De Marmoutier à Marlenheim : aux origines de la route des vins d’Alsace
- Lavoyageusebruchoise
- 18 janv.
- 5 min de lecture
L’Alsace est une terre façonnée par le temps et, à mon sens, l’hiver le rappelle mieux que n’importe quelle saison. Quand les vignes entrent en repos et que les routes touristiques se font plus discrètes, le paysage change de rythme. C’est dans ce calme que j’aime le plus partir explorer ma jolie région.
Aujourd’hui, je t’emmène entre Marmoutier et Marlenheim, deux lieux discrets, loin de l’agitation touristique. À Marmoutier, l’une des plus anciennes abbayes d’Alsace rappelle un rapport ancien à la terre, au travail patient et aux saisons. À Marlenheim, au début de la route des vins, les vignes alignées, nues en hiver, racontent elles aussi ce temps de pause nécessaire avant le renouveau.
Au fil de cet article, je te propose de découvrir cette partie de l’Alsace autrement, à travers une micro-aventure d’une demi-journée, pensée comme une parenthèse hivernale. Une traversée douce, entre pierres anciennes et paysages en sommeil, pour comprendre que la route des vins ne commence pas seulement avec les vendanges ou les caves ouvertes, mais aussi dans ce moment d’attente et d’introspection silencieuse.
Marmoutier et l’abbaye la plus ancienne d’Alsace
Les découvertes archéologiques rappellent que Marmoutier est habitée depuis bien longtemps. Des traces attestent d’une présence humaine dès le Néolithique, preuve que ce territoire a très tôt offert des conditions favorables à l’installation des hommes, entre plaine et piémont vosgien.
L’histoire du village prend un tournant décisif à la fin du VIᵉ siècle, avec la fondation d’un monastère en 589. Celui-ci est établi par des moines venus d’Irlande, parmi lesquels Léobard, disciple de Saint Colomban de Luxeuil. À cette époque, les fondations monastiques jouent un rôle central : elles structurent la vie spirituelle, mais aussi le travail de la terre, l’organisation du territoire et le rapport au temps.
Le monastère connaît ensuite une histoire mouvementée. Plusieurs incendies, notamment en 717, fragilisent les bâtiments. La reconstruction est engagée en 724 sous l’impulsion de l’abbé Maur, qui marque durablement le lieu. C’est de lui que Marmoutier tire son nom latin, Mauri monasterium, le monastère de Maur. Cette appellation a traversé les siècles, au point de donner leur nom aux habitants, encore appelés aujourd’hui Maurimonastériennes et Maurimonastériens.
L’église abbatiale bénédictine est consacrée en 971 par Erchenbald, évêque de Strasbourg. Les grandes phases de construction qui suivent, notamment au XIᵉ siècle, donnent naissance à la façade romane que l’on peut encore admirer aujourd’hui.
Mais pour saisir pleinement la profondeur du lieu, il faut descendre dans la crypte. Dégagée en 1978, les fouilles ont révélé un sarcophage en calcaire datant de l’époque de l’abbé Maur, ainsi que, sous l’axe de l’église, la tombe du fondateur de l’abbaye, Saint-Léobard. On y distingue également les vestiges d’un autel antérieur au VIIᵉ siècle et des fondations plus anciennes, probablement celles d’un petit temple gallo-romain sur lequel aurait été édifié le premier lieu de culte. Ces découvertes confirment que Marmoutier s’est construit par strates successives, sans jamais rompre le lien entre les époques.
Cette profondeur historique ne se lit pas seulement dans les pierres : elle se ressent aussi dans l’atmosphère du lieu. En hiver, lorsque le village ralentit et que la nature se fait plus discrète, la crypte prend une place particulière. On y perçoit ce temps suspendu, celui où rien ne se montre encore mais où tout se prépare.
Avant même que la route des vins ne se dessine dans le paysage, Marmoutier a posé les bases d’un rapport structuré à la terre. La crypte en est peut-être la plus belle métaphore. Invisible au premier regard, elle rappelle que l’essentiel se construit souvent en profondeur. Comme la vigne en hiver, elle incarne ce temps de pause qui prépare le renouveau.
Marlenheim, le départ de la route des vins d’Alsace
En quittant Marmoutier, la transition se fait presque sans que l’on s’en rende compte. La route est courte, le paysage s’ouvre progressivement et les premières vignes apparaissent.
Située au pied des coteaux, Marlenheim est traditionnellement considérée comme le point de départ de la Route des vins d’Alsace. Une appellation bien connue mais qui prend ici tout son sens. Bien avant que la route ne soit balisée, Marlenheim s’inscrivait déjà dans une histoire viticole ancienne. La vigne est attestée dans le secteur dès le haut Moyen Âge, portée par un terroir favorable et par la continuité de pratiques agricoles héritées des siècles précédents.

Les découvertes archéologiques rappellent d’ailleurs que Marlenheim est habitée depuis des millénaires. En 2007, des vestiges d’un ancien village daté du Néolithique récent ont été mis au jour, confirmant que ce territoire, comme Marmoutier, a très tôt attiré les hommes.
Le village apparaît ensuite dans les sources écrites sous le nom de Marilegium. Il est mentionné dès le VIᵉ siècle par Grégoire de Tours, qui évoque une ancienne villa des rois francs. La reine Brunehilde y aurait séjourné à plusieurs reprises avec ses petits-fils, signe de l’importance politique du lieu à cette époque.
Mais, un détail rapporté par Grégoire de Tours retient particulièrement l’attention. En l’an 590, un certain Droctulf est contraint de cultiver une vigne à Marilegium. Cette mention, l’une des plus anciennes liées à la viticulture locale, montre que la vigne est déjà bien présente ici, depuis des temps immémoriaux.
Marlenheim a aussi traversé les grandes secousses de l’histoire. En 833, l’empereur Louis le Pieux, trahi par ses fils lors du « Champ du Mensonge », est emprisonné à Marlenheim avant d’être transféré à Soissons pour y être jugé par la diète de l’Empire. Cet épisode rappelle que le village fut aussi un lieu de pouvoir et de décisions importantes.
À Marlenheim, la vigne s’impose comme une évidence, inscrite dans le territoire depuis des siècles. La visite chez Arthur Metz en offre une lecture contemporaine, à travers un savoir-faire ancré dans la durée.
Arthur Metz, une halte au cœur du paysage viticole
Faire halte chez Arthur Metz, c’est prolonger autrement la lecture du paysage entamée depuis Marmoutier. Fondée au début du XXᵉ siècle, la maison incarne une viticulture bien ancrée dans son époque. Les méthodes ont évolué, les outils se sont modernisés mais le principe reste le même : le vin ne se précipite pas, il se bonifie avec le temps.
En tant qu’Alsacienne, je sais que cette maison est une valeur sûre. Et mes proches devraient sourire en lisant ces lignes : mon petit faible reste le crémant rosé Ice, une cuvée que j’apprécie particulièrement pour sa fraîcheur et son côté convivial. J’ai également été séduite par les Cuvées sans alcool, qui proposent une approche différente de l’effervescence, sans renoncer à l’élégance, ni au plaisir. La maison explore aussi des créations plus audacieuses, comme la cuvée gold 24 carats, tout en poursuivant un savoir-faire reconnu à travers ses Crémants d’Alsace et ses Vins d’Alsace.
La visite se prolonge par une dégustation, proposée sur place dans un cadre agréable. Elle reste mesurée, avec trois verres maximum, permettant de découvrir plusieurs cuvées sans excès. L’accueil est attentif et chaleureux ; chaque conseiller prend le temps de présenter la maison et ses vins, dans un échange simple, sans pression commerciale, qui valorise avant tout le travail et l’histoire du lieu.
Pour préparer ta visite, les horaires d’ouverture et informations pratiques sont à retrouver directement sur le site officiel d’Arthur Metz.
Cette micro-aventure entre Marmoutier et Marlenheim m’a rappelé combien l’Alsace se révèle pleinement lorsque l’on accepte de ralentir. En hiver, loin des foules et des itinéraires tout tracés, le territoire se livre autrement. Les pierres anciennes et la vigne au repos racontent une histoire faite de patience, de continuité et de transmission.
De la crypte de Marmoutier aux coteaux de Marlenheim, du temps enfoui aux gestes d’aujourd’hui, le fil est clair. Ici, la route des vins ne se résume pas à une succession de villages ou de caves. Elle s’inscrit dans un rapport ancien à la terre, façonné par les siècles et toujours bien vivant.
Si je partage cette escapade, c’est parce que je crois profondément que l’Alsace mérite ces détours calmes et ces visites hors saison. L’hiver n’est pas une fin, mais un commencement discret. Et parfois, il suffit d’une demi-journée, entre deux villages, pour en faire l’expérience !
[Mise à jour : 17.01.2026]














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