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Bourg-Bruche, entre mémoire mennonite et légende mariale

  • 16 févr. 2025
  • 8 min de lecture

Dernière mise à jour : 28 mai

Pendant des années, Bourg-Bruche a été pour moi un endroit qu'on traverse. Un point sur la route du haut de la Vallée de la Bruche, avant la Salcée, avant les confitures du Climont. C’est un de ces villages qu'on longe en voiture en sachant vaguement qu'il existe sans jamais s'y arrêter vraiment. Le haut de la Vallée de la Bruche a ce caractère-là : il impose une vie rurale qui n'a pas besoin de se faire remarquer. Les gens y élèvent des animaux, y entretiennent des vergers et y habitent depuis des générations. C'est un territoire automone, qui n’a que faire du reste du monde.


Ce qui m'a décidée à m'y arrêter cette fois, c'est une balade. Une de ces décisions sans calcul, le genre où l'on reporte depuis trois ans et où l'on finit par y aller un soir d'été, presque par hasard. Et Bourg-Bruche m'a surprise là où je ne l'attendais pas : j’y ai trouvé une quiètude ressourçante, qui fait du bien au mental et à l’âme.




L'histoire de Bourg-Bruche : une ville frontière


Des origines gauloises à la fin du Moyen Âge


Le nom dit déjà quelque chose. Bruxa, première mention du lieu en 661, reprend le nom gaulois de la rivière. Mais c'est Burg — le château en allemand — qui finit par s'imposer dans la toponymie et ce détail mérite qu'on s'y attarde. Aucun château n'est visible aujourd'hui, aucun vestige ne subsiste, mais le nom du village et le lieu-dit Le Chasté — Chesté en patois local — suggèrent l'existence passée d'une fortification. La rue de la Grappe, elle, viendrait de Graben, le fossé : une référence probable aux anciennes défenses du site.


Ce château disparu, qui aurait abrité un moulin et un four banal, dit quelque chose d'important sur la logique médiévale du territoire : ici, au carrefour des routes entre Lorraine et Alsace, on ne construisait pas pour le décor. On construisait pour tenir un passage. Charlemagne connaissait ce village au VIIIe siècle car il existait alors comme paroisse, regroupant Saâles et Bourg-Bruche sous l'autorité de l'église Saint-Pierre, église-mère de la vallée.


La communauté mennonite : une présence discrète, une empreinte durable


Le XVIIe siècle introduit dans cette vallée une présence que l'on ne retrouve nulle part ailleurs en Alsace avec cette densité. À partir de 1650, des familles anabaptistes mennonites originaires de Suisse arrivent dans les hauteurs de la Bruche, chassées par les persécutions religieuses qui s'abattent sur leur mouvement depuis la Réforme. Elles s'installent principalement autour du Climont, dans le hameau du Hang et au Levreuil.


Ce qui frappe dans leur installation, c'est la forme qu'elle prend : des communautés retirées, des exploitations agricoles autonomes mais surtout des grandes fermes où habitation et étable coexistent sous un même toit. Une architecture de la sobriété et de la suffisance. Ils élèvent du bétail, fabriquent des fromages et développent un savoir-faire artisanal que l'on ne retrouvait pas autour d'eux. En 1723, une verrerie est construite au Hang, exploitant les forêts environnantes pour alimenter ses fours. Pendant presque cinquante ans, elle produit des verres et des gobelets gravés exportés jusqu'en Lorraine et en Alsace. La concurrence de Baccarat aura finalement raison d'elle en 1770.


Ces communautés finissent par se disperser au tournant du XXe siècle, emportées par l'exode rural. Mais, elles laissent au village une trace que les bâtisseurs n'avaient sans doute pas prévue : le cimetière de Levreuil, où reposent plusieurs générations de ces familles et surtout la chapelle mennonite érigée en 1951 à Bourg-Bruche, premier lieu de culte permanent des anabaptistes en Alsace, toujours en activité aujourd'hui.


Je te conseille de faire le circuit de la clairière du Hang justement parce qu'il traverse ce paysage-là : des prairies, des bois et des silences qui parlent d'une façon de vivre qui a modelé ce coin de vallée sur trois siècles.


De 1845 à aujourd'hui : un village qui a traversé l’Histoire


En 1845, Bourg-Bruche compte près de 1 400 habitants. C'est un village prospère, structuré autour d'une agriculture dense — 634 hectares cultivés — et d'une industrie textile qui emploie plus de 300 ouvriers à domicile. Des moulins, des scieries, des tuileries et des huileries fonctionnent. Une nouvelle église Saint-Pierre est construite cette année-là, ornée de verrières représentant sainte Odile et sainte Richarde. Une mairie-école et un presbytère suivent.


La Première Guerre mondiale dévaste une partie du village. La mairie-école est détruite. Bourg-Bruche se reconstruit, comme les autres hameaux de la Vallée de la Bruche, dans la continuité de ce qu'il était, sans chercher à se réinventer. L'ancienne école, désaffectée faute d'élèves suffisants, devient une salle de cinéma et de théâtre en 1934 puis un foyer rural. C'est une conversion modeste, à l'échelle de la réalité.


Le XXe siècle emporte ensuite, par l'exode rural et la modernisation, une bonne part de l'activité artisanale et industrielle. Le village compte aujourd'hui quelques centaines d'habitants, un tissu agricole qui existe encore et des initiatives locales qui ne cherchent pas à séduire le touriste mais à exister … en toute simplicité !


Clairière du Hang - Bourg-Bruche
Clairière du Hang | Priscilia K. | 2024

Ce que Bourg-Bruche m'a appris


La grotte de la Vierge, la naissance d’une légende


En 1858, des enfants partis ramasser du bois en forêt auraient aperçu une femme vêtue de blanc dans un sapin. Les habitants du village l'associent à la Sainte Vierge. Un pèlerinage commence. Le maire et le curé, sceptiques, ordonnent l'abattage de l'arbre. Le bûcheron qui exécute l'ordre meurt peu après. La légende dit alors que la Vierge, chassée de Bourg-Bruche, serait allée apparaître à Lourdes quelques semaines plus tard.


Je connais l'histoire de Lourdes. Cette coïncidence de date — 1858 — ne pouvait pas passer inaperçue. Ce qui m'a frappée en découvrant ce récit, c'est moins la légende elle-même que ce qu'elle révèle : à peu de chose près, Bourg-Bruche aurait pu devenir un lieu de pèlerinage majeur. Une apparition, des témoins et une communauté qui y croit : les ingrédients étaient là. Ce sont les autorités civiles et religieuses locales qui ont tranché, par scepticisme ou par autorité, et ce choix a changé le destin du village.


Pour la Vallée de la Bruche, et pour celles et ceux qui y vivent, ce n'est sans doute pas plus mal. Le tourisme spirituel à grande échelle n'aurait pas épargné ces paysages. En 1945, un groupe d'habitants a construit une grotte dédiée à la Vierge non loin du lieu supposé de l'apparition. Elle est là, discrète, dans la forêt. Ceux qui y viennent allumer un cierge ne font pas de bruit.


La Ferme du Nouveau Chemin, la découverte des juments Curly


Il y a des endroits où l'on arrive sans attentes précises et où l'on repart avec quelque chose de concret. La Ferme du Nouveau Chemin, fondée en 1979 dans un vallon au-dessus du village, est de ceux-là. Nicolas s'occupe de juments Curly, une race équine rare, à la fourrure bouclée et hypoallergénique. Ce dernier point n'est pas anecdotique : des personnes qui n'ont jamais pu approcher un cheval de leur vie peuvent toucher ces animaux sans réaction.


Ce que j'ai retenu de la visite, c'est d'abord la façon dont Nicolas parle de ses bêtes, avec cette passion des gens qui connaissent vraiment ce dont ils s'occupent, sans chercher à impressionner. La ferme n'est pas mise en scène. Les animaux sont là parce qu'on s'en occupe bien et qu'ils le rendent aux visiteurs du jour.


La gamme cosmétique Les Prairies du Hang est développée à partir du lait de jument bio produit sur place. Je l'utilise depuis un moment, non pas par fidélité aveugle au local mais parce que je préfère savoir ce que je mets sur ma peau. Je te conseille de prendre le temps de discuter avec Nicolas si tu y vas : il est accessible, passionné et il explique sans condescendance les enjeux de développer une gamme cosmétique à cette échelle-là.



Autour de la Pomme, du jus 100% Vallée de la Bruche


Parmi les producteurs locaux de Bourg-Bruche, Autour de la Pomme travaille les variétés anciennes des vergers de la vallée pour produire des jus sans additifs ni conservateurs. C'est une petite entreprise, sans prétention de volume. Le résultat est ce qu'il est : un jus qui a du goût, dont les notes changent d'une récolte à l'autre selon les mélanges de variétés.


Ce n'est pas une adresse que j'aurais cherchée dans un guide. C'est le genre de producteur que l'on trouve parce qu'on est dans la vallée, parce qu'on prend le temps de regarder ce qui s'y passe.




Trois randonnées au départ de Bourg-Bruche


La promenade des fontaines à Bourg-Bruche


Ce sentier balisé longe les anciennes fontaines du village. Avant l'eau courante, ces points d'eau structuraient la vie quotidienne et rythmaient les journées des habitants. La balade fait deux kilomètres, elle est accessible à tous et elle est idéale pour une balade en famille avec de jeunes enfants.



La clairière du Hang, un havre de paix


Ce circuit traverse le paysage agricole et forestier hérité de la présence mennonite. Trois kilomètres dans les bois et les pâturages, avec la clairière du Hang comme point d'arrivée, un espace silencieux, où l'on mesure ce que représente une forêt quand elle n'a pas été rationalisée. Je te conseille ce circuit si tu veux comprendre pourquoi ces communautés ont choisi ce coin de vallée plutôt qu'un autre : la clairière dit quelque chose sur l'abri, sur la discrétion et sur la façon dont on peut s'installer dans un territoire sans chercher à le dominer.



Le Climont et la source de la Bruche


Pour ceux qui veulent monter jusqu'à la source, ce parcours mène aux hauteurs du Climont et offre des vues larges sur la vallée. C'est un circuit plus engagé, qui demande une préparation physique raisonnable. La diversité des paysages — forêts denses, prairies d'altitude, ruisseaux — rend la montée progressive et jamais monotone.




Ce qui reste quand on repart de Bourg-Bruche


Ce soir-là, j'ai pique-niqué dans ce village que je ne faisais que traverser depuis des années. Il n'avait pas changé. C'est moi qui m'étais enfin arrêtée.


Bourg-Bruche ne cherche pas à retenir le visiteur. Il n'a pas de panneau "bienvenue", pas de mise en tourisme visible et pas de récit héroïque de lui-même. Il a une chapelle mennonite encore active, une grotte dédiée à la vierge au coeur du village, des chevaux à la fourrure bouclée dans un vallon, et une légende qui aurait pu changer le visage de la vallée entière. Les villages du haut de la Vallée d de la Bruche ont cette façon d'exister sans avoir besoin de vous convaincre. Bourg-Bruche en est l'exemple le plus sobre.


Village de Bourg-Bruche
Bourg-Bruche | Priscilia K. | 2024

FAQ - Bourg-Bruche dans la Vallée de la Bruche


La chapelle mennonite de Bourg-Bruche est-elle ouverte au public ?

Elle est toujours en activité en tant que lieu de culte. Il est préférable de se renseigner localement avant de planifier une visite : ce n'est pas un site touristique mais une chapelle communautaire vivante, premier lieu de culte permanent des anabaptistes en Alsace, érigée en 1951.


La Ferme du Nouveau Chemin accueille-t-elle des visiteurs ?

Oui, Nicolas Kreis reçoit les visiteurs à la ferme. C'est une exploitation familiale, pas un parc animalier : je te conseille de contacter la ferme avant de venir pour t'assurer de sa disponibilité.


Les randonnées de Bourg-Bruche sont-elles accessibles aux enfants ?

La promenade des fontaines (2 km) et la clairière du Hang (3 km) sont toutes deux accessibles avec une poussette, selon le site Rando Bruche. Le circuit du Climont est réservé aux marcheurs à l'aise avec le dénivelé.


Qu'est-ce que la légende de la Vierge de Bourg-Bruche ?

En 1858, une apparition mariale aurait eu lieu dans une forêt du village. Les autorités locales ont fait abattre l'arbre dit sacré. La tradition locale relie cet événement, par la date, à l'apparition de Lourdes survenue la même année. Une grotte dédiée à la Vierge a été construite en 1945 par des habitants du village.


Les jus Autour de la Pomme sont-ils disponibles sur place ?

La production est locale et artisanale. Je te conseille de contacter le producteur directement via leur page Facebook pour connaître les points de vente ou les modalités de commande.


Comment rejoindre Bourg-Bruche depuis Strasbourg ?

Bourg-Bruche se trouve dans la Vallée de la Bruche, à environ 1 heure de Strasbourg par la D1420 via Schirmeck. Le village est accessible en voiture ; il y a aussi une liaison ferroviaire directe jusqu'au village.


[Mise à jour : Mai 2026]

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Photo de la voyageuse bruchoise

Qui est la Voyageuse Bruchoise ?

Je m'appelle Priscilia. Je suis née dans la Vallée de la Bruche et la généalogie m'a appris à ne plus regarder les lieux comme de simples décors. J'y cherche ce qu'ils ont traversé, ce qu'ils ont gardé et ce qu'ils révèlent encore de ceux qui y ont vécu.

L'Escale est ma lettre mensuelle, un rendez-vous privilégié pour partager avec toi les coulisses de mes découvertes, mes coups de cœur, mes projets en cours et des histoires inédites que tu ne trouveras pas sur le blog.


Le premier numéro paraîtra en juillet 2026. Si l'aventure te tente, laisse simplement ton adresse e-mail ci-dessous et rejoins-moi dès la première escale.

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