Fréconrupt : l'histoire d'un hameau bercé par sa forêt
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Il y a des hameaux de la Vallée de la Bruche que l'on traverse sans les voir et Fréconrupt n'en fait clairement pas partie. Ceux qui marchent régulièrement entre La Broque et Salm — cet autre hameau isolé où vécut autrefois une communauté mennonite — connaissent son nom, sa chapelle au cœur du village et ses prés d'où le regard croise la montagne du Donon ; beaucoup viennent aujourd'hui s'y promener sans savoir que la forêt qui les entoure a d'abord été un gagne-pain avant de devenir un lieu où l'on vient respirer. Deux récits se disputent même son origine — celui des archives et celui que se transmettent encore les familles du hameau — et c'est peut-être ça, avant tout, qui rend Fréconrupt attachant. C'est cette histoire que je veux raconter ici; la mienne s'y glisse en filigrane, depuis huit générations.

Fréconrupt avant la guerre de Trente Ans
Tout aurait commencé par un pavillon de chasse. Les seigneurs de Salm — dont le nom viendrait de leur goût pour la pêche au saumon sur leurs terres rhénanes — aimaient chasser dans les forêts qui couvraient toute la contrée et auraient fait construire, au XVIe siècle, une maison de chasse en pleine forêt, à l'emplacement de l'ancien restaurant Rugraff. Des bûcherons venus d'Autriche se seraient installés autour de ce pavillon, bâtissant peu à peu leurs propres maisons : la légende locale veut que Fréconrupt soit né ainsi. Rien, dans les archives officielles, ne permet de confirmer ce récit mais rien ne permet non plus de l'écarter et il a le mérite de raconter, à sa manière, ce que le hameau a toujours été : une clairière gagnée sur la forêt.
Ce que les archives confirment, en tout cas, c'est que le nom de Fréconrupt apparaît par écrit dès 1518, sous la forme « Forcairu », dans le procès-verbal des plaids annaux du Ban de Salm — et non au XVIIIe siècle comme on l'a parfois avancé à tort. Il y figure aux côtés de Vipucelle, de Grandfontaine et de « devant la brocque », l'actuelle La Broque, formant à eux quatre les villages du Ban de Salm médiéval. Le suffixe « -rupt », très répandu dans toute la région vosgienne, désigne un ruisseau ; je me plais à penser que le premier élément du nom viendrait de « friche », peut-être issu du vieux germain « frisk », une terre non cultivée — ce qui ferait de Fréconrupt, littéralement, « la friche autour du ruisseau ». Aucun dictionnaire toponymique ne confirme cette lecture mais elle a l'avantage de coller à ce que le hameau a été : une terre reprise sur l'abandon. Le hameau porte peut-être une histoire plus ancienne encore : en levant les yeux vers sa côte depuis Vipucelle, on distingue une terrasse en remblai qui correspondrait à l'emplacement du prieuré Saint-Sauveur-de-la-Cour-d'En-Haut, fondé au VIIe siècle par Vicpode, douzième abbé de Senones; un vestige que rien ne prouve avec certitude mais que la toponymie locale continue de suggérer.

En 1577, une inspection forestière du comté reproche aux habitants de Fréconrupt des essarts illégaux — ces clairières gagnées sur la forêt en coupant puis en brûlant les souches pour y semer du grain. Vingt ans plus tard, lors du grand partage du Ban de Salm de 1598, tiré au sort entre le rhingrave — littéralement « comte du Rhin » — et Jean IX de Salm, Fréconrupt reste rattaché au lot du comte, comme Vipucelle et Les Quevelles. Curieusement, le hameau manque sur la carte que l'architecte strasbourgeois Daniel Speckel dresse du Ban de Salm en 1576 alors que tous les autres villages y figurent, systématiquement germanisés. Personne n'a jamais expliqué cette omission.
Ce hameau modeste ne reste pas longtemps en paix : quelques décennies plus tard, la guerre de Trente Ans s'abat sur le Ban de Salm. En 1661, un commissaire du comté consigne, dans un compte que l'on conserve aujourd'hui aux Archives départementales des Vosges, que Fréconrupt a été « absolument ruiné par les guerres ». Dix-huit familles ont disparu du hameau et de son voisin Les Quevelles en l'espace d'une génération. Le pavillon de chasse, les maisons des bûcherons autrichiens, tout ce qui avait mis un siècle à se construire disparaît en quelques années à peine.

1633-1659 : la renaissance de Fréconrupt et Thomas Charlier
Le repeuplement qui suit ne doit rien au hasard ni à une décision unique : le Ban de Salm, comme toute la Vallée de la Bruche, se relève de la guerre en accueillant des colons venus de Hollande, de Suisse et de France. C'est de ce même mouvement que naît, un peu plus loin sur le versant, le hameau de Salm : peuplé par des colons suisses alémaniques de confession anabaptiste, qu'on continue d'ailleurs d'y appeler « les Suisses » aujourd'hui. Ce sont leurs descendants qui empruntaient, pour rejoindre Schirmeck, un chemin contournant Fréconrupt par la forêt sans jamais le traverser. Il s’agit du « chemin des Suisses » que l'on aperçoit encore au loin depuis les hauteurs du Charbonpré.
Fréconrupt renaît de la même manière, lentement, porté par quelques familles qui reprennent pied sur le flanc de la montagne. Mon propre ancêtre, un essarteur du nom de Thomas Charlier, fait partie de ce mouvement : il s'installe en 1659, épouse Jeanne Rose et reprend une terre à l'abandon depuis une génération; un geste parmi d'autres, mais celui qui, en filigrane, me relie au hameau huit générations plus tard.
Concrètement, refonder un lieu ne relevait pas de la simple installation. Il fallait d'abord abattre les arbres à la hache, brûler les souches sur place pour rendre une terre à peine praticable puis bâtir un toit avant l'hiver — le tout à quelques années seulement d'une guerre qui avait laissé le Ban de Salm exsangue. Les premières années de Thomas Charlier et de son épouse Jeanne Rose à Fréconrupt ont dû ressembler à celles de bien d'autres colons de l'époque : un isolement presque total, une terre à reconquérir mètre par mètre et l'incertitude de savoir si d'autres familles reviendraient un jour repeupler la montagne autour d'eux.

De 1650 à 1800 : de Basile Charlier à Jean-Louis Charpentier l'aîné
De cette reconquête lente naît, sur les deux siècles suivants, une identité que Fréconrupt ne perdra plus jamais : celle d'un hameau qui vit de sa forêt. Génération après génération, presque tous les métiers du hameau s'y rattachent, jusqu'à en faire, au XIXe siècle, une véritable capitale du charbon de bois.
Un hameau qui vivait du bois
Pendant plus de deux siècles, les métiers de Fréconrupt se rattachent presque tous, d'une manière ou d'une autre, au bois qui l'entoure — depuis la terre qu'on essarte jusqu'au bois qu'on scie. En voici quelques-uns, attestés par les registres et les archives du Ban de Salm :
Essarteur — Thomas Charlier, qui reprend et défriche une terre laissée à l'abandon (1659)
Charpentier — Christophe Veiccheiter dit « Wegscheider », et Joseph Naus (avant 1733)
Charbonnier — Didier Bandesapt, originaire de Bellefosse, installé à Fréconrupt par son mariage (1716)
Couvreur en bardeaux de sapin — François Schuënt, expert du toit du presbytère de Vipucelle (1758)
Garde forestier — Joseph Veccheidre, qui confisque du bétail en pâture illégale en forêt (1791)
Bûcherons sur quatre générations — Pierre, Joseph, Hubert puis Jean-Louis Charpentier l'aîné, mes ancêtres directs (1749-1936)
Charbonniers du hameau — douze recensés à Fréconrupt, davantage que dans tout autre village de la commune (1852)
Scieurs — scierie H. B. Sayer puis scierie-papeterie d'Émile Jacquot, détruite par un incendie (1863-1898)
Vivre de ces métiers n'avait rien d'un mode de vie confortable. Un charbonnier passait souvent plusieurs jours d'affilée à l’extérieur, dormant à côté de sa meule pour surveiller sa combustion lente, le visage et les mains noircis par la fumée. Un essarteur travaillait une terre à peine défrichée, sans garantie de récolte, à la merci d'un été trop sec ou trop pluvieux. La forêt qui faisait vivre le hameau pouvait tout aussi bien le ruiner en une mauvaise saison; ce qui explique sans doute pourquoi tant de familles s'y accrochaient sur plusieurs générations plutôt que de tenter leur chance ailleurs.
Parmi elles, la mienne n'est pas une exception : de Basile Charlier, fils du re-fondateur de Fréconrupt, à Jean-Louis Charpentier l'aîné, qui épouse en 1895 Marie Holveck — elle-même descendante de Thomas Charlier —, quatre générations de Charpentier se succèdent comme bûcherons, en écho à des dizaines d'autres familles du hameau.
Le hameau se repeuple durablement : en 1751, lors du second grand partage du Ban de Salm, Fréconrupt, Vipucelle et Les Quevelles réunis comptent 81 familles pour 50 maisons. Aucun chemin carrossable n'y est encore indiqué dans le secteur mais des voies forestières existent déjà pour les charrois de charbon de bois vers les forges de Framont — signe d'une économie qui, un siècle après la ruine de la guerre, tourne de nouveau à plein régime. Cette prospérité retrouvée s'achève avec la Révolution : le 2 mars 1793, les habitants de Fréconrupt, comme ceux de tout le Ban de Salm, passent en un seul jour du statut de sujets d'un prince à celui de citoyens de la République française et l'ancien Ban devient le canton de Grandfontaine.

1800-1900 : l'évolution du village
Fréconrupt garde, tout au long du siècle, une identité à part au sein de la commune : à partir de 1809, dans le long contentieux qui oppose La Broque et Grandfontaine sur la propriété des forêts communales, le marquage des bois doit rester commun aux deux communes, sauf en ce qui concerne Fréconrupt, à cause de sa position — une exception dont le motif exact n'a jamais été précisé. La misère ordinaire du hameau transparaît elle aussi dans les archives : en février 1835, le maire intervient auprès des Contributions Indirectes pour faire remettre l'amende infligée à un manœuvre de Fréconrupt chez qui l'on avait trouvé du tabac de contrebande, en considération de son épouse invalide et de ses enfants dans l'indigence la plus déclarée.
Ce siècle est aussi celui du feu, qui reprend régulièrement ce que les hommes construisent, et qui menace bien plus qu'un simple bâtiment dans un hameau aux toits couverts de bardeaux de sapin, sans réserve d'eau suffisante pour l'éteindre à temps. Deux maisons brûlent ainsi dans la nuit du 14 au 15 août 1835, l'une appartenant à une veuve que le maire recommande, faute de mieux, à la bienveillance du gouvernement. En ce temps-là, perdre son toit signifiait alors perdre en une nuit ce qu'une vie entière avait mis à construire, sans autre recours que la charité. D'autres incendies suivront jusqu'en 1898.
L'instruction, elle, se construit lentement, sur deux fronts séparés. Longtemps, le hameau n'a pas de chapelle : le dimanche soir, les habitants se rassemblent simplement à l'école des filles pour une lecture et un chapelet récité devant une statue de Notre-Dame des Bons Secours. Il existe alors deux écoles à Fréconrupt — celle des garçons, à l'entrée du village, tenue par un instituteur et celle des filles, près de l'actuel emplacement de la chapelle, confiée aux Sœurs de la Divine Providence de Portieux. En 1884, l'école des filles est démolie et devient une seconde salle de classe pour l'école des garçons ; l'instruction de tous les enfants, filles et garçons, est alors confiée aux Sœurs de la Divine Providence de Saint-Jean-de-Bassel. La même année, la chapelle — réclamée par les habitants depuis 1844, soit quarante ans plus tôt — est enfin construite, dédiée à Notre-Dame des Bons Secours ; son clocher n'est ajouté qu'en 1900. C'est cette même chapelle que j'entretiens aujourd'hui avec un autre habitant du village, André Charlier, et mon fils, Thomas, comme le faisait ma grand-mère Raymonde Charpentier avant nous.
Chapelle de Fréconrupt & Moments de vie | Collection Patrick Bougkard, Annie Rugraff et Stella Ferry
1900-1990 : Jean-Louis Charpentier, malgré-nous et la Vierge de Fréconrupt
Une génération à peine après cette chapelle si longtemps attendue, la Première Guerre mondiale touche à son tour Fréconrupt : le registre des pertes allemandes de 1915 mentionne Émile Grandadam, porté disparu en captivité et un nouveau cimetière militaire est inauguré sur la route du hameau en 1932. Un témoin de l'époque, peu suspect de complaisance envers l'occupant, reconnaît malgré tout que des soldats allemands en garnison ont contribué à éteindre un violent incendie survenu dans le hameau durant ces années de guerre — signe que même sous l'Occupation, la lutte contre le feu réunissait tout le monde.
L'entre-deux-guerres retrouve des couleurs plus légères : en février 1932, les jeunes gens de Fréconrupt perpétuent la fête de la « Bure », coutume ancienne où l'on retire d'un grand feu de montagne, à l'aide d'un long bâton, un morceau de bois troué qu'un jeune conscrit fait tourner en l'air en annonçant des mariages fantaisistes. Six ans plus tard, le 30 octobre 1938, la statue de Notre-Dame de la Paix et du Saint-Rosaire est inaugurée à Fréconrupt : la tradition populaire la rebaptise aussitôt « la Vierge de Fréconrupt » et elle reste, depuis, l'un des repères du hameau et de la Vallée de la Bruche tout entière.
La seconde guerre marque plus profondément encore le village. Sous l'annexion, Fréconrupt devient officiellement « Frechenberg » et le camp de Vorbruck-Schirmeck s'installe sur le territoire voisin de La Broque. Des habitants du hameau se font alors passeurs, au péril de leur vie, pour aider évadés, résistants et réfractaires à franchir la montagne vers le Pays de Salm et la zone libre. Edmond Marchal, natif de Fréconrupt et alors âgé de dix-huit ans, guettait la relève des sentinelles près du « gros sapin » voisin de la maison forestière, les souliers enduits de piments pour ne pas être flairé par le chien de la douane. J'ai connu Edmond Marchal, habitant à l'entrée du village, avec ses poules qui obéissaient au bâton ; je regrette de ne pas avoir su, malgré mon jeune âge, tout ce qu'il avait traversé.
Comme des dizaines de milliers de jeunes Alsaciens, d'autres fils du hameau furent, au même moment, incorporés de force dans l'armée allemande et envoyés sur le front de l'Est sans possibilité de refuser. Mon propre arrière-grand-père, Jean-Louis Charpentier, serrurier-métallier né à Fréconrupt en 1909, fait partie de ceux-là : envoyé jusqu'au Danube, fait prisonnier par les Russes, il passe le reste de la guerre dans des fermes de travail forcé et revient à la Libération trop affaibli par des mois de privations pour reprendre seul le chemin de la montagne — il doit dormir quinze jours chez de la famille à Rothau avant de remonter jusqu'au village. Il n'en a jamais parlé ; c'est ma grand-mère, Raymonde Charpentier, qui me l'a raconté, récemment — en filigrane, comme tant d'histoires que les familles de la Vallée de la Bruche ont longtemps gardées pour elles.
La libération du hameau, le 25 novembre 1944, se fait sans lui : il ne rentrera que plus tard, dans un village où l'on avait déjà rouvert les caves pour fêter les soldats américains. Un monument s'élève toujours aujourd'hui sur la route de Fréconrupt, à l'endroit où deux évadés du camp de Vorbruck-Schirmeck, Paul Malaisé et Auguste Bernard, ont été rattrapés et tués.
Une enfance à Fréconrupt, dans les années 1990-2000
Des générations d'enfants ont grandi à l'ombre de cette forêt et de cette chapelle — mon enfance, dans les années 1990 et 2000, n'a rien connu de très différent. J'ai vécu dans quatre maisons différentes, toutes situées rue des Jardins, avant de racheter, il y a quelques années, celle de mon grand-père Fernand Fluck et de ma grand-mère Raymonde Charpentier, née la même année que la Vierge du village, en 1938 — un hasard de calendrier que je note chaque fois que je marche jusqu'à la statue, restaurée en 1988 pour son cinquantenaire, alors que je n'avais pas encore quatre ans. Il fait bon vivre à Fréconrupt et je voulais que mes propres enfants connaissent une enfance de la même qualité que la mienne.
Dès l’arrivée des beaux jours, enfants, nous discutions autour des fontaines en grès du village. Les soirées s'animaient d'un jardin à l'autre du village ; on y faisait le bois et le foin, on y cueillait des fleurs des champs pour tenter d'en tirer un parfum — le résultat n'a jamais été à la hauteur de l'ambition, je dois le reconnaître. On grimpait aussi jusqu'à la roche au Renard, en forêt, au bout de la rue des Jardins — la tradition orale y situe d'anciens renards blancs, dont je me suis servie pour l'une des nouvelles de mon livre. Le soir, sans aucune pollution lumineuse pour gêner le regard, on observait les étoiles depuis les prés du Charbonpré, à l'entrée du hameau, où l'on descendait aussi en luge l'hiver.
J’ai grandi, un peu … Je me souviens de l'hôtel-restaurant Belle-Vue, que j'ai vu brûler dans les années 1990, les flammes montant haut au-dessus des toits du hameau. L'ancienne colonie Saint-Joseph, qui n'existe plus aujourd'hui, animait le village d'un bout à l'autre de l'été, tandis que les scouts campaient à l'orée de la forêt — l'héritage direct de l'Auberge de Jeunesse et de la Maison Alsia inaugurées en 1930. C’était une belle occasion pour les adolescents que nous étions de faire des rencontres. L'abri bus qui a été mon point de départ vers l'école de La Broque a abrité, bien plus tard, mes premiers amours avec celui qui est devenu mon mari.
Le hameau a longtemps eu sa propre compagnie de sapeurs-pompiers, distincte de celles de La Broque et de La Claquette. Mon père, Jean-Bernard Pannekoecke, aujourd'hui maire de La Broque depuis 1995, en a fait partie : il n'a jamais officiellement démissionné de son engagement de pompier de Fréconrupt, ce qui fait de lui, techniquement, un pompier toujours en exercice au sein du village. Je le raconte comme un clin d'œil mais il dit aussi quelque chose de plus sérieux : ici, on ne quitte pas facilement ce à quoi l'on s'est attaché.

Fréconrupt aujourd'hui : une villégiature en slow tourisme
La forêt qui a fait vivre huit générations de ma famille n'a pas disparu : elle a simplement changé de rôle. Je crois sincèrement que Fréconrupt se prête à un séjour de plusieurs jours, pour qui cherche un slow tourisme sans artifice plutôt qu'une liste de lieux à cocher. Le hameau compte aujourd'hui les refuges du Club Vosgien et des Amis de la Nature pour les groupes et deux gîtes que je recommande pour un séjour en famille ou en couple : Gîte "Chez Rosabelle" et Gîte "Le chant du sapin".
Une balade autour du village suffit à comprendre le territoire : le circuit « Entre Fréconrupt et Salm » — 5,8 km, 1h30, 119 m de dénivelé — suit un chemin de crête jusqu'à l'aire de pique-nique des Trois Planchers, en passant par le Gros Chêne puis par la clairière de Malplaquet. Les soirs d'été sont propices à une observation des étoiles tandis que les journées d'hiver invitent à des descentes en luge sur les prés du Charbonpré enneigés.
La côte de Fréconrupt accueille aussi, depuis quelques années, une course de côte automobile. Je ne suis pas de celles qu'enthousiasment les sports mécaniques et le bruit qu'ils apportent dans la vallée mais l'événement reste, chaque année, une belle occasion de récolter des fonds pour les associations locales.
Cette vocation de villégiature n'a rien de nouveau : dès la fin des années 1980, le hameau comptait déjà son propre hôtel — le Belle-Vue, celui-là même dont j'ai vu les flammes s'élever quelques années plus tard — et le maire de l'époque, François Moser, cherchait à développer le secteur entre Fréconrupt et Salm pour en faire un véritable pôle touristique. Le slow tourisme d'aujourd'hui ne fait, en somme, que reprendre une idée que Fréconrupt portait déjà avant l'heure, avant qu'un incendie n'emporte l'établissement qui la portait.
Mon ode à Fréconrupt
Tout ce que je viens de vous raconter, je l'ai découvert au fil de recherches. Mais ce n'est pas ce Fréconrupt-là, celui des dates et des archives, que je voulais avant tout transmettre. Mon nouveau livre s'attache à un autre hameau : celui des sensations, des objets et des lieux qui gardent la mémoire mieux que nous ne le faisons nous-mêmes.
L'âme discrète de Fréconrupt — Éloge de la simplicité est un recueil de vingt et une nouvelles, rythmées par les saisons, où la parole est donnée à ce qui compose l'âme silencieuse du village plutôt qu'à ses habitants : un sapin qui refuse qu'on le coupe, un bonnet rouge qui sauve trois renardeaux, une tasse ébréchée devenue jardin de fenêtre ou encore une ancienne école qui continue d'accueillir le village autrement. Mes ancêtres n'en sont pas le sujet : ils y apparaissent en filigrane car au-delà du lien du sang, ce qui nous unit, ce sont des souvenirs façonnés dans un même village.
Le livre est paru le 20 septembre 2026, jour des Journées Européennes du Patrimoine — un choix assumé plutôt qu'un hasard de calendrier de plus.
Si cet article vous a donné envie de connaître Fréconrupt autrement qu'à travers ses dates, c'est là qu'il faut chercher la suite. Et si vous voulez au contraire remonter plus loin dans son histoire, un second livre, entièrement consacré à l’histoire du village, paraîtra courant 2027.
Un Sentier Plaisirs consacré à Fréconrupt viendra prolonger ce travail sur le terrain, à l’été 2027.

Découvrir Fréconrupt, le temps d’une balade ou d’un week-end
La forêt qui a vu naître Fréconrupt, qui a nourri huit générations de bûcherons et de charbonniers avant de devenir un lieu où l'on vient se reposer, continue aujourd'hui de veiller sur le hameau comme un écrin de verdure. Fréconrupt reste un petit village comme il en existe tant d'autres en France. Mais, je crois que c'est dans les petits villages, le temps d'un été ou d'une vie entière, qu'on fabrique de beaux souvenirs et ceux-là méritent d'être chéris plutôt qu'oubliés.
Cet article, je le dédie à tous les membres de ma famille qui ont vécu ou vivent encore à Fréconrupt : Jean-Louis, Emma, Robert, Raymonde, Jean-Paul, Ghislaine, Fernand, Monique, Jean-Bernard, Jonathan, Nicole, Frédéric, Guillaume, Florian, Thaddée, Michelle, Serge, Marc, Anne-Sophie, Gilles, Marie, Thomas et toutes les générations qui nous ont précédés, ainsi qu'aux familles Charlier et Charpentier toujours présentes dans le hameau : André, Mireille, Katia, Nicolas, Sylvain, Monique, Michel, Philippe, Odile et Christine.
Si vous passez un jour par ici, arrêtez-vous dans le village et poussez la porte de la chapelle : elle est ouverte le week-end, de 9h à 19h. Et si Fréconrupt vous a laissé, à vous aussi, un joli souvenir — un été en colonie, une balade jusqu'à la Vierge, un nom de famille que vous reconnaissez dans cet article — dites-le-moi en commentaire. Toute information sur le hameau m'intéresse, même la plus modeste, pour étoffer mes recherches et mener à bien mes futurs projets pour honorer ma lignée et mon village.

En filigrane : ma lignée familiale à Fréconrupt
Le hameau reste le sujet de cet article. Pour qui voudrait néanmoins aller plus loin, voici la lignée complète, telle qu'établie par l'état civil, qui me relie à Thomas Charlier, à qui l’on doit la renaissance de Fréconrupt après la guerre de Trente Ans.
Branche Charlier — fondateurs du hameau (depuis 1659)
Nom | Métier | Naissance - décès | Conjoint(e) |
Thomas Charlier | essarteur | N : v. 1640 (La Broque) D : 1705 (Fréconrupt) | Jeanne Rose N: v. 1640 (Celles sur Plaine) D : 1705 (Fréconrupt) |
Basile Charlier | laboureur | N : 660 (Fréconrupt) D : 1739 (Steinbach) | Odile Krelle N : v. 1664 (?) D : 1734 (Fréconrupt) |
Joseph Charlier | fileur | N : 1684 (Fréconrupt) D : 1740 (Fréconrupt) | Libaire Brignon N : 1683 (Wackenbach) D : 1762 (Fréconrupt) |
Toussaint Charlier | manoeuvre | N : 1718 (Fréconrupt) D : 1795 (Fréconrupt) | Françoise Marchal N : 1723 (La Broque) D : 1783 (Fréconrupt) |
Thomas Charlier | voiturier, cultivateur | N : 1746 (Vipucelle) D: 1820 (Fréconrupt) | Marie-Anne Lalevée N : 1759 (Vipucelle) D : 1826 (Fréconrupt) |
Jean-Baptiste Charlier | cultivateur | N : 1791 (Fréconrupt) D : 1867 (Fréconrupt) | Marie-Catherine Pierrel N : 1796 (Albet) D : 1880 (Fréconrupt) |
Marie Anne Charlier | — | N : 1832 (Fréconrupt) D: 1912 (Fréconrupt) | Antoine Holveck N : 1822 (Wackenbach) D : 1877 (Fréconrupt) |
Branche Charpentier — bûcherons du hameau (depuis 1749)
Nom | Métier | Naissance - décès | Conjoint(e) |
Pierre Charpentier | cultivateur, bûcheron | N : 1749 (Barembach) D : 1820 (Fréconrupt) | Marie-Jeanne Bronique N : v. 1756 (Vipucelle) D : 1823 (Fréconrupt) |
Joseph Charpentier | bûcheron | N : 1796 (Fréconrupt) D : 1848 (Fréconrupt) | Richarde Charlier N : 1800 (Fréconrupt) D : 1864 (Fréconrupt) |
Hubert Charpentier | bûcheron | N : 1835 (Fréconrupt) D : 1875 (Fréconrupt) | Marie-Anne Toussaint N : 1837 (La Broque) - D : 1909 (Fréconrupt) |
Jean-Louis Charpentier (père) | bûcheron | N : 1865 (Fréconrupt) D : 1936 (La Broque) | Marie Holveck N : 1871 (Fréconrupt) D : 1958 (Fréconrupt) Jonction des deux lignées Charlier & Charpentier |
La lignée commune, jusqu'à moi et que j’ai eu la chance de connaître
Nom | Métier | Naissance - décès | Conjoint(e) |
Jean-Louis Charpentier (fils) | serrurier-métallier | N : 1909 (Fréconrupt) D : 1994 (Ribeauvillé) | Emma Jost N : 1911 (Schirmeck) D : 1995 (Fréconrupt) |
Raymonde Charpentier | opératrice de production | N : 1938 (Schirmeck) | Fernand Fluck N : 1960 (Natzwiller) D : 1997 (Schirmeck) |
Monique Fluck | opératrice de production | N : 1964 (Strasbourg) | J-Bernard Pannekoecke N : 1964 (Strasbourg) |
Priscilia Pannekoecke | enseignante | N : 1984 (Strasbourg) | Gilles Kraushar N : 1981 (Obernai) |
FAQ - Fréconrupt, hameau sur la commune de La Broque
Où se situe Fréconrupt ?
Fréconrupt est un hameau de la commune de La Broque, dans le Bas-Rhin, sur le versant qui domine La Broque et sur la route qui mène vers Salm.
Fréconrupt est-il un village indépendant ?
Non. Fréconrupt est un hameau rattaché administrativement à la commune de La Broque, comme Vipucelle, Albet, La Claquette et Vacquenoux — tous issus de l'ancien Ban de Salm.
D'où vient le nom de Fréconrupt ?
La première attestation écrite connue date de 1518, sous la forme « forcairu ». Le suffixe « -rupt », très répandu dans les Vosges et en Alsace, désigne un ruisseau ; l'origine du premier élément reste incertaine, même si l'hypothèse d'une « friche » proche d'un cours d'eau est séduisante. Sous l'annexion allemande, entre 1940 et 1944, le nom a été germanisé en « Frechenberg ».
Pourquoi la forêt occupe-t-elle une telle place dans l'histoire de Fréconrupt ?
Parce qu'elle en a façonné l'économie sur plus de deux siècles — essarteurs, bûcherons, charbonniers, scieurs — au point d'en faire la capitale du bois de la commune au XIXe siècle, avant de devenir, aujourd'hui, le lieu de repos qu'elle offre aux randonneurs.
Peut-on visiter la chapelle de Fréconrupt ?
Oui. La chapelle, entretenue bénévolement par des habitants du village, est ouverte le week-end, de 9h à 19h.
Peut-on passer plusieurs jours à Fréconrupt ?
Oui. Le hameau se prête à un séjour de plusieurs jours, entre balades courtes et hébergements variés, du refuge collectif au gîte. Les commodités de La Broque restent à quatre kilomètres à peine, pour qui cherche le calme sans s'isoler complètement.
Organise-t-on des événements à Fréconrupt aujourd'hui ?
La côte de Fréconrupt accueille depuis quelques années une course de côte automobile, dont les bénéfices soutiennent des associations locales de la commune de La Broque.
[Rédaction : août 2026]



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