Week-end à Londres : trois jours sur les traces de la monarchie britannique (Angleterre)
- 17 avr. 2023
- 11 min de lecture
Dernière mise à jour : 11 juin
Nous avons choisi le mois d’août et ce choix n’avait rien d’un hasard de calendrier : Buckingham Palace n’ouvre ses salles d’apparat au public que durant l’été, lorsque la souveraine quitte Londres, si bien que partir à une autre saison revenait à renoncer d’avance à ce que je voulais voir. C’était en 2008. Ma fille allait fêter ses dix ans et il me semblait juste que cet anniversaire ait lieu dans une capitale qui ne ressemble à aucune autre. Elle abrite ce que presque toute l’Europe a abandonné : une monarchie vivante, installée dans ses palais, avec ses gardes, ses carrosses et sa reine. .
Nous avons atterri à Gatwick et, durant le trajet, j’ai regardé défiler les alignements de maisons en briques, toutes semblables et pourtant jamais identiques, ce qui ne laissait aucun doute : nous étions bien en Angleterre. Le second constat est venu en marchant. Tout est propre et pour une ville de près de neuf millions d’habitants, cette remarque n’a rien d’anodin parce qu’elle dit le respect que les Anglais portent à leur espace commun.
Un week-end ne suffit pas pour Londres et il faut l’accepter avant de partir. La ville est trop vaste pour être parcourue en trois jours, c’est pourquoi nous avons fait un choix assumé : en prendre l’essence plutôt que d’en dresser l’inventaire et construire le séjour autour de ce qui fait Londres depuis presque mille ans à savoir sa couronne, ses lieux de pouvoir et sa mémoire.
Si tu prépares ton propre séjour, je te conseille de loger à proximité immédiate d’une bouche de métro, parce que les distances londoniennes se mesurent en stations et non en minutes de marche. Trois quartiers s’y prêtent particulièrement : Westminster pour dormir au cœur des lieux royaux, Soho pour son ambiance de soirée et Saint-Pancras pour les quatre lignes de métro qui le traversent. Nous avions choisi Westminster, à deux pas du musée Tussauds, et cet emplacement nous a fait gagner un temps réel chaque matin. Je te recommande aussi un pass touristique avec option transport, qui couvre la plupart des visites de cet itinéraire et inclut une Visitor Oyster Card pour le métro et le bus, ainsi que d’organiser tes journées à l’avance, parce qu’il serait dommage de perdre une heure de trajet entre deux sites situés aux extrémités de la ville.
Jour 1 — Rencontre avec la monarchie, de l’abbaye de Westminster à Buckingham Palace
L’abbaye de Westminster, mille ans de couronnements
À Londres plus qu’ailleurs, le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt, c’est pourquoi je te conseille de rejoindre l’abbaye de Westminster dès l’ouverture : la file d’attente y est courte le matin et elle s’allonge vite. L’abbaye a été consacrée en 1065 par Édouard le Confesseur, qui voulait une église collégiale dédiée à saint Pierre où l’on prierait pour son âme. Il est mort quelques jours plus tard et, l’année suivante, le jour de Noël 1066, Guillaume le Conquérant s’y faisait couronner roi d’Angleterre. Depuis cette date, tous les monarques anglais puis britanniques ont été sacrés entre ces murs, ce qui fait de l’abbaye autre chose qu’un chef-d’œuvre du gothique anglais : la colonne vertébrale d’un royaume. On y croise aussi ses morts comme Isaac Newton ou Charles Darwin et les écrivains, de Chaucer à Dickens.
Le détail qui a retenu mon attention paraît presque modeste au milieu de tant de pierre : la chaise du couronnement, commandée vers 1300 par Édouard Ier pour enchâsser la pierre de Scone, prise aux rois d’Écosse. Ce siège de chêne usé, marqué de graffitis laissés par des écoliers des siècles passés, a porté tous les sacres depuis sept cents ans — et pourtant la pierre qu’il abritait a été rendue à l’Écosse en 1996, si bien qu’elle ne revient à Londres que pour les couronnements.
Je te conseille de prévoir deux bonnes heures et de réserver ton billet en ligne, parce que nous avons vu, en sortant, la file que nous avions évitée. L’abbaye est fermée aux visites le dimanche, jour réservé aux offices.
📍 Informations : Site officiel de l’abbaye de Westminster
À moins de dix minutes à pied, nous avons fait une pause chez Antoinette, dans le quartier de Victoria, où le brunch permet de tenir jusqu’au soir sans céder à la restauration rapide.

Buckingham Palace, le palais qui ne se visite qu’en été
Buckingham n’a pas toujours été le centre de la monarchie. Construit en 1703 comme résidence privée du duc de Buckingham, acheté en 1761 par George III pour son épouse Charlotte, le palais n’est devenu la résidence officielle des souverains qu’en 1837, avec l’arrivée de la jeune reine Victoria. Et il ne se visite que depuis 1993 : ce sont les besoins de financement de la restauration du château de Windsor, ravagé par un incendie en novembre 1992, qui ont convaincu la Couronne d’ouvrir ses salles d’apparat au public chaque été. Sans cet incendie, nous ne serions jamais entrés.
La visite traverse les State Rooms jusqu’à la salle du trône et je me souviens précisément de ce moment, parce qu’en 2008 Elizabeth II régnait encore. Voir de ses yeux le trône d’une reine vivante n’a pas la même portée que contempler le fauteuil d’une dynastie éteinte. Le parcours s’achève dans les jardins, seize hectares au cœur de la ville, où un salon de thé est installé à la belle saison. J’y ai mangé un macaron, assise face aux pelouses du palais, et je suis restée un long moment à regarder les visiteurs avancer lentement, comme si personne ne voulait vraiment sortir. Je te recommande de réserver tes billets très en avance sur le site de la Royal Collection Trust, parce que les créneaux d’été partent vite et qu’il n’en existe pas d’autres dans l’année.
📍 Informations et réservations : Buckingham Palace — Royal Collection Trust
Les Royal Mews, là où dort le carrosse d’or
À cinq minutes à pied du palais, les écuries royales prolongent la visite par son envers logistique : les chevaux — des Windsor Grey et des Cleveland Bay —, les harnais, les voitures de cérémonie et les berlines officielles y attendent les processions. La pièce maîtresse est le Gold State Coach, un carrosse doré de 1762 qui pèse quatre tonnes, si lourd qu’il ne peut être tiré qu’au pas par huit chevaux, et qui a servi à tous les couronnements britanniques depuis celui de George IV en 1821. Une heure suffit pour cette visite et elle change le regard sur les processions royales que l’on croit connaître par les images : derrière chaque carrosse télévisé, il y a une écurie qui travaille à l’année.
📍Informations et réservations : Les Royal Mews — Royal Collection Trust

Pour finir la journée, deux directions selon ton humeur : Soho et son Chinatown pour les rues animées, les boutiques et les restaurants, ou Notting Hill si tu cherches des rues plus calmes et des façades colorées. Dans les deux cas, je te conseille de dîner dans un pub, parce que la cuisine anglaise se juge mieux dans une salle bruyante que dans les guides.
Jour 2 — De Kensington à la Tour de Londres, l’histoire mouvementée de la famille royale
Kensington Palace, le palais où Victoria apprit qu’elle était reine
Depuis Westminster, la ligne Circle conduit en un quart d’heure à High Street Kensington, puis dix minutes de marche mènent au palais. Kensington est né en 1605 sous le nom de Nottingham House, une demeure de campagne que Guillaume III a achetée en 1689 parce que son asthme supportait mal l’air humide de Whitehall, au bord de la Tamise — c’est Christopher Wren qui l’a ensuite agrandie pour en faire une résidence royale. C’est ici que Victoria est née en 1819 et c’est ici qu’on l’a réveillée, au matin du 20 juin 1837, pour lui annoncer qu’elle était reine ; les appartements d’apparat racontent cette enfance surveillée et ce basculement. Le palais fut aussi la résidence de la princesse Diana jusqu’à sa mort en 1997, ce qui explique les fleurs que l’on trouve encore parfois déposées à ses grilles dorées. Je te conseille de prévoir deux heures pour la visite et de garder un moment pour les jardins de Kensington, qui prolongent Hyde Park.
📍 Informations et réservations : Kensington Palace — Historic Royal Palaces
Pour déjeuner, nous avions réservé chez Aubaine, dans le quartier de Mayfair. C’est là que nous avons fêté les dix ans de ma fille. Je n’en fais pas une adresse obligatoire ; j’en garde le souvenir d’un anniversaire au milieu d’un voyage, ce qui suffit à la recommander.
La Tour de Londres, neuf siècles de fonctions successives
La ligne Circle mène ensuite à Tower Hill, et la forteresse apparaît dès la sortie de la station. Fondée par Guillaume le Conquérant après 1066, elle a été tour à tour palais royal, arsenal, ménagerie, hôtel des monnaies, prison et lieu d’exécution, et chacune de ces fonctions a laissé sa marque dans les bâtiments, ce qui explique son inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO. C’est ici qu’Anne Boleyn, deuxième épouse d’Henri VIII, a été décapitée en mai 1536, dans l’enceinte même de la forteresse, privilège sinistre réservé à quelques condamnés de haut rang.
Le détail qui m’a arrêtée ne tient pourtant pas aux joyaux de la Couronne, exposés dans la Jewel House : ce sont les corbeaux. Depuis Charles II, la légende veut que la monarchie s’effondre si les corbeaux quittent la Tour, si bien qu’un Yeoman Warder porte encore aujourd’hui le titre de Ravenmaster et veille sur six oiseaux au moins, logés et nourris dans l’enceinte. Qu’une monarchie de cette ancienneté entretienne officiellement des corbeaux par précaution dit quelque chose de l’Angleterre que les manuels d’histoire ne disent pas. Je te conseille de prévoir deux heures au minimum et de suivre l’une des visites menées par les Yeomen Warders, parce que ces gardes vivent dans la forteresse avec leurs familles et que leurs récits valent tous les audioguides.
📍 Informations et réservations : Tour de Londres — Historic Royal Palaces

Tower Bridge, l’ouvrage victorien qui cède toujours le passage aux navires
À quelques pas de la forteresse, Tower Bridge enjambe la Tamise depuis 1894. Huit années de chantier, l’architecte Horace Jones, l’ingénieur John Wolfe Barry, 244 mètres de long et un tablier central qui se lève pour laisser passer les navires : l’ouvrage est l’un des plus photographiés du monde, mais ce qui le rend singulier est ailleurs. Sur la Tamise, le fleuve a toujours la priorité sur la route. Le pont se lève encore plusieurs centaines de fois par an, sur simple préavis des navires, parce que cette clause date de sa construction et n’a jamais été abrogée — à Londres, un voilier suffit à arrêter la circulation. La visite intérieure permet de parcourir les passerelles hautes, d’où la vue porte loin sur le fleuve, puis de descendre dans les salles des machines victoriennes, où les chaudières à vapeur d’origine sont conservées.
📍 Informations et réservations : Site officiel de Tower Bridge

Pour clore la journée, reviens vers le centre et marche de Trafalgar Square à Piccadilly Circus, puis traverse le parc de St James’s, le plus ancien parc royal de Londres, où vivent des pélicans depuis 1664 — un cadeau de l’ambassadeur de Russie à Charles II, renouvelé depuis par d’autres dons. Les voir se percher au bord du lac, à dix minutes de Big Ben, remet la ville à sa juste échelle : même au cœur du pouvoir, Londres garde des coins de campagne.
Jour 3 — Les petits bonheurs de Londres, de la relève de la garde à l’Emirates Stadium
Pour ce dernier jour, je n’ai pas voulu d’un itinéraire serré, parce que Londres se livre aussi dans ses interstices. Voici ce que nous avons retenu, à composer selon ton rythme et ta curiosité.
La relève de la garde devant Buckingham Palace commence à 11 heures, mais elle n’a pas lieu tous les jours de l’année, c’est pourquoi je te conseille de vérifier le calendrier officiel la veille et d’arriver tôt pour trouver une place le long des grilles.
Le palais de Westminster, siège du Parlement, se visite lorsque les chambres ne siègent pas, et la visite guidée traverse notamment Westminster Hall, dont la charpente de chêne date de la fin du XIVe siècle — le plus ancien vestige du palais médiéval, sous lequel l’Angleterre juge, couronne et veille ses morts depuis neuf siècles.
📍 Informations et réservations : Visiter le Parlement britannique
L’Emirates Stadium, dans le quartier d’Holloway, peut surprendre dans un itinéraire patrimonial, et pourtant il y a toute sa place, parce qu’un club de football est aussi une histoire : celle d’Arsenal, fondé en 1886 par les ouvriers d’une manufacture d’armement de Woolwich — d’où le nom du club et le canon de son blason — et installé depuis 2006 dans cette enceinte de soixante mille places. En 2008, l’équipe était dirigée par Arsène Wenger, né à Strasbourg et élevé à Duttlenheim, où ses parents tenaient un bistrot, à quelques kilomètres de l’endroit où la Bruche achève sa course dans la plaine d’Alsace. Visiter les vestiaires et le bord de pelouse de son stade, pour nous qui venions de la vallée, c’était un peu rendre visite à un compatriote — celui qui avait mené son équipe, quelques années plus tôt, à une saison de championnat sans la moindre défaite, ce que l’Angleterre n’avait plus vu depuis le XIXe siècle.
📍 Informations et réservations : Visites de l’Emirates Stadium — Arsenal FC
Si la météo se gâte — et à Londres, elle se gâte même en été —, le British Museum rassemble ce que l’Empire a rapporté du monde entier, de la pierre de Rosette aux frises du Parthénon, et la National Gallery, sur Trafalgar Square, aligne les maîtres de la peinture européenne. L’un comme l’autre demanderaient une journée entière ; une matinée ciblée sur quelques salles vaut mieux qu’un parcours épuisé.
Enfin, garde du temps pour longer la Tamise, parce que c’est depuis ses quais que la ville se lit le mieux, et pour l’un de ses marchés : Borough Market, près de London Bridge, où l’on vend des produits depuis le Moyen Âge, ou Camden pour son désordre assumé. C’est dans ces allées, plus que dans les palais, que nous avons entendu Londres parler toutes ses langues.
Ce que Londres nous a laissé comme souvenir
Ce que Londres nous a laissé tient en une observation que je n’attendais pas. La monarchie britannique, avant d’être une institution, est devenue la première attraction de sa propre capitale : on vient marcher sur les traces de la famille royale à Buckingham comme à Kensington, on photographie ses gardes et on visite ses écuries. Ce tourisme maîtrisé, sans jamais tourner au parc à thème parce que les lieux restent habités et que les fonctions continuent de s’y exercer. C’est peut-être cela, le génie anglais : avoir transformé la continuité en spectacle sans cesser d’y croire.
Nous sommes repartis sans avoir tout vu et c’était prévu ainsi. Ma fille a eu dix ans entre un palais et une forteresse. Londres n’est pas une ville que l’on termine. C’est une ville que l’on entame; une ville où l’on revient avec plaisir.
FAQ — Préparer un week-end à Londres
Peut-on visiter Buckingham Palace toute l’année ?
Non. Les salles d’apparat n’ouvrent au public que durant l’été, lorsque le souverain quitte Londres, généralement de juillet à fin septembre. Les billets se réservent à l’avance sur le site de la Royal Collection Trust, parce que les créneaux sont limités et qu’il n’en existe pas d’autres dans l’année.
Combien de jours faut-il pour visiter Londres ?
Trois jours permettent d’en prendre l’essence : l’abbaye de Westminster, Buckingham Palace et les Royal Mews le premier jour ; Kensington Palace, la Tour de Londres et Tower Bridge le deuxième ; puis une journée plus libre entre relève de la garde, musées, marchés et bords de Tamise. Pour explorer les quartiers et les grands musées en profondeur, il faut compter une semaine.
Faut-il réserver l’abbaye de Westminster à l’avance ?
Oui, c’est préférable, et je conseille surtout d’arriver dès l’ouverture, parce que la file d’attente s’allonge rapidement dans la matinée. L’abbaye est fermée aux visites le dimanche, jour réservé aux offices.
La relève de la garde a-t-elle lieu tous les jours ?
Non. Elle commence à 11 heures devant Buckingham Palace, mais sa fréquence varie selon la saison et la météo, c’est pourquoi il faut consulter le calendrier officiel la veille et arriver en avance pour se placer le long des grilles.
Le stade d’Arsenal se visite-t-il ?
Oui. L’Emirates Stadium, dans le quartier d’Holloway, propose des visites qui passent par les vestiaires, la salle de presse et le bord de pelouse. La visite intéresse au-delà des amateurs de football, parce qu’elle raconte l’histoire d’un club fondé en 1886 par des ouvriers d’armement, longtemps dirigé par l’Alsacien Arsène Wenger.
Dans quel quartier loger pour un week-end à Londres ?
Trois options selon tes priorités : Westminster pour dormir au plus près des lieux royaux, Soho pour l’animation du soir, Saint-Pancras pour ses quatre lignes de métro. Dans tous les cas, choisis un logement proche d’une station, parce que les distances londoniennes se comptent en arrêts de métro.
[Mise à jour : juin 2026]





















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