonore au collège; elle a un an de plus que moi. Je l'ai connue dans un autre contexte, sans imaginer qu'elle serait, avec sa sœur, à la tête de ce que l'établissement est devenu : 14 000 m², un spa avec piscines intérieure et extérieure chauffées, hammams, sauna panoramique, jacuzzis ou encore grotte de sel. Je suis admirative de son parcours parce que reprendre une maison familiale et la faire grandir sans la dénaturer demande une forme de courage que je trouve rare.


Je crois que ce qui fait tenir Chez Julien depuis soixante ans, ce n'est pas le standing mais la continuité d'un esprit. On vient y manger, y dormir ou y dorloter on corps dans la Vallée de la Bruche. Et on repart avec l'impression que quelqu'un, de l'autre côté, a pris soin de penser cet accueil dans le moindre détail.


En partenariat avec l'Office du Tourisme de la Vallée de la Bruche, l'offre Bulle de Nature associe randonnée, déjeuner et après-midi au spa. Je te conseille de contacter directement l'Office du Tourisme pour les modalités car l'offre peut varier selon les saisons.



Deux itinéraires pour explorer les alentours de Fouday


Le sentier Oberlin


Il passe par des prairies et des sous-bois, avec des panneaux qui restituent le travail du pasteur sur le territoire. C'est une balade culturelle autant que naturelle et l'un des rares circuits où l'histoire du Ban de la Roche s'explique depuis le paysage lui-même plutôt que depuis une vitrine de musée.


Informations pratiques : 5 km, environ 2 heures, accessible à tous.



Les Hauts du Ban de la Roche


Le circuit monte vers les crêtes, traverse des forêts de sapins, passe devant d'anciens vestiges et des bornes de frontière. Les points de vue sur la vallée sont larges. C'est une randonnée pour ceux qui veulent comprendre le territoire par la hauteur — voir d'où il vient, comment les vallées se chevauchent et où les anciennes seigneuries se sont taillé leurs marges. Le sentier longe les hauteurs qui surplombent Blancherupt, village voisin que je te conseille d'explorer si tu veux prolonger la journée dans le Ban de la Roche — j'y consacre un article à part entière.


Informations pratiques : 10 km, environ 3h30, niveau intermédiaire.



Ce que Fouday enseigne au visiteur


Fouday n'est pas un village qui se donne immédiatement. Pendant longtemps, je n'y suis passée qu'en voiture, sans m'arrêter, convaincue qu'il n'y avait rien à y chercher que je ne trouverais pas mieux ailleurs dans la Vallée de la Bruche. C'était une erreur de lecture, pas de destination.


Ce que ce village garde — le temple avec ses peintures catholiques dans un espace protestant, la tombe d'un homme qui aurait pu partir mais qui a choisi de rester, une famille qui a construit un empire discret au bord de la route nationale — c'est une forme de fidélité au lieu qui se transmet différemment selon les siècles mais qui ne se déplace pas.


La Vallée de la Bruche a cette façon-là de tenir ses villages : serrés entre les vallons et peu enclins à se montrer. Fouday ne fait pas exception. Il faut s'y arrêter; c’est aussi simple que ça.



FAQ - Fouday et le Ban de la Roche


Fouday est-il facile d'accès depuis Strasbourg ?

Oui. Fouday se trouve à environ 55 km de Strasbourg, sur la route nationale qui remonte la Vallée de la Bruche en direction de Saint-Dié-des-Vosges. En voiture, comptez environ une heure. La ligne TER Strasbourg–Saint-Dié-des-Vosges dessert également la Vallée de la Bruche — le viaduc que tu verras en entrant dans le village est précisément celui que franchit ce train depuis 1928.


Le temple protestant de Fouday est-il ouvert à la visite ?

Le temple est généralement accessible en dehors des offices. Je te conseille de vérifier les horaires auprès de la paroisse avant de te déplacer, notamment hors saison. Les peintures murales médiévales se trouvent dans le chœur, au fond à gauche en entrant; elles ne sont pas signalées à l'entrée, il faut les chercher.


Faut-il réserver pour le spa Chez Julien ?

Oui, la réservation est nécessaire sur le site de l’établissement. L'offre Bulle de Nature, développée en partenariat avec l'Office du Tourisme de la Vallée de la Bruche, associe randonnée, déjeuner et après-midi au spa. Je te conseille de contacter directement l'Office du Tourisme pour les modalités, car les disponibilités varient selon les saisons. 📍 Office du Tourisme de la Vallée de la Bruche


Le sentier Oberlin est-il adapté aux enfants ou aux personnes à mobilité réduite ?

Il fait 5 km pour un dénivelé modéré et se parcourt en environ deux heures. Il est accessible à tous, y compris aux familles avec enfants. Il est jalonné de belles sculptures en bois qui ravit les petits et les grands. En revanche, il n'est pas praticable en fauteuil roulant sur l'ensemble du tracé. 📍 Fiche Rando Bruche — Circuit C02


Qu'est-ce que le Ban de la Roche ?

Le Ban de la Roche est une ancienne seigneurie protestante qui regroupait au XVIe siècle plusieurs villages des vallées de la Schirgoutte et de la Rothaine — Fouday, Waldersbach, Solbach, Belmont, Rothau, entre autres. Il est surtout connu pour l'œuvre du pasteur Jean-Frédéric Oberlin, qui y a exercé de 1767 à sa mort en 1826 et y a développé des initiatives pédagogiques et sociales. Il est considérés aujourd'hui comme un précurseur des écoles maternelles et du travail social en France.


Peut-on se recueillir sur la tombe d'Oberlin à Fouday ?

Oui. Jean-Frédéric Oberlin repose dans le petit cimetière attenant au temple protestant de Fouday, sous une croix modeste souvent fleurie. Louise Scheppler, son bras droit dans ses missions éducatives, y est enterrée à ses côtés. L'accès est libre.


[Mise à jour : Mai 2026]

2 commentaires


Invité
07 juil.

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Invité
06 juil.

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Photo de la voyageuse bruchoise

Qui est la Voyageuse Bruchoise ?

Je m'appelle Priscilia. Je suis née dans la Vallée de la Bruche et la généalogie m'a appris à ne plus regarder les lieux comme de simples décors. J'y cherche ce qu'ils ont traversé, ce qu'ils ont gardé et ce qu'ils révèlent encore de ceux qui y ont vécu.

L'Escale est ma lettre mensuelle, un rendez-vous où je partage avec toi les coulisses de mes découvertes, les lieux qui m'arrêtent en chemin, mes projets en cours et des histoires inédites que tu ne trouveras pas sur le blog.


Le premier numéro est paru en juillet 2026. Si l'aventure te tente, laisse simplement ton adresse e-mail ci-dessous et rejoins-moi dès la prochaine escale.

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