top of page

Une journée à Saverne

  • 26 juil. 2024
  • 8 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 2 heures

Il y a des villes alsaciennes que l'on évite parce qu'elles sont trop connues et d'autres parce qu'on ne sait pas très bien ce qu'on y ferait. Saverne appartient souvent à la seconde catégorie … à tort.


Les Romains, eux, avaient compris sa valeur : ils l'appelaient Tres Tabernae — les trois auberges — parce qu'elle tenait déjà le rôle d'étape commerciale sur la route de Strasbourg. Plus tard, les évêques de Strasbourg en firent leur résidence, avant que le cardinal de Rohan ne commande, après l'incendie de 1779, le grand palais néoclassique dessiné par Salins de Montfort. Saverne porte plusieurs siècles dans ses rues !


Elle n'a ni la réputation de Colmar, ni la puissance historique de Strasbourg et c'est précisément ce qui lui donne cette qualité rare : on peut l'habiter le temps d'une journée sans avoir l'impression de marcher dans une ville déjà racontée par tout le monde.


Ce jour-là, je suis arrivée avec de bonnes chaussures et un programme ambitieux : trois châteaux forts le matin, un musée l'après-midi et une grotte plutôt insolite en fin de journée. J'avais cette crainte de courir d'un lieu à l'autre sans vraiment les regarder. Ce que je n'avais pas anticipé, c'est que Saverne supporte très bien ce rythme : la ville est assez ramassée pour passer des hauteurs au centre sans perdre le fil.



Randonnée historique sur les hauteurs de Saverne


La tour de Chappe, un réseau d'information caché dans la forêt


La randonnée commence par la découverte de la tour de Chappe et c'est un bon point de départ pour l'esprit, pas seulement pour les jambes. Cette structure, érigée dans le cadre du télégraphe optique développé par Claude Chappe à la fin du XVIIIe siècle, faisait partie d'un réseau de transmission de messages qui couvrait des centaines de kilomètres à travers la France. Dès 1798, haque tour relayait des signaux visuels à la suivante par un système de bras articulés, permettant de transmettre un message de Paris à Strasbourg en une heure et demie. Il n’y avait pas d'électricité ou de câble, juste la ligne de vue, un code et un opérateur attentif.


Voir ce vestige posé dans les bois oblige à reconsidérer ce qu'on appelle l'innovation. Bien avant l’avènement des réseaux sociaux, les hommes du XVIIIe siècle avaient déjà compris que l'information, pour avoir de la valeur, devait circuler vite.


Le grand Geroldseck, un château fort qu'on peut lire grâce aux bénévoles


Le grand Geroldseck est une autre affaire. Quand on arrive devant ses murs, on comprend d'abord la dimension : les ruines sont imposantes, l'enceinte est large et les tours résiduelles encore hautes. Construit au XIIIe siècle par les seigneurs de Geroldseck, il était l'une des forteresses les plus importantes de la région et contrôlait les passages entre la plaine alsacienne et les Vosges. Il est passé sous le contrôle des évêques de Strasbourg au XVe siècle avant de subir les destructions successives des siècles de guerre.


Ce qui m'a frappée ici, c'est le travail accompli par l'association Pro Geroldseck. Les bénévoles qui entretiennent le site ont réalisé quelque chose de rare : ils ne se contentent pas de débroussailler les abords, ils ont restitué la lisibilité du château. Des panneaux et des reconstitutions partielles permettent de comprendre la disposition des pièces, leur fonction et l'évolution de la bâtisse au fil du temps. Un château fort n'est pas un tas de pierres si on prend la peine de l'expliquer et eux l'ont bien compris.


Je te recommande de consulter le site de l'association avant de partir : les informations qu'ils ont rassemblées donnent une profondeur à la visite que le lieu seul ne fournirait pas immédiatement.



Le petit Geroldseck, une pause agréable dans le calme de la forêt


Le petit Geroldseck, quelques centaines de mètres plus loin, est d'une autre nature. Probablement construit au milieu du XIIIe siècle par les mêmes seigneurs, il dépendait du même ensemble familial que le grand Geroldseck — les sources le mentionnent dès 1235 — et semble avoir été abandonné dès le XVe siècle. Aujourd'hui, l'endroit est plus intime, plus silencieux. C'est l'idéal pour s'arrêter, sortir son goûter et laisser la forêt reprendre ses droits. Ces moments-là, sur un sentier de randonnée, sont souvent ceux dont on se souvient le plus longtemps.


Le château du Haut-Barr, un bijou médiéval qui a su se réinventer


Le Haut-Barr referme la boucle du matin et il le fait avec une certaine prestance. Construit en 1170 pour les évêques de Strasbourg, ce château perché sur un éperon rocheux a joué un rôle militaire et diplomatique pendant des siècles. Son surnom — "l'œil de l'Alsace" — dit tout sur sa position : depuis là-haut, il surveille la vallée de la Zorn sur des kilomètres.


À l'intérieur, j'ai fait une halte à la chapelle. C'est un espace isolé du reste des visiteurs qui circulent dehors. Elle me permet un retrait précieux, celui d'entrer un instant dans un monde plus intérieur, loin du tumulte.


Et puis, il y a le pont du diable. La légende veut que personne n'ait été capable de construire un tel ouvrage et que le diable se soit présenté pour le faire, en échange de l'âme du premier être vivant à le traverser. Les évêques y auraient fait passer un chien. Le diable, furieux, aurait martelé la pierre de ses sabots mais elle a tenu. Ce qui ne tient pas aussi bien, c'est mon rapport au vertige. Traverser ce pont au-dessus du vide est une vraie épreuve pour moi. Je l'ai fait quand même, au pas de course et c'est peut-être le moment de la journée dont je suis le plus fière. Il n'y a pas de petites victoires, n'est-ce pas ?


L'entrée est libre. Le site est entretenu par l'association Castrum Borra, propriété de la ville de Saverne. Le restaurant Là-Haut, installé dans les murs du château, est une idée que j'approuve complètement : faire vivre un château plutôt que de le laisser s'effriter en monument statique, c'est lui rendre service.



Crock et Mâche, une adresse fraîche pour le déjeuner


Après la randonnée, je recommande de s'arrêter chez Crock et Mâche. Le concept repose sur des produits frais, une carte courte et des combinaisons bien pensées. J'ai choisi un bowl saumon-avocat suivi d'un tiramisu maison. C'est le genre d'adresse conviviale où la qualité de l'assiette prime sur la mise en scène. Le cadre est décontracté, l'accueil aussi. Je reviendrai avec plaisir.


À Saverne, du spirituel à l'imaginaire, il n'y a qu'un pas


Le château des Rohan, une architecture aux multiples vies


Le château des Rohan est l'édifice qui structure le paysage de Saverne. Sa façade néoclassique tranche avec le bâti médiéval alentour. La famille de Rohan, évêques de Strasbourg au XVIIIe siècle, voulait ici une résidence d'apparat qui parlait de puissance. Le résultat tient ses promesses architecturales.


Mais, ce qui m'a le plus marquée à l'intérieur, c'est une découverte que j'avoue faire ici avec un peu de honte : j'ignorais presque tout de Louise Weiss. Alsacienne, journaliste, militante pour la paix et pour le suffrage des femmes, résistante pendant l'Occupation, députée européenne à 80 ans, elle a traversé le XXe siècle avec une détermination rare. Elle ne cherchait pas à être aimée, elle cherchait à faire entendre sa voix sur des questions décisives. C'est le type de trajectoire qui me touche profondément : une femme qui va au bout de ses convictions, même quand c'est inconfortable, même quand c'est dangereux. Le musée lui rend hommage de façon sobre et documentée.



L'autre moment fort de la visite, c'est l'accès au toit. La somme demandée est modique et la montée vaut ce qu'on investit : on découvre Saverne depuis le dessus, ce qui change complètement l'échelle de la ville. Je te conseille de ne pas faire l'impasse.


Prévois environ deux heures pour profiter pleinement de cette visite.


📍 Découvre le musée des Rohan


La chocolaterie Bockel, une institution gourmande


Saverne a sa star : la licorne. Elle orne les rues et les vitrines. L'explication est historique — l'animal figure dans les armoiries de la ville depuis le Moyen Âge — mais aujourd'hui, elle s'achète surtout chez Bockel, l'institution chocolatière de la ville.


J'y suis entrée en bonne touriste, avec l'intention d'acheter la licorne en chocolat — pièce maîtresse de la maison. J'en suis ressortie avec ma précieuse douceur mais aussi les chocolats de Pâques pour les enfants. C'est plus cher qu'en grande surface et le prix se justifie : la qualité est là, le choix est large et l'accueil est chaleureux sans être performé. C'est une vraie boutique d'artisan, comme je les aime.


Photos gracieusement proposées par la chocolaterie Bockel | Saverne | 2026


La grotte Saint-Vit, le lieu idéal pour un apéritif champêtre


La journée se referme sur un lieu que j'affectionne particulièrement : la grotte Saint-Vit. On y accède par un sentier court, dans un cadre naturel préservé. La grotte est transformée en chapelle depuis le Moyen Âge, dédiée à saint Vit — version alsacienne de saint Guy, dont le nom a donné son nom à la chorée de Sydenham, autrement appelée "danse de Saint-Guy". En 1518, lorsque Strasbourg fut frappée par une épidémie de danse incontrôlable, plusieurs centaines de personnes prises de convulsions rythmiques qu'elles ne pouvaient arrêter. Les autorités envoyèrent les malades ici, pensant que la grotte et son saint pourraient les guérir. Les pèlerinages s'intensifièrent aux XVIe et XVIIe siècles, mêlant dévotion et rites d'exorcisme. L'Église regardait tout cela d'un mauvais œil. La chapelle a décliné puis été partiellement restaurée au XIXe siècle. Une seule messe annuelle y est encore célébrée aujourd'hui.


Ce que j'aime dans cet endroit, ce n'est pas le mysticisme facile, ni l'atmosphère "insolite". C'est la façon dont la grotte pose une question sur ce qu'on appelle le sacré. Les lieux de culte qui me touchent le plus sont toujours proches de la nature, du vivant. Ils n'essaient pas d'impressionner par leur hauteur ni leur décor. Celui-ci est typiquement de ceux-là.


Nous avons terminé la journée là, avec un apéritif sorti du sac, dans le calme de fin d'après-midi. C'était une parfaite conclusion, avec mon amoureux, à cette escapade savernoise.


Grotte St Vit ou une chapelle dans une grotte
La grotte St Vit - Saverne | Priscilia K. | 2024

Informations pratiques pour une journée à Saverne


Saverne est accessible depuis Strasbourg en moins de 40 minutes par l'autoroute A4 ou par le train direct. La gare est en plein centre-ville, ce qui simplifie l'organisation si tu viens sans voiture pour la partie urbaine. Pour la randonnée du matin et la visite de la grotte Saint-Vit, un véhicule est utile pour rejoindre le point de départ.


La randonnée vers le Haut-Barr et les deux Geroldseck est bien balisée et peut se faire en 2 à 3 heures selon le rythme. Je te recommande de démarrer tôt le matin pour éviter la chaleur en été et profiter des châteaux avant l'affluence du Haut-Barr en milieu de journée.


Le château des Rohan est ouvert en après-midi la semaine et le matin le week-end. Vérifie les horaires sur le site de la ville de Saverne avant de partir. Prévois environ 2 heures sur place, accès au toit compris.


Chez Crock et Mâche, une réservation peut être utile à midi le week-end.





Questions fréquentes sur une journée à Saverne


Quand visiter Saverne ?

Le printemps et l'automne sont les meilleures saisons. En été, le Haut-Barr est très fréquenté le week-end alors qu’en semaine, la ville conserve son calme et les forêts alentour offrent une fraîcheur appréciable.


Est-ce que la randonnée vers le Haut-Barr et les Geroldseck est difficile ?

C'est une randonnée accessible à un public habitué à la marche en forêt, sans être technique. Le dénivelé est progressif. Les trois châteaux se succèdent sur le même circuit, ce qui en fait un itinéraire bien rythmé. Compter 2 à 3 heures selon le temps passé à chaque site.


Faut-il payer pour entrer au château du Haut-Barr ?

Non, l'entrée est libre. Le château appartient à la ville de Saverne et est entretenu par l'association Castrum Borra. Le restaurant à l'intérieur des murs est payant.


Où déjeuner à Saverne après une randonnée matinale ?

Je recommande Crock et Mâche pour son concept de bowls frais et ses produits de qualité. L'adresse est conviviale et les portions sont généreuses.


Est-ce que la visite du château des Rohan en vaut la peine ?

Oui — particulièrement pour l'exposition consacrée à Louise Weiss et pour l'accès au toit, une perspective sur la ville que peu de visiteurs prennent le temps de découvrir.


Peut-on visiter Saverne sans voiture ?

Largement, pour la partie urbaine. La gare est centrale et toutes les visites de l'après-midi sont accessibles à pied. Pour la randonnée du matin et la grotte Saint-Vit, un véhicule est recommandé.


[Mise à jour : avril 2026]



Commentaires


Photo de la voyageuse bruchoise

Qui est la Voyageuse Bruchoise ?

Je m'appelle Priscilia. Je suis née dans la Vallée de la Bruche et la généalogie m'a appris à ne plus regarder les lieux comme de simples décors. J'y cherche ce qu'ils ont traversé, ce qu'ils ont gardé et ce qu'ils révèlent encore de ceux qui y ont vécu.

Chaque mois, une newsletter. Un lieu. Une mémoire à emporter.

bottom of page