Week-end à Gérardmer, le lac vosgien que je préfère sans foule (Vosges)
Dernière mise à jour : 2 juil.
Gérardmer tient, dans ma mémoire, à une soirée précise : mes trente ans, une chambre du Manoir avec vue sur le lac et la seule fois de ma vie où j'ai goûté du bœuf de Kobe, avant de devenir végétarienne. Des amis avaient réservé un week-end sans me dire où nous allions. C'est sans doute depuis cette nuit-là que je n'ai plus jamais associé Gérardmer aux foules de fin janvier, quand le festival du film fantastique envahit les salles du centre-ville, ni à celles d'avril, quand la fête des Jonquilles recouvre la ville de fleurs et de monde. J'y reviens pour l'inverse : le lac nu, débarrassé de ses animations, dans son écrin de sapins, à une heure de route de la maison. Ce week-end raconte cette version-là, avec mon mari, mes enfants et ma mère quand la station vosgienne redevient un territoire et non une programmation.
Jour 1 — Le lac et une légende qu'on répète sans la vérifier
Le gîte Coquelicot, aux Cœurs du Tilleul, au bout du lac
Pour ce week-end, je te conseille de loger aux Cœurs du Tilleul, le gîte de Patricia et Denis, au bout du lac. Le quartier compte sept maisons à la lisière de la forêt, sans éclairage public, ce qui permet de voir les étoiles une fois la nuit tombée — un détail qui change tout quand on vient de passer la journée entourée de monde en centre-ville. Le gîte Coquelicot, pour quatre personnes, se trouve à cinq minutes en voiture du centre-ville et à cinq cents mètres à pied du lac : assez proche pour tout faire sans voiture, assez loin pour dormir dans un vrai silence. Le lieu figure parmi les mieux notés de la ville — ce n'est pas un hasard si on y revient.
📍 Réservation — Les Cœurs du Tilleul, gîte Coquelicot
Le lac de Gérardmer, plus grand lac naturel des Vosges, s'étend sur 155 hectares au pied de la Mauselaine, à 660 mètres d'altitude. C'est un lac d'origine glaciaire, et c'est aussi, depuis près de deux siècles, un lac raconté par une légende que presque personne ne vérifie.
Un lieu de villégiature, bien avant le tourisme de masse
Gérardmer n'a pas attendu le XXe siècle pour devenir un lieu où l'on vient se reposer. Dès le XVIIe siècle, les ducs de Lorraine et les chanoinesses de Remiremont y séjournent régulièrement, attirés par le calme du lac et l'air des Hautes-Vosges. Mais c'est au XIXe siècle que la villégiature change d'échelle : les premières propriétés bourgeoises s'élèvent sur les rives à partir de 1850, un comité des promenades — l'ancêtre de l'office de tourisme — se crée en 1875, et l'arrivée du chemin de fer en 1878 ouvre la ville aux Parisiens, jusque-là réservée aux notables lorrains. Abel Hugo, frère de Victor, la surnomme alors « la Perle des Vosges », dans un récit de voyage publié en 1835. Ce nom flatteur a survécu à la ville qui l'a inspiré et il continue de circuler sur les brochures, sans que grand monde sache d'où il vient vraiment.
1944, quand la ville a brûlé
Ce que peu de visiteurs savent, en revanche, c'est que la ville que l'on traverse aujourd'hui a presque entièrement disparu une fois. Le 22 juin 1940, la Wehrmacht prend Gérardmer. En novembre 1944, devant l'avancée des troupes alliées, l'armée allemande applique la politique de la terre brûlée : les 16 et 17 novembre, 85 % de la cité part en fumée. Il faudra des années pour reconstruire ce qui a disparu en deux nuits. Le centre-ville que l'on traverse aujourd'hui, avec ses façades d'après-guerre, porte cette reconstruction sans en faire un argument touristique — rien n'y est signalé, rien n'y est raconté sur place. C'est un silence qui, pour une gardienne de mémoire, pèse plus que n'importe quelle plaque commémorative.
Le tour du lac de Gérardmer, une boucle sans histoire officielle
Le tour du lac se marche en un peu moins de deux heures, sur une boucle d'environ six kilomètres, sans réel dénivelé — seul le passage des Roches noires, un tronçon étroit et caillouteux, reste déconseillé aux poussettes. Je te conseille de le faire dans le sens des aiguilles d'une montre, en partant du quai des bateliers : la lumière du matin y traverse mieux les sapins qu'en fin d'après-midi. Ma mère, qui nous accompagnait, a tenu la distance sans difficulté ; c'est une marche qui se fait à trois générations sans que personne ne traîne.
Le nom même du lac porte une histoire qu'on répète depuis deux siècles avec peu de soin pour son exactitude. La tradition populaire attribue la fondation de Gérardmer à Gérard de Châtenois, duc de Lorraine, qui aurait fait construire une tour au bord de la rivière Jamagne vers 1056 — d'où le nom, contraction de « Gérard » et de « meix », le jardin en langue d'oïl. C'est une belle histoire, et c'est aussi, selon les recherches les plus récentes, probablement une erreur. Aucune source écrite ni aucune fouille archéologique n'a jamais confirmé l'existence de cette tour. Le récit proviendrait d'une lecture erronée d'un texte du XVIIe siècle mentionnant un château près de la Vologne, à Docelles — un lieu différent, à plusieurs kilomètres de là —, popularisée par un article publié en 1826. Ce que Gérardmer doit vraiment à son nom reste, aujourd'hui encore, une question de linguistes plus que d'historiens : « meix » ou « moué » y désignerait un domaine, un jardin au sens large, sans qu'on sache avec certitude à quel Gérard il fait référence.
Chez Mémé, une institution figée dans les années cinquante
Le soir, je te conseille de réserver à Chez Mémé, en plein centre-ville. Le décor n'a pas bougé depuis les années cinquante — nappes à carreaux, vaisselle dépareillée, photos jaunies au mur — et c'est précisément pour cela qu'on y retourne, à chaque passage à Gérardmer. Ce n'est pas un restaurant qui joue le rétro comme un argument marketing ; c'est un lieu qui a simplement continué d'exister sans se moderniser, et qui a fini, avec le temps, par devenir une référence locale. On y mange une cuisine simple et généreuse et on ressort avec l'impression d'avoir traversé une autre époque sans l'avoir cherché.
Jour 2 — Sous la montagne, la mémoire du cuivre
Le lendemain, je te conseille de t'éloigner un peu du lac. À une trentaine de minutes de route, les Hautes-Mynes du Thillot racontent une autre histoire de la région, moins connue que celle des ducs de Lorraine en villégiature au bord de l'eau.
Le lac de Lispach, la marche qui prépare la montagne
Si tu pars tôt, une courte marche autour du lac de Lispach permet une transition douce avant la visite des mines : c'est un plan d'eau plus modeste que celui de Gérardmer, entouré de tourbière et de sapins, avec une vue sur le lac de Longemer voisin. On y croise, au détour du sentier, l'entrée murée d'une ancienne galerie de mine du XVIe siècle — un premier signe, avant la visite du jour, que cette montagne a longtemps été creusée par les hommes plus que gravie par les touristes.
Les Hautes-Mynes du Thillot, premier terrain d'essai de la poudre noire en Europe
Les Hautes-Mynes du Thillot ont été exploitées par les ducs de Lorraine de 1560 à 1761, pour en extraire le cuivre. Les mineurs y ont d'abord travaillé à la pointerolle et au marteau, puis, quand la roche résistait trop, au feu — une fente creusée dans la paroi, un brasier porté à très haute température, la pierre qui éclate sous la chaleur. C'est là, au Thillot, qu'une troisième technique a été testée pour la première fois en Europe : la poudre noire, utilisée dans une mine pour faire sauter la roche, avant que la méthode ne se généralise ailleurs sur le continent. En deux siècles, les mineurs ont creusé sept kilomètres de galeries dont une partie seulement se visite aujourd'hui.
Nous sommes descendus avec les enfants et ma mère, casqués, lampe frontale sur le front. Il faut se courber, parfois s'accroupir, pour avancer dans des galeries taillées pour des hommes plus petits que nous. L'humidité y est immédiate et elle ne ressemble à aucune autre humidité rencontrée en surface. Je te conseille de réserver la visite en avance, surtout en période de vacances scolaires : le nombre de places par groupe reste limité et les créneaux les plus demandés partent vite.
📍 Réservation et horaires : site officiel des Hautes-Mynes du Thillot
Avant de reprendre la route, la matinée de l'artisanat
Après la descente sous la montagne, je te conseille de terminer le week-end à l'inverse : à la surface, chez des gens qui travaillent encore avec leurs mains, sur un rythme qu'ils choisissent eux-mêmes. Ce sont trois adresses différentes mais elles racontent la même chose.
La Confiserie Géromoise, une histoire plus récente qu'on ne le croit
On raconte souvent que la Confiserie Géromoise existe depuis 1979 ; en réalité, elle a été fondée en 2014 par deux frères originaires de Gérardmer, l'un artisan confiseur de formation, l'autre chargé de la partie administrative et commerciale. La confusion vient sans doute de l'ancienneté du savoir-faire lui-même : les bonbons des Vosges, cuits au chaudron de cuivre puis coulés dans des moules d'amidon avant plusieurs jours de séchage, suivent une tradition bien plus vieille que l'entreprise qui les fabrique aujourd'hui. La visite de l'atelier est gratuite et sans réservation et j'aime que les enfants puissent y goûter un bonbon encore tiède, sorti du chaudron sous leurs yeux.
La Ferme du Bien-Être, une transmission qui ne dit pas son nom
La Ferme du Bien-Être a changé de mains sans que la plupart des visiteurs s'en aperçoivent. Ce sont Pascale et René Pierrot qui ont commencé à récolter des plantes médicinales dès 1998, avant de fonder la ferme en 2004, avec un associé pour y installer un atelier de distillation. En 2012, le couple a cédé la place à un nouveau binôme, Clément Urion et Sabrina Zugmeyer, qui poursuivent aujourd'hui la même activité : huiles essentielles de sapin et de pin des Vosges, eaux florales, tisanes. C'est une transmission silencieuse que j'apprécie particulièrement : le lieu continue de porter le même esprit, sous d'autres mains, sans qu'on ait besoin de le souligner sur la façade.
Les Pierres du Monde, un choix qui prend le temps
Les Pierres du Monde complète cette matinée : une boutique de bijoux en pierres précieuses, semi-précieuses et perles, où l'on peut aussi faire personnaliser une pièce plutôt que d'acheter du tout fait. Ce que j'aime dans ces trois adresses, prises ensemble, c'est qu'elles racontent la même chose depuis trois métiers différents : rester proche de la matière et des gens, plutôt que de produire vite et sans visage.
Ce que le lac de Gérardmer garde, une fois les festivals partis
Gérardmer n'est pas la station qu'on imagine depuis les affiches du festival ou les massifs de jonquilles d'avril. Elle a une autre vie, plus longue et plus silencieuse, celle qu'on découvre en dehors des semaines où la ville se remplit jusqu'aux hôtels du centre. La légende de sa fondation dit quelque chose de cette même dynamique : une histoire répétée si souvent qu'elle a fini par tenir lieu de vérité, jusqu'à ce que des chercheurs prennent la peine de retourner aux textes. Gérardmer se mérite dans ses détours — le tour du lac au matin, une galerie de mine sous la montagne — pas dans son affiche.
FAQ - Un week-end à Gérardmer
Le tour du lac de Gérardmer est-il accessible en famille ?
Oui. Le circuit fait environ cinq à six kilomètres, sans réel dénivelé, mais le passage des Roches noires reste déconseillé aux poussettes et aux fauteuils.
Gérardmer est-elle vraiment fondée par Gérard de Châtenois en 1056 ?
La légende le dit, mais les historiens la contestent : aucune source écrite ou archéologique ne confirme la construction d'une tour à cet endroit, et le récit proviendrait d'une confusion avec un château situé à Docelles, à plusieurs kilomètres de là.
Faut-il réserver pour visiter les Hautes-Mynes du Thillot ?
Oui, la visite guidée se fait sur réservation, en particulier pendant les vacances scolaires où les places partent vite.
Quand éviter Gérardmer si l'on cherche le calme ?
Fin janvier, pendant le festival du film fantastique, et en avril, pendant la fête des Jonquilles : la ville se remplit alors nettement plus qu'en temps normal.
Quelle est la particularité historique des mines du Thillot ?
Elles ont été le premier site d'Europe où la poudre noire a été utilisée pour l'extraction du minerai en mine, une technique testée là avant d'être généralisée ailleurs sur le continent.
Où loger à Gérardmer pour un week-end au calme ?
Le quartier des Cœurs du Tilleul, au bout du lac, réunit sept maisons en lisière de forêt, sans éclairage public, à cinq minutes du centre-ville et cinq cents mètres du lac à pied.
Gérardmer est-elle adaptée à un week-end en famille sur plusieurs générations ?
Oui : le tour du lac et la visite des Hautes-Mynes conviennent aussi bien aux enfants qu'aux grands-parents, à condition de garder un rythme tranquille.
[Mise à jour : juillet 2026]



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