Road-trip dans les Vosges, d'Épinal à Baccarat, entre imagerie et thermes
- 26 juil. 2024
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Les Vosges ne sont pas la Bourgogne, elles n'ont pas ce vignoble qui se photographie tout seul, ni le relief du Jura qui fait recette sur les réseaux, et c'est peut-être précisément parce qu'elles ne cherchent pas cette reconnaissance qu'on les traverse plus souvent qu'on ne les choisit. Nous sommes partis un week-end de Pâques, mon mari, nos enfants et moi, parce qu'après un début d'année chargé j'avais besoin de ce genre de silence que les régions trop montrées ne savent plus offrir. Ce territoire sans façade avantageuse, sans carte postale prête à l'emploi, nous a donné trois jours où chaque étape révélait un savoir-faire ou une mémoire qu'aucune brochure touristique ne met en avant, ce qui, avec le recul, en dit long sur ce que la France laisse dans l'ombre quand elle ne sait plus se raconter elle-même.

Jour 1 — Épinal, la ville qui ne cherche pas à plaire
Du château fort de Thierry Ier à l'imagerie populaire
J'entre dans Épinal par le contournement de la Moselle, ce qui donne d'emblée la mesure du site que Thierry Ier, évêque de Metz, avait choisi au XIe siècle pour y construire un château fort et verrouiller la région. Autour de cette forteresse s'est développée une ville de foires et de marchés, dont l'histoire bascule au XVIe siècle avec l'arrivée de l'imprimerie, puis en 1796, quand Jean-Charles Pellerin fonde l'atelier qui donnera son nom aux images d'Épinal. La Guerre de Trente Ans détruit une partie de la ville au XVIIe siècle, pourtant Épinal se relève au XIXe siècle en devenant un centre industriel du textile et du papier, si bien qu'elle porte aujourd'hui, dans un même geste, un patrimoine médiéval et une mémoire ouvrière.
La Tour Chinoise et le château, deux vestiges d'un même pouvoir
La Tour Chinoise, construite en 1804 par Christophe Doublat, receveur général et président du Conseil général des Vosges, servait à dissimuler un escalier reliant sa demeure au parc du château, ce qui, vu d'aujourd'hui, ressemble moins à un caprice qu'à une façon très concrète de faire coexister pouvoir politique et confort domestique. Le château lui-même, érigé au XIIIe siècle par le comte de Metz comme poste de défense et centre administratif, a subi plusieurs sièges avant d'être largement détruit pendant la Guerre de Trente Ans, si bien qu'il ne reste aujourd'hui que des ruines consolidées, ouvertes librement au public, d'où la vue porte sur la ville et sur la vallée de la Moselle.
Je te conseille d'y monter en fin de matinée, avant que la chaleur ne rende la pente moins agréable, et de prolonger la visite par le parc du Château, où les enfants ont de quoi se dépenser pendant qu'on observe la ville depuis les pelouses.
L'église Notre-Dame-au-Cierge et les vitraux de Gabriel Loire
La première église Notre-Dame-au-Cierge, construite en 1900, a été fortement endommagée par les bombardements de 1944, ce qui a conduit la ville à lancer, en 1958, un concours d'architecture remporté par Jean Crouzillard. Reconstruite entre 1959 et 1961 dans un style résolument moderne, l'église doit sa lumière particulière aux vitraux de Gabriel Loire, maître-verrier dont les dalles de verre épaisses, enchâssées dans le béton entre 1959 et 1962, créent à l'intérieur une atmosphère que la pierre seule n'aurait pas donnée.
Pour le déjeuner, direction Nonno et nonna, en plein centre-ville, où j'ai apprécié une cuisine italienne simple et bien tenue, dans un cadre qui reste accueillant sans jouer la carte du décor.
Le cimetière américain, une mémoire entretenue quand celle des cimetières français s'efface
Le cimetière américain d'Épinal, inauguré le 23 octobre 1956 sur une surface de 19 hectares, est géré par l'American Battle Monuments Commission et rassemble les sépultures de 5 255 soldats tombés lors de la libération de l'Est de la France. J'ai marché lentement entre les alignements de croix blanches, toutes identiques, toutes parfaitement entretenues, et j'ai fini par comprendre que ce qui me retenait n'était pas l'aspect du lieu mais la constance de son entretien, année après année, pour des hommes que personne, ici, n'a jamais connus personnellement.
Ce n'est pas le cas partout : dans beaucoup de cimetières français, les tombes anciennes se couvrent de mousse et attendent une reprise de concession avant de disparaître, comme si la mémoire collective s'arrêtait là où s'arrête la mémoire familiale. Le cimetière américain, lui, prouve qu'on peut décider de continuer à se souvenir de quelqu'un qu'on n'a pas connu, ce qui n'est pas rien.
📍 Informations pratiques sur le site de l'American Battle Monuments Commission
L'Imagerie d'Épinal et les Aquatypes, quand la France savait fabriquer des machines
L'Imagerie d'Épinal, fondée par Jean-Charles Pellerin en 1796, est le berceau des images populaires colorées qui ont fait la réputation de la ville bien au-delà des Vosges. Ce que je retiens surtout de la visite, ce sont les deux Aquatypes, des machines conçues et fabriquées en France, présentées à l'Exposition universelle de Paris en 1901 puis acquises vers 1902 par l'Imagerie, l'une appartenant aujourd'hui à la Ville d'Épinal et l'autre au Conseil départemental. Elles remplaçaient les pochoirs à main et permettaient d'imprimer de grandes séries en couleurs vives à l'aide de neuf pochoirs superposés, ce qui rendait le travail moins pénible tout en augmentant considérablement la production.
Voir ces machines encore visibles aujourd'hui, dans l'atelier classé monument historique, m'a rappelé que la France a été, à une période de son histoire, un pays qui savait concevoir et fabriquer ses propres outils industriels, un savoir-faire que l'on associe trop souvent aux seules grandes régions et jamais à un atelier vosgien.
📍 Réservation et horaires sur le site officiel de l'Imagerie d'Épinal
À quelques pas, le Musée de l'Image prolonge la visite en retraçant l'évolution de l'image imprimée depuis le XVIIe siècle, à travers un fonds directement lié aux collections de l'Imagerie.
📍 Horaires et tarifs sur le site du Musée de l'Image
Le soir, nous avons posé nos valises à l'Hôtel Mercure Épinal Centre, en plein cœur de ville, avec une piscine qui a suffi à occuper les enfants après une journée de marche.
📍 Réservation sur le site de l'hôtel Mercure Épinal Centre
Jour 2 — Vioménil et Contrexéville, la source et les thermes
Vioménil, la source de la Saône
Vioménil, à une trentaine de kilomètres au sud-ouest d'Épinal, doit sa discrétion au fait qu'on ne s'y arrête presque jamais pour elle-même, et pourtant c'est là que naît la Saône, l'une des rivières majeures de France, qui traversera ensuite plusieurs régions avant de rejoindre le Rhône. La source se trouve dans un cadre encore préservé, ce qui en fait une étape matinale idéale avant de reprendre la route, d'autant que le silence du lieu contraste nettement avec le trafic qu'on imagine plus loin en aval.
Pour le déjeuner, nous nous sommes arrêtés à la Crêperie E-Claire, à proximité du spa de Contrexéville, où les galettes préparées avec des produits locaux et la possibilité d'acheter directement certains produits sur place en font une adresse pratique avant l'après-midi thermal.

Les thermes de Contrexéville, une eau réputée depuis le XVIIIe siècle et un bâti qui accuse le coup
Contrexéville est réputée depuis le XVIIIe siècle pour ses eaux aux vertus thérapeutiques, et les thermes continuent d'attirer des curistes venus de loin pour profiter d'installations de soins variées. Nous avons choisi le forfait famille « Spa et Pause Goûter », accessible à partir de six ans, qui associe l'accès aux installations pour les adultes à des activités pensées pour les enfants, suivies d'un goûter ; c'était le premier spa de notre fils Thomas, ce qui a suffi à rendre l'après-midi mémorable pour lui comme pour nous.
Cela dit, je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer que certaines installations datent visiblement des années 1980 et n'ont pas connu de rénovation récente, ce qui est dommage tant l'eau elle-même mériterait un écrin à la hauteur de sa réputation. C'est une chose que je retrouve souvent en France : on laisse un patrimoine se dégrader avant de lancer, parfois trop tard, un grand programme de rénovation, comme si le pays des bâtisseurs avait cédé la place à celui des gestionnaires, pas toujours très soigneux.
Le soir, direction Vittel et l'Hôtel Mercure Vittel, confortable et bien situé pour repartir dès le lendemain matin.
📍 Réservation sur le site de l'hôtel Mercure Vittel
Jour 3 — Vittel et Baccarat, l'eau et le cristal
Vittel, le parc thermal et l'église Sainte-Marie-Madeleine
Vittel doit sa réputation à ses eaux minérales, et le parc thermal, conçu au XIXe siècle, reste un espace verdoyant agréable pour une promenade matinale avant de reprendre la route. L'église Sainte-Marie-Madeleine, construite au XIXe siècle dans un style néo-gothique, se distingue par des vitraux réalisés par des maîtres-verriers locaux, illustrant scènes bibliques et motifs floraux dans une lumière que l'architecture, pourtant modeste, met particulièrement bien en valeur.
Je te conseille, avant de quitter la ville, de goûter à la creuchotte de chez Delivosges, une petite grenouille en chocolat façonnée à la main qui reste, pour nous, l'un des meilleurs souvenirs gourmands du séjour.
📍 Boutique Delivosges
Baccarat, le déjeuner au Café Collection et le musée de la cristallerie
Nous avons quitté Vittel en fin de matinée pour rejoindre Baccarat, à un peu plus d'une heure de route, où le Café Collection du musée nous a offert un déjeuner de dimanche de Pâques particulièrement soigné, entre pâté lorrain signature et madeleine rouge à l'or.
📍 Réservation sur le site du Café Collection
Fondée en 1764, la cristallerie Baccarat est devenue, au fil des siècles, une référence mondiale du savoir-faire artisanal français et le musée qui lui est consacré retrace cette histoire à travers une collection qui va des lustres aux pièces les plus délicates. Ce que je retiens de cette étape, c'est que le grand savoir-faire français ne s'est jamais limité aux régions qu'on associe spontanément au luxe : une ville comme Baccarat, dans un département qu'on ne classe jamais parmi les destinations attendues, porte depuis plus de deux siècles une excellence que Paris ou la Côte d'Azur n'ont pas inventée.
📍 Horaires et billetterie sur le site du musée Baccarat
L'église Saint-Remy et ses vitraux en cristal
L'église Saint-Remy, reconstruite en 1824 après la destruction de l'édifice précédent pendant la Guerre de Trente Ans, puis à nouveau détruite en 1914 avant d'être rebâtie dans les années 1920, porte des vitraux réalisés par la cristallerie Baccarat elle-même, ce qui referme la boucle de cette dernière journée sur le même savoir-faire que celui du musée.
Ce que ce road-trip raconte des Vosges
Les Vosges ne sont pas un territoire qui se donne facilement à voir depuis la route et c'est bien ce qui explique qu'on les traverse plus souvent qu'on ne s'y arrête. Ce que nous y avons trouvé, entre le château fort d'Épinal et les vitraux de cristal de Baccarat, en passant par la constance silencieuse du cimetière américain, ce n'est pas une région qu'on visite pour sa carte postale, mais un territoire où le savoir-faire français continue de s'exercer loin des régions qui monopolisent l'attention. Les Vosges sont ce que la France produit quand personne ne regarde.
FAQ - Mini road-trip d’Épinal à Baccarat
Le cimetière américain d'Épinal est-il accessible librement ?
Oui. L'entrée est gratuite et le site est géré par l'American Battle Monuments Commission, qui fournit toutes les informations pratiques sur place.
Combien de temps prévoir pour visiter l'Imagerie d'Épinal ?
Compte environ une heure et demie pour l'atelier et les Aquatypes, un peu plus si tu associes la visite au Musée de l'Image voisin.
Les thermes de Contrexéville conviennent-ils aux familles avec de jeunes enfants ?
Oui, le forfait « Spa et Pause Goûter » est accessible dès six ans et associe soins pour les adultes et activités pour les enfants.
Combien de temps de route entre Vittel et Baccarat ?
Un peu plus d'une heure, ce qui permet d'arriver pour le déjeuner si tu pars en fin de matinée.
Le musée de la cristallerie Baccarat est-il adapté à une visite en famille ?
Oui, la collection se parcourt facilement avec des enfants, et le Café Collection attenant permet de faire une pause avant ou après la visite.
Où se trouve la source de la Saône ?
À Vioménil, à une trentaine de kilomètres au sud-ouest d'Épinal, dans un cadre naturel accessible librement.
[Mise à jour : juillet 2026]







































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