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Week-end à Paris : première découverte d’une capitale qui a trop vendu son image

9 août 2024
11 min de lecture

Dernière mise à jour : 21 juin

Paris est la ville à laquelle on réduit la France et c’est précisément ce qui m’empêche de l’aimer tout à fait. Quand un étranger imagine ce pays, il voit une tour de fer, une avenue, un musée et il s’arrête là, comme si tout le reste — les vallées, les villages, les territoires qui portent une mémoire plus discrète — n’existait pas. Je ne nie pas que Paris contienne de vraies réalisations et de hauts lieux d’histoire parce que ce serait malhonnête. Mais je trouve que la ville n’a pas protégé son âme autant qu’elle l’aurait dû et qu’elle a fini par la monnayer pour quelques deniers, si bien qu’on y visite aujourd’hui des décors plus que des lieux.


Je n’y suis allée que quatre ou cinq fois, pour la découvrir ou pour des formations, jamais comme une destination que je courais rejoindre. Pourtant, il y a une raison pour laquelle Paris compte dans mon histoire, et elle tient en une salle. En 1992, j’avais huit ans, et mes parents m’ont emmenée au Louvre avec mon frère et des amis. Je me souviens d’être restée longtemps devant La Joconde, immobile, sans bien comprendre ce qui me retenait. C’est là, je crois, que j’ai commencé à aimer les musées. Cet article est écrit pour cela : pour une première découverte de Paris, faite par quelqu’un qui n’est pas séduit d’avance et qui préfère nommer ce que la ville est vraiment plutôt que ce qu’elle prétend être.


La Tour Eiffel à Paris
La Tour Eiffel, Paris | Priscilia K. | 2017


Jour 1 — L’axe du pouvoir, de la tour Eiffel au Louvre


La tour Eiffel, le monument que Paris a failli démonter


On commence presque toujours Paris par la tour Eiffel et c’est une erreur de croire qu’on la connaît parce qu’on l’a vue mille fois en photographie. Ce qui mérite qu’on s’y arrête, ce n’est pas sa silhouette, c’est son histoire de survie. Gustave Eiffel l’a construite entre 1887 et 1889 pour l’Exposition universelle qui célébrait le centenaire de la Révolution, et elle n’était pas destinée à durer, parce que la concession accordée à Eiffel courait sur vingt ans et la tour devait revenir à la Ville de Paris le 1ᵉʳ janvier 1910, pour être très probablement démontée. En 1903, la mairie étudiait sérieusement sa démolition, d’autant que la même ville avait fait abattre la Galerie des Machines, le plus grand bâtiment du monde de l’époque, faute de lui trouver un usage.


Ce qui a sauvé la tour, ce n’est ni sa beauté ni l’affection des Parisiens, qui en étaient souvent lassés. C’est qu’elle faisait une antenne idéale : Eiffel finança lui-même l’installation, au sommet, d’un dispositif de télégraphie sans fil confié au capitaine Gustave Ferrié, si bien que dès 1908 les transmissions militaires portaient jusqu’à 6 000 kilomètres, ce qui rendit la tour indispensable et lui valut le renouvellement de sa concession pour soixante-dix ans. Je trouve que cette histoire dit tout de Paris, parce que le monument le plus regardé du monde ne doit pas sa survie à ce qu’il était, mais à ce qu’il pouvait rapporter. Quand on a compris cela, on regarde la dame de fer autrement, depuis les jardins du Trocadéro qui lui font face et d’où la vue est la plus juste. Je te conseille d’y monter tôt le matin si tu tiens à grimper, parce que l’affluence devient vite difficile et que la billetterie en ligne supprime une partie de l’attente.



L’Arc de Triomphe, une victoire que Napoléon n’a jamais vue


De la tour Eiffel, on rejoint l’Arc de Triomphe en une vingtaine de minutes à pied ou par la ligne 6 du métro, et le changement d’échelle est voulu, car on passe d’un symbole industriel à un symbole guerrier. Napoléon en commande la construction en 1806 pour célébrer ses victoires, mais le chantier traîne, si bien que l’arc n’est achevé qu’en 1836, quinze ans après la mort de l’empereur, qui ne l’a donc jamais vu terminé. Il se dresse au centre de la place de l’Étoile, d’où rayonnent douze avenues, dont les Champs-Élysées.


Le détail qui compte ici se trouve au sol, pas sur les frises. Sous l’arc repose le Soldat inconnu depuis 1921 et une flamme y est ravivée chaque soir à 18h30 depuis 1923, sans une seule interruption, y compris sous l’Occupation. C’est l’un des rares gestes de mémoire à Paris qui ne se monnaye pas et qui ne se met pas en scène : il se répète, simplement, tous les jours. Si tu montes au sommet, la vraie récompense n’est pas la vue sur les Champs-Élysées mais la lecture du plan de Haussmann, cette étoile d’avenues qu’on ne comprend vraiment que d’en haut.



La place de la Concorde, de l’échafaud à la réconciliation


On descend les Champs-Élysées vers la place de la Concorde et il faut savoir ce qu’on foule pour ne pas la traverser comme un simple carrefour. Aménagée sous Louis XV au XVIIIᵉ siècle, elle devient pendant la Révolution la place de la Révolution et c’est là qu’on installe la guillotine : Louis XVI y est exécuté en janvier 1793, Marie-Antoinette en octobre de la même année, parmi des milliers d’autres. Quand la Terreur s’achève, on la rebaptise place de la Concorde, comme pour recouvrir le sang par un mot d’apaisement.


En son centre se dresse un objet qui n’a rien à faire là et qui raconte pourtant beaucoup. L’obélisque de Louxor, vieux de plus de trois mille ans et couvert de hiéroglyphes à la gloire de Ramsès II, a été érigé sur la place en 1836, offert par le vice-roi d’Égypte Méhémet Ali. Une place née d’une volonté royale, devenue lieu d’exécution puis ornée d’un monument égyptien au nom de la concorde : peu d’endroits résument aussi bien la manière dont Paris superpose les époques sans jamais vraiment les digérer.



L’Opéra Garnier, un plafond de Chagall sur un décor d’Empire


À une quinzaine de minutes de la Concorde, par la rue Royale et l’église de la Madeleine qui ressemble à un temple grec, on atteint l’Opéra Garnier. Inauguré en 1875, il est l’œuvre de Charles Garnier, un architecte alors presque inconnu qui avait remporté le concours en 1861 contre des noms bien plus établis. Le grand escalier de marbre, les ors et les candélabres composent un décor pensé pour que le public se regarde autant qu’il regarde la scène, ce qui dit déjà quelque chose de l’époque.


Le détail qui retourne la visite est au-dessus des têtes. Le plafond de la salle a été repeint en 1964 par Marc Chagall, à la demande d’André Malraux et cette voûte colorée, presque enfantine, recouvre la peinture d’origine de Jules-Eugène Lenepveu, conservée dessous. On a donc deux siècles superposés dans un même regard vers le haut, et cette cohabitation, contestée à l’époque, me touche plus que tout le faste du lieu, parce qu’elle assume une rupture au lieu de la cacher. Je te conseille de vérifier les jours de visite libre avant de venir car les répétitions et les représentations ferment régulièrement la salle.



Le Louvre, la salle où j’ai commencé à aimer les musées


Je garde le Louvre pour la fin de cette première journée parce que c’est le seul endroit de Paris auquel je tienne vraiment. Ancien palais royal, il devient musée en 1793, en pleine Révolution, quand les collections de la Couronne sont ouvertes au public : un lieu de pouvoir transformé en lieu de partage, ce qui reste l’une des plus belles idées de cette période. Sous la cour, la pyramide de verre de Ieoh Ming Pei, inaugurée en 1989, a fait scandale avant de devenir l’entrée que plus personne ne discute.


C’est ici que tout a commencé pour moi. En 1992, à huit ans, je suis restée longtemps devant La Joconde de Léonard de Vinci, sans savoir nommer ce qui me tenait là, et c’est de cette immobilité-là qu’est né mon goût pour les musées, celui qui guide aujourd’hui tout mon travail.


Le Louvre ne se visite pas en entier et vouloir tout voir est le plus sûr moyen de ne rien regarder. Je te conseille de choisir deux ou trois départements à l’avance. La Joconde se mérite par la patience plutôt que par la course, parce que la salle est dense et que le tableau est plus petit qu’on ne l’imagine.



Pour clore la journée, une croisière sur la Seine au crépuscule donne à voir les monuments éclairés depuis l’eau et c’est l’un des rares moments où Paris se laisse regarder sans rien demander d’autre que de lever les yeux.



Jour 2 — De l’île de la Cité à Montmartre, la ville et sa mémoire


Notre-Dame de Paris, rouverte après l’incendie de 2019


La deuxième journée commence sur l’île de la Cité, là où Paris est né. Notre-Dame, dont la construction s’étend de 1163 au milieu du XIVᵉ siècle, a failli disparaître le 15 avril 2019, quand un incendie a détruit sa flèche et sa charpente médiévale, celle qu’on surnommait la forêt. Après cinq ans de chantier et le travail de milliers d’artisans, la cathédrale a rouvert ses portes le 8 décembre 2024 et c’est aujourd’hui un intérieur restauré, plus clair qu’avant, que l’on retrouve.


Ce que je retiens de cette reconstruction, c’est qu’elle a montré une France encore capable de réparer plutôt que de remplacer, ce qui, à Paris, n’allait pas de soi. L’entrée reste libre et gratuite, fidèle à la vocation d’une cathédrale, mais l’affluence est telle depuis la réouverture qu’un créneau réservé à l’avance évite une longue attente. Je te conseille d’arriver tôt et de prendre le temps de faire le tour de l’édifice par l’extérieur car la façade et les arcs-boutants se lisent mieux depuis le square situé derrière le chevet.



La Sainte-Chapelle, un reliquaire de verre voulu par Saint Louis


À quelques pas, la Sainte-Chapelle est d’une tout autre nature car elle n’a pas été conçue comme une église ordinaire mais comme un écrin. Louis IX la fait édifier entre 1242 et 1248 pour abriter la Couronne d’épines et d’autres reliques de la Passion qu’il avait acquises à prix d’or auprès de l’empereur de Constantinople — des reliques qui coûtèrent plus cher que la chapelle elle-même. Ses verrières, qui déploient plus de mille scènes bibliques sur quinze mètres de haut, transforment la lumière en récit, si bien qu’on n’y entre pas pour voir un monument mais pour être enveloppé par lui.


Le contraste avec le reste de l’île est net parce qu’on passe d’une cathédrale qui appartient à tous à une chapelle qui fut d’abord une démonstration de puissance royale et de dévotion mêlées. Je te conseille de venir par temps clair et en début de journée parce que la couleur des vitraux dépend entièrement de la lumière qui les traverse.



La Conciergerie, la dernière prison de Marie-Antoinette


Tout près, la Conciergerie prolonge ce que la place de la Concorde avait laissé entrevoir. Ancien palais royal devenu prison sous la Révolution, elle a enfermé Marie-Antoinette en 1793 avant son exécution et sa cellule a été reconstituée. On y entre dans l’envers du décor révolutionnaire, là où l’Histoire cesse d’être un récit héroïque pour redevenir une affaire d’attente, de procès et de peur. La visite est brève mais elle complète utilement celle de la Concorde parce que les deux lieux racontent les deux extrémités d’un même geste.




Le Panthéon, où la République choisit ses grands personnages


On quitte l’île pour le Quartier latin et le Panthéon, qui n’est pas une église même s’il en a la forme. Construit entre 1758 et 1790 sous Louis XV, d’abord dédié à sainte Geneviève, il est transformé par la Révolution en mausolée laïque destiné à recevoir les dépouilles des grandes figures de la nation. Sous la coupole, le pendule de Foucault rejoue depuis 1851 la démonstration de la rotation de la Terre et il y a quelque chose de juste à ce que ce soit la science, et non la religion, qui occupe le centre du lieu.


La crypte est ce qui me retient le plus, parce que c’est là que la République dit qui elle estime devoir se souvenir. Voltaire, Rousseau, Victor Hugo, Émile Zola, Jean Moulin et Marie Curie y reposent, mais ce sont les entrées récentes qui m’ont le plus touchée. Joséphine Baker y est honorée depuis 2021, première femme noire à recevoir cette distinction, son corps demeurant à Monaco à la demande de sa famille, et le couple Missak et Mélinée Manouchian y est entré en février 2024, lui résistant arménien apatride, fusillé au Mont-Valérien en 1944 avec ses camarades de l’Affiche rouge. Que la France choisisse aujourd’hui de panthéoniser un étranger mort pour elle, c’est exactement le genre de mémoire que j’essaie de transmettre, celle qui rappelle qu’un territoire se construit aussi avec ceux qui n’y sont pas nés.



Le Sacré-Cœur et Montmartre, là où Paris se met en scène

Pour la fin de journée, on monte à la butte Montmartre et au Sacré-Cœur et c’est sans doute là que ma réserve envers Paris est la plus vive, parce que c’est là que la ville se donne le plus en spectacle. La basilique a été décidée après la défaite de 1870 et la Commune de 1871, comme un vœu national d’expiation ; sa première pierre est posée en 1875 et elle n’est consacrée qu’en 1919, dans un style romano-byzantin qui détonne volontairement avec le reste de Paris. La vue depuis le parvis porte sur toute la ville, et l’entrée de la basilique est libre, ce qui n’est pas si fréquent ici.


Le quartier qui s’étend derrière a nourri Picasso, Van Gogh et tant d’autres, mais il faut être lucide : la place du Tertre, avec ses portraitistes et ses terrasses, ne ressemble plus guère au Montmartre des peintres, elle en rejoue le décor pour les visiteurs. C’est précisément ce que je reproche à Paris, cette tendance à transformer ses lieux vivants en reconstitutions d’eux-mêmes. Plus bas, le Moulin Rouge, ouvert en 1889, la même année que la tour Eiffel et l’Exposition universelle, appartient à la même logique d’un Paris qui se vend en images. Je te conseille de monter par les ruelles de l’est de la butte plutôt que par le funiculaire parce que c’est en grimpant à pied qu’on retrouve, par endroits, le village que Montmartre a été.




Ce que Paris est vraiment, à mes yeux


Au moment de quitter Paris, ce que je retiens n’a pas changé depuis mes huit ans. Paris est une ville qui contient de vraies merveilles — la survie calculée d’une tour, une flamme qu’on ravive chaque soir, une crypte où la République choisit enfin de faire entrer ceux qu’elle avait oubliés — mais c’est une ville qui a trop souvent préféré vendre son image plutôt que protéger son âme, si bien qu’on y visite des décors là où l’on espérait des lieux. Ce n’est pas la capitale qui rendra à la France ce qu’elle a de plus précieux, parce que ce précieux-là vit ailleurs, dans les vallées et les villages qu’aucun étranger ne réduit à une carte postale. Paris n’est pas la France. C’est sa vitrine, et une vitrine, par définition, ne montre que ce qu’elle veut qu’on achète.


FAQ - Un premier week-end à Paris


Faut-il réserver pour visiter Notre-Dame de Paris depuis sa réouverture ?

Ce n’est pas obligatoire, mais c’est vivement conseillé. L’entrée reste gratuite, et un créneau réservé en ligne sur le site officiel permet d’éviter une attente devenue très longue depuis la réouverture du 8 décembre 2024.


Combien de temps faut-il pour découvrir Paris une première fois ?

Deux jours suffisent pour les grands repères, à condition de ne pas vouloir tout voir. Le premier jour couvre l’axe de la tour Eiffel au Louvre, le second relie l’île de la Cité, le Panthéon et Montmartre.


Le musée du Louvre se visite-t-il en une seule fois ?

Non, et il vaut mieux y renoncer. Le musée est trop vaste pour une seule visite : je conseille de choisir deux ou trois départements à l’avance, d’arriver à l’ouverture et d’éviter le mardi, jour de fermeture.


Qui sont les dernières personnalités entrées au Panthéon ?

Les plus récentes sont le couple Missak et Mélinée Manouchian, en février 2024, et Joséphine Baker, en 2021. Le Panthéon honore des figures de la Résistance, des sciences, des lettres et de l’engagement, choisies par la République.


Quelle est la meilleure manière de se déplacer dans Paris ?

Le métro reste le moyen le plus simple et le plus rapide. Un titre de transport adapté au séjour, disponible auprès d’Île-de-France Mobilités, couvre l’ensemble du réseau ; pour les musées et monuments, le Paris Museum Pass donne un accès groupé à plus de soixante sites.


[Mise à jour : Juin 2026]

2 commentaires


Invité
14 déc. 2024

Belle ville !

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prisciliakraushar
prisciliakraushar
13 janv. 2025
En réponse à

Merci pour votre commentaire ! Paris est en effet une ville magnifique, pleine de charme et d’histoire. J’espère que l’article vous a donné envie de la (re)découvrir sous un nouvel angle !

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Photo de la voyageuse bruchoise

Qui est la Voyageuse Bruchoise ?

Je m'appelle Priscilia. Je suis née dans la Vallée de la Bruche et la généalogie m'a appris à ne plus regarder les lieux comme de simples décors. J'y cherche ce qu'ils ont traversé, ce qu'ils ont gardé et ce qu'ils révèlent encore de ceux qui y ont vécu.

L'Escale est ma lettre mensuelle, un rendez-vous où je partage avec toi les coulisses de mes découvertes, les lieux qui m'arrêtent en chemin, mes projets en cours et des histoires inédites que tu ne trouveras pas sur le blog.


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