top of page

Le Parlement européen de Strasbourg, entre promesse de paix et doute assumé (Alsace)

22 sept. 2024
6 min de lecture

Dernière mise à jour : 2 juil.

Le Parlement européen, on le connaît par sa façade de verre rarement pour l’avoir traversé. Je l’avais longtemps rangé dans cette catégorie de lieux qu’on croit comprendre parce qu’on les a vus mille fois en image, ce qui revient à ne jamais les avoir regardés. J’y suis entrée lors des Journées du patrimoine, avec mon mari et mon fils, et j’en suis ressortie avec moins de certitudes qu’en arrivant, parce que ce bâtiment ne raconte pas seulement une institution : il pose une question que je n’avais pas imaginer me poser sur l’Europe.


Parlement européen à Strasbourg
Priscilia K. | Parlement européen | 2024

Entrer dans le bâtiment Louise-Weiss


Le bâtiment qui abrite le Parlement porte le nom de Louise Weiss et c’est l’agence Architecture-Studio qui l’a dessiné avant son inauguration le 14 décembre 1999 par Jacques Chirac et Nicole Fontaine. On le reconnaît à sa façade de verre, 13 000 mètres carrés de vitrage censés représenter la transparence des décisions publiques, et à sa tour qui paraît inachevée, posée là comme un chantier qu’on n’aurait pas terminé. Ce n’est pas un défaut de construction. C’est une intention, car les architectes ont voulu que cette tour reste d’apparence en travaux pour figurer une Europe toujours en train de se construire.


Sur le parvis, avant même d’entrer, on passe devant une sculpture de bronze de Ludmila Tchérina, Europe à cœur, deux silhouettes enlacées dont les jambes dessinent un cœur, l’œuvre que la Communauté européenne a retenue pour se représenter et qui fut installée ici en 2000.


À l’intérieur, c’est l’hémicycle qui m’a arrêtée. Conçu pour 750 sièges de députés et complété par 785 places ouvertes au public, il est circulaire et cette forme n’est pas décorative : elle évite le face-à-face des parlements nationaux et installe le dialogue là où d’autres salles installent l’affrontement. Chaque place est équipée pour la traduction simultanée dans les vingt-quatre langues officielles de l’Union, si bien qu’un député peut parler sa langue maternelle et être compris de tous. C’est dans cette salle, vide le jour où je l’ai vue, que se votent des textes qui s’appliqueront ensuite à des centaines de millions de personnes. Une salle vide qui pèse lourd.


Louise Weiss, la femme dont le nom est écrit sur le Parlement


J’ai un aveu à faire : le nom de Louise Weiss ne me disait rien la première fois que je l’ai lu et j’ai mesuré ce jour-là à quel point on peut traverser une époque en ignorant celles qui l’ont rendue possible. J’avais croisé ce nom une première fois lors d’une escapade à Saverne, sans m’y arrêter. Au Parlement, j’ai voulu savoir qui était cette femme dont on a choisi le nom pour le bâtiment le plus visible de l’Europe.


Louise Weiss naît en 1893 dans une famille d’origine alsacienne. Journaliste, elle fonde en 1918 la revue L’Europe nouvelle, qu’elle dirige jusqu’en 1934 pour y défendre la paix et l’idée européenne bien avant qu’elles ne deviennent une institution. Militante du droit de vote des femmes dans les années 1930, elle mène ce combat avec une obstination qui lui vaut autant d’admiration que de mépris. Élue députée européenne en 1979, lors des toutes premières élections au suffrage universel direct, elle siège comme doyenne d’âge, et c’est elle qui préside la séance inaugurale au cours de laquelle les députés élisent Simone Veil première présidente du Parlement élu. Deux femmes, une passation, dans un hémicycle qui n’avait jamais connu cela. Elle meurt en 1983.


Que le Parlement ait inscrit son nom sur ses murs plutôt que celui d’un traité ou d’un homme d’État me semble dire quelque chose de juste sur ce qu’on décide de transmettre.



Ce que le Parlement décide, et pourquoi Strasbourg plutôt qu’ailleurs


Reste à comprendre ce qui se joue réellement entre ces murs, parce qu’on parle beaucoup du Parlement sans toujours savoir ce qu’il fait. Composé aujourd’hui de 720 députés élus pour cinq ans dans les vingt-sept États membres, il partage le pouvoir de faire les lois avec le Conseil de l’Union européenne : la plupart des textes européens doivent être votés par les deux, selon une procédure dite de codécision. Il vote aussi le budget de l’Union et il peut contraindre la Commission européenne à démissionner collectivement par une motion de censure, un pouvoir rarement employé mais bien réel.


Le choix de Strasbourg n’a rien d’administratif. La ville, passée tour à tour sous administration française et allemande au gré des guerres, accueille les institutions européennes depuis 1949, précisément pour ce qu’elle avait coûté : faire siéger l’Europe réconciliée là où l’Europe s’était déchirée. Mais ce choix a un prix, au sens propre. Le Parlement ne tient à Strasbourg que douze sessions plénières par an, de quatre jours chacune, l’essentiel du travail se faisant à Bruxelles, si bien que députés, assistants et dossiers font la navette chaque mois entre les deux villes. Cette double implantation, régulièrement chiffrée autour de deux cents millions d’euros par an, est critiquée pour son coût comme pour son empreinte carbone. On défend Strasbourg au nom de la mémoire et on l’attaque au nom de l’efficacité. Les deux ont leurs raisons, ce qui n’aide pas à trancher.


Parlement européen à Strasbourg
Priscilia K. | Parlement européen | 2024

Mon doute sur l’Europe et l’esquisse de Robert Schuman


Je vais être honnête parce que c’est sans doute la seule chose utile que je puisse écrire sur ce lieu : je ne sais pas si l’Europe est une bonne idée. Je ne suis pas assez savante pour en juger et je me méfie de ceux qui en sont certains, dans un sens comme dans l’autre.


D’un côté, je crois qu’on est plus fort à plusieurs et que cette construction reste une aventure rare dans l’histoire d’un continent qui a surtout su se faire la guerre. J’ai visité la maison de Robert Schuman, à Scy-Chazelles, en Moselle, où cet homme a vécu simplement jusqu’à sa mort en 1963 et où fut pensée la déclaration du 9 mai 1950 que l’on tient pour l’acte de naissance de l’Europe unie. Cette déclaration n’était qu’une esquisse puisqu’il s’agissait de mettre en commun le charbon et l’acier pour rendre la guerre matériellement impossible.


De l’autre, je vois ce que cela coûte et pas seulement la navette de Strasbourg. Je vois une institution qui peut nous retirer une part de souveraineté sans toujours nous demander notre avis, et des responsables que l’on paie cher et qui semblent souvent loin de la vie qu’ils décident. Je ne tranche pas parce que je n’en ai pas les moyens mais je trouve plus honnête de traverser ce lieu avec cette question en tête que de le photographier en feignant de l’admirer.


En repartant du quartier européen


Nous sommes repartis tous les trois en fin d’après-midi. Mon fils est resté silencieux comme il l’est quand quelque chose l’a marqué et j’ai pensé que c’était peut-être la meilleure raison d’y être venus : non pour adhérer, mais pour commencer à comprendre ce sur quoi on nous demandera, un jour, de voter.


Le Parlement européen de Strasbourg n’est pas un monument qui se contemple. C’est une question posée en verre et en béton, sur une terre qui sait mieux que d’autres ce que l’Europe a traversé.



FAQ - La visite du Parlement européen de Strasbourg


Peut-on visiter le Parlement européen de Strasbourg gratuitement ?

Oui. L’accès est libre et gratuit toute l’année, avec des guides multimédias proposés dans les vingt-quatre langues officielles de l’Union. Pendant les Journées européennes du patrimoine, en septembre, des visites guidées de l’hémicycle s’ajoutent au parcours libre.


Comment se rendre au Parlement européen à Strasbourg ?

En tram, la ligne E dessert directement l’arrêt « Parlement européen ». En voiture, on rejoint le 1 allée du Printemps, au nord-est du centre, dans le quartier européen, le long de l’Ill.


Pourquoi le Parlement européen siège-t-il à Strasbourg et pas seulement à Bruxelles ?

Strasbourg a été retenue après-guerre comme symbole de la réconciliation franco-allemande. Le Parlement y tient douze sessions plénières par an, tandis que l’essentiel du travail parlementaire se déroule à Bruxelles.


Qui était Louise Weiss, dont le bâtiment porte le nom ?

Une journaliste et militante née en 1893, fondatrice de la revue L’Europe nouvelle et figure du combat pour le droit de vote des femmes. Élue députée en 1979, elle présida comme doyenne d’âge la séance qui élut Simone Veil.


Combien de députés compte le Parlement européen ?

720 depuis les élections de 2024, élus pour cinq ans dans les vingt-sept États membres. L’hémicycle de Strasbourg peut en accueillir 750.


Peut-on assister à une session plénière ?

Oui, depuis les tribunes ouvertes au public, sur réservation préalable. Les sessions se tiennent à Strasbourg douze fois par an, quatre jours d’affilée, du lundi au jeudi.


[Mise à jour : juin 2026]

Commentaires


Photo de la voyageuse bruchoise

Qui est la Voyageuse Bruchoise ?

Je m'appelle Priscilia. Je suis née dans la Vallée de la Bruche et la généalogie m'a appris à ne plus regarder les lieux comme de simples décors. J'y cherche ce qu'ils ont traversé, ce qu'ils ont gardé et ce qu'ils révèlent encore de ceux qui y ont vécu.

L'Escale est ma lettre mensuelle, un rendez-vous où je partage avec toi les coulisses de mes découvertes, les lieux qui m'arrêtent en chemin, mes projets en cours et des histoires inédites que tu ne trouveras pas sur le blog.


Le premier numéro est paru en juillet 2026. Si l'aventure te tente, laisse simplement ton adresse e-mail ci-dessous et rejoins-moi dès la prochaine escale.

bottom of page